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Crise de confiance entre les combattants libanais de Hezbollah et Iran - Majalla Magazine
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Opinion

Crise de confiance entre les combattants libanais de Hezbollah et Iran

Quand ce qui est connu sous le nom « Hezbollah » s’est proclamé représentant de la résistance au Liban, en 1982, ses rapports avec la République islamique d’Iran, n’étaient pas encore connus. « Hezbollah a dévoilé sa corrélation idéologique et reconnu son allégeance à Al Fakih tout en exprimant clairement ses intentions d’établir un etat islamique au Liban. Mais ses rapports stratégiques, politiques et financiers avec l’Iran, se sont révélés avec le temps. En effet, ce n’est que récemment qu’il a affirmé qu’il bénéficie d’un appui financier iranien.

Depuis les années 80, l’image que véhiculait « Hezbollah » à propos de l’Iran à la communauté Shiite, est celle d’n Iran protecteur de tous les Shiites dans le monde et surtout au Liban où la résistance contre l’occupant israélien est la plus forte. En effet, les opérations menées par la résistance contre l’occupant sioniste au sud du Liban, ont joué un grand rôle dans la mobilisation des shiites autour de la milice de « Nasrallah » ainsi que de l’allégeance à l’Iran et au savant Al Fakih, en tant que courant religieux.

Depuis, la communauté shiite Libanaise a commencé à vivre une transformation notable en passant de sa référence religieuse shiite à Najf en Irak, à celle de Qom avec l’allégeance au Fakih en tant que nouvelle référence avec tout ce qui s’ensuit comme aspects nouveaux par rapport à la vie publique, à la religion, à la politique et à la guerre. Ceci est la nouvelle méthode qui a façonné la nouvelle mémoire collective des Shiites et a fondé les éléments de leur nouvelle identité.

Le discours sur la résistance avec comme repère la mémoire collective des shiites de Karbala et l’allégeance au Fakih, s’est poursuivi pendant plusieurs décennies et a attiré la plupart des Shiites libanais et arabes à « Hezbollah » cette milice invincible de tous les temps et de toutes les époques.

Cependant, les choses ont commencé à changer ces dernières années, avec l’implication de « Hezbollah » dans la guerre en Syrie. Le déclic a surtout commencé avec le doute qui s’est installé sur la nature de la relation entre « Hezbollah » et l’Iran et quant aux vraies raisons et intentions de l’Iran dans la région arabe notamment avec son dénigrement des arabes Shiites.

En effet, l’intervention de « Hezbollah » dans la guerre en Syrie a transformé cette milice à plusieurs niveaux mais surtout a impacté sa perception au niveau de la société libanaise. En effet, les shiites libanais et arabes ont commencé à s’interroger sur les raisons qui ont poussé l’Iran à les fourrer dans cette guerre en Syrie. Au début, « Hezbollah » justifié son intervention par la protection des monuments shiites saints tels que Saïda Zeineb. Ensuite il a avancé comme motif son désir de défendre les frontières libanaises contre les extrémistes ou la défense des shiites dans les villages frontaliers en Syrie. Mais malgré le discours communautaire derrière ces prétextes, l’intervention a eu lieu et les shiites n’ont jamais senti cette protection. C’est qu’avec le début de l’intervention du Hezbollah à Alep, les adeptes de cette milice sont devenus perplexes. Et pour cause, il n’y a pas de villages ou de monuments saints shiites à Alep ! De plus Alep ne figure pas dans une zone frontalière entre le Liban et la Syrie. Que s’est-il passé alors ? Pourquoi sommes-nous en guerre en Syrie ? Les combattants envoyés à Alep ont commencé à se poser toutes ces questions. Bien sûr, ils n’ont pas trouvé de réponse claire ou convaincante et ont continué à combattre en Syrie et à s’exposer à la mort car cela leur a été demandé tout simplement.

Mais quand « Hezbollah » a commencé à assiéger les villages et les villes sunnites dans les environs de Damas, comme « Madhaya », et qui a causé une famine programmée en vue de vider ces villages de la population sunnite, d’autres questions ont vu le jour au sein de la société.

L’un des combattants de Hezbollah m’a dit au cours d’une rencontre «  nous sommes des envahisseurs et peut-être que nous faisons ce qu’a fait les soldats israéliens pendant leur occupation du sud du Liban. Mais ceci est une guerre et moi je veux venir en aide à ma famille ». Ce combattant n’est pas parti en guerre parce qu’il croit en une cause ou même par esprit de résistance. Il sait que le chemin pour Al Qods ne passe pas par Alep ou Zabadi ou n’importe quelle autre ville Syrienne. Il combat en Syrie parce que c’est un job et car il a signé un contrat. Il a joute «  La Syrie nous changera à jamais mais on n’a pas le choix ». Eh oui. La Syrie a changé le Hezbollah, du moins au plan de l’appui populaire dont il bénéficiait après que le masque de la résistance fut tombé devant la plupart des Shiites au Liban. Mais il est vrai aussi que les shiites sont devenus plus isolés qu’avant et que Hezbollah, demeure la seule organisation qui désire les mobiliser ou leur offrir des emplois. Sans doute, ils n’ont pas d’autres choix.

L’un des autres aspects que la Syrie a changé, est celui des divisions profondes auprès de la société chiite. Des divisions entre les combattants qui voient les choses comme elles sont dans la réalité et les membres de la société qui ne sont pas des combattants et qui se sont écartés de ce qu’on appelle « Hezbollah » ou encore ceux qui soutiennent encore et croient en ce qu’on appelle « Hezbollah » en tant que mouvement de résistance. Cet état de faits a abouti à une société différente et qui n’est pas réconciliée avec elle-même ni avec les conditions qui l’entourent. Si l’isolement n’est pas levé, plusieurs chiites habités par le désespoir feront leur retour à ce qu’on appelle le parti de « Hezbollah ».

Quoi qu’il en soit, le principal changement qu’a connu la société est sa nouvelle vision de l’Iran. Pour la première fois dans l’histoire, les combattants de « Hezbollah » se retrouvent aux côtés des iraniens et précisément la Garde révolutionnaire. Ils ont remarqué que cela n’a pas été un partenariat effectif mais une forme obligation de répondre aux ordres iraniens et d’agir sans demander de questions.

L’un des combattants a décrit les opérations sur terrain à Alep comme suit «  ils nous traitaient comme des mercenaires et nous demandaient d’entrer d’engager les combats dangereux alors qu’ils restent derrière les lignes. Pour la première fois, les combattants de ce qu’on appelle « Hezbollah » perçoivent le fossé entre les chiites perses et arabes. Un fossé instauré à la base par le sentiment de supériorité iranienne et leur comportement sauvage envers les combattants de ce qu’on appelle « Hezbollah » et les autres chiites en Syrie.

Le combattant a ajouté «  oui, ils se comportent avec les libanais beaucoup mieux qu’avec les autres et plus précisément les chiites pakistanais, mais nous demeurons inégaux ». Il était clair pour lui et pour son collègue libanais qu’ils n’étaient pas égaux aux yeux de la garde iranienne.

Ceci ne changera rien ? Cette prise de conscience n’est elle pas suffisante pour qu’ils abandonnent le combat et retournent au Liban ? Le combattant a répondu : c’est impossible ; nous ne combattons plus pour une cause ; nous sommes des mercenaires et nous sommes payés indépendamment du fait qu’on y croit ou pas. Nous faisons ca parce qu‘on pas d’autre alternative, il s’agit d’une opportunité de travail et source de revenu. Je combats pour l’argent et la majorité des combattants le font pour la même raison ».

Ceci n’est pas la bonne règle pour les structures de base de ce qu’il est connu Hezbollah au Liban. Ces combattants- vivants ou morts- reviennent à la pauvreté, au désespoir et à l’isolement. Ils retournent à un pays sans l’espoir de réaliser la prospérité ou la stabilité économique. En même temps, les iraniens se trouvent face à des opportunités d’investissement et une ouverture sur la société internationale en aspirant à leur avenir tout en prévoyant d’obtenir davantage de pouvoir dans la région malgré la poursuite de la guerre. L’un des habitants chiites dans la banlieue m’a déclaré «  je suis jaloux du peuple iranien. J’ai l’impression qu’on est en train de mourir pour qu’ils puissent vivre mieux ? Il est clair pour eux aujourd’hui que l’Iran se battra afin de mettre fin au dernier chiite arabe. Avec cette méthode accompagnée de ce sentiment de désespoir parmi les chiites arabes et libanais, cette relation est vouée à l’échec.

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Hanin Ghaddar

Hanin Ghaddar is the managing editor of NOW and a nonresident fellow at the Atlantic Council. She tweets @haningdr [https://twitter.com/haningdr]

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