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Nemam Ghafouri: Les victimes de la guerre et du conflit en Iraq et au Kurdistan font face à un double génocide - Majalla Magazine
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Nemam Ghafouri: Les victimes de la guerre et du conflit en Iraq et au Kurdistan font face à un double génocide

Nemam Ghafouri
Nemam Ghafouri
Nemam Ghafouri

Par Joud Halawani Al-Tamimi

Nemam Ghafouri, docteur et activiste, est d’origine kurde. Elle quitte très jeune le Kurdistan avec sa famille suite au bombardement de sa ville natale par les forces de Saddam Hussein. Ils s’installent d’abord en tant que réfugiés en Iran puis en Suède, ou Nemam poursuit ses études et intègre par la suite la faculté de médecine. A la fin de ses études, Nemam quitte sa vie confortable en Suède pour retourner en Iraq et au Kurdistan pour venir en aide aux victimes de la guerre et du conflit dans la région.

Dans une interview avec Al-Majalla, Ghafouri parle de son expérience en Iraq et au Kurdistan, offrant ainsi un aperçu de ce qu’est la vie quotidienne dans ce pays déchiré par la guerre et expose les challenges et difficultés auxquels les victimes font face au quotidien.

Dites-nous-en plus sur les aides fournies par votre équipe aux victimes.

Nous assurons le bon fonctionnement de la clinique. Nous avons également des programmes de parrainages et de réhabilitations des orphelins ayant perdu leurs parents pendant la guerre ou ayant récemment été captifs. Nous avons aussi des ateliers de peinture et sommes les seuls à avoir deux équipes de football féminin. De plus, nous offrons un soutien éducatif en distribuant du matériel scolaire et en collaborant avec des enseignants volontaires. Nous avons également construit une boulangerie et distribué du pain pour 18 000 personnes quotidiennement. Cependant nous dépendons des donations. Malheureusement, suite à la migration des réfugiés en Europe, la façon dont ils ont été représentés dans les médias a tout perturbé. L’arrivée de quelques milliers de réfugiés en Europe leur a fait oublier les millions qui ont choisi de rester dans leur pays. Pour cette raison, nous avons dû choisir entre garder la boulangerie ou la clinique.

L'activiste Nemam Ghafouri en compagnie des forces Pashmerga.
L’activiste Nemam Ghafouri en compagnie des forces Pashmerga.

Dites-nous-en plus sur la situation des Yazidis, ce qu’ils ont endurés et les problèmes majeurs auxquels ils font face aujourd’hui.

Les Yazidis sont séparés et divises en plusieurs groupes, menaçant ainsi leur existence. En effet, ils tentent d’envoyer des groupes de cinq, dix ou quinze milliers à différents pays. Et nous savons tous ce qui en résultera. La première génération restera attachée à sa culture, la seconde un peu moins et la troisième ne gardera aucun lien avec sa culture et sa religion. La plupart des personnes et organismes parlent en leur nom sans leur venir en aide.

Comment décrirez-vous la situation des femmes yézidies sous l’emprise de l’Etat islamique ?

Nous avons beaucoup entendu parler d’harassement sexuel commis par d’autres groupes terroristes tels que Al-Qaeda ou encore Boko Haram. Or, je dirais que ce dont les Yazidis ont subi dépasse tout ce dont on a entendu parlé jusqu’ici. Il ne s’agit pas seulement de torture de la personne, femme, fille ou famille, mais de la destruction d’une société entière. Et comme je l’ai mentionné à maintes reprises auparavant, l’emploi du terme ‘génocide’ n’est pas assez fort pour décrire le calvaire que les Yazidis endurent.

Comment décrirez-vous la vie des victimes ?

Je dirais au-delà de l’imaginable. Imaginez-vous subir les conditions horribles de captivité, l’esclavage sexuel, être vendu 8 à 20 fois par jour, victime de viols collectifs et même violée par les médecins travaillant à Mosul. Et revenez après avoir subi tout cela. Quel avenir vous attend ? Tout le monde parle de la guerre. Elles n’ont pas assez d’argent pour acheter les médicaments nécessaires, ni visiter le médecin puisque le taxi du retour coute environ 30 à 40 dollars, une somme qu’elles n’ont pas. Elles n’ont pas non plus accès à l’éducation. Elles font faces a d’énormes difficultés et ne reçoivent de l’aide de la part de personne.

Comment décrirez – vous les conséquences des actions du régime ?

Il suffit de voir le nombre de personnes qui ont été tuées ou déplacées jusqu’aujourd’hui. S’ajoute à cela, le nombre de personnes devenues réfugiées après avoir été victimes de torture, harcèlement et abus sexuel. Outre les personnes qui ont été tuées, celles encore en vie font encore face à la torture et a l’abus sexuel. Tout cela en dit long sur les actions du régime d’Assad.

Que pensez-vous de l’avenir des victimes ?

Je suis toujours optimiste. Heureusement, il y a beaucoup d’activistes humanitaires sur place qui feront faire entendre notre voix et nous espérons pouvoir offrir un meilleur avenir aux personnes présentes dans le camp. Nous devons le faire et n’avons aucun autre choix, ceci étant la seule façon d’agir.

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