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Les secrets de la « chambre de résonance » et son rôle après le départ d’Obama - Majalla Magazine
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Opinion

Les secrets de la « chambre de résonance » et son rôle après le départ d’Obama

En ouvrant « la porte de l’enfer » sur Alep au cours du mois dernier, la Russie a tout simplement nargué John Kerry, le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères américaines, qui persiste à affirmer que l’accord de cessez le feu qu’il a annoncé, quelques jours avant, avec son homologue russe, est encore en vigueur. Et pourtant, la direction d’Obama a continué à souligner qu’il n’y a pas d’autre alternative que de coopérer avec Moscou. Cette attitude ne reflète point un fléchissement de la part de l’administration américaine mais traduit plutôt un processus de coopération avec la Russie entamé depuis 2012 par Obama.
 
Quelle alternative ? C’est l’interrogation posée à maintes reprises par les responsables de la direction américaine et qui a été au cœur des discussions à la maison blanche durant les cinq dernières années. La raison est que la politique des USA à l’égard de la Syrie, a été en vérité une campagne médiatique stratégique dirigée depuis la Maison Blanche. Et comme la Maison Blanche a créé «la chambre à résonance » qui réunit des experts et d’anciens responsables et des journalistes pour promouvoir la politique américaine envers l’Iran, on a procédé de même pour la Syrie en créant une chambre à résonance pour celle-ci.
Tout a commencé avec le déclenchement de la révolution contre Assad. Obama avait dévoilé alors sa position dans l’immédiat mais s’est abstenu de demander le départ d’Assad. La Maison Blanche a qualifié avec ironie cette requête de « mots magiques ». Des responsables de haut niveau dans la Maison Blanche comme Steven Simon ancien directeur Moyen Orient du Conseil national de Sécurité, ont été unanimes à considérer que si un tel appel sera lancé par Obama, il finira par augmenter les pronostics d’un éventuel engagement des états unis pour le concrétiser.
C’est ce qui a poussé les représentants de la Maison Blanche comme l’académicien Marc Lynch, qui ont partagé cet avis et ont nargué ceux qui se sont indignés du refus du Président à lâcher «les mots magiques».
 
Avec l’avènement de l’année 2002, des voix se sont élevées pour revendiquer un appui militaire au profit de l’opposition syrienne, chose qui a été toujours refusée par Obama. La direction a répondu par la fameuse réplique qu’« il ne peut y avoir de solution militaire en Syrie ». D’ailleurs elle a argumenté lors des discussions son refus par le risque qui peut découler d’une « amplification de la militarisation » là-bas.
Les amis de la Maison Blanche, ont repris à la lettre, dans les médias et les centres de recherches cette formule. A ce propos, Lynch et David Ignatius, ont étayé au Washington Post la vision de l’administration qui craint qu’un «approvisionnement d’une opposition non organisée, en armes, ne manquera pas d’accroitre le nombre de morts auprès des civils vulnérables uniquement ».
 
Pour contourner les appels à intervenir, Obama a relevé que la chute d’Assad n’est plus une question de « si il tombait mais de quand il va chuter». Ainsi, il n’est plus nécessaire de prendre des mesures militaires à son encontre. C’est pourquoi, et comme l’a publié le « Wall Street Journal » en 2013, la commission chargée de la politique de la Syrie dans l’administration américaine a été appelée de « se concentrer davantage sur la planification pour la période post-Assad, du moment que la chute du dictateur est devenu une question de temps sans plus ».
 
En outre, la Maison Blanche a expliqué qu’une action pour forcer le départ d’Assad, nuirait les initiatives entamées pour amener la Russie à suspendre son appui au régime et qu’au contraire il vaudrait mieux poursuivre les pourparlers avec Moscou dans cette optique. Les représentants de l’administration américaine n’ont cessé de répéter, à la lettre, ces déclarations. De plus, la décision prise en 2012 faisant de la Russie l’interlocuteur principal dans la question Syrienne, a tracé les contours de la politique d’Obama qui demeure en vigueur jusqu’à aujourd’hui.
 
Cette collaboration a été renforcée publiquement en 2013 après un début de dénouement de l’affaire des armes chimiques. Ceci a été fait quand les messages de la Maison Blanche ont changé. Bien que certains ont dit, il y’a une année, que la chute d’Assad est imminente, les manipulateurs médiatiques dans la Maison Blanche ont dit qu’il « dispose d’un énorme pouvoir pour rester ». Plus encore, d’autres responsables dans l’administration ont déclaré que «la fenêtre des opportunités disponibles pour resserrer une opposition modérée risque d’être fermée ». Bien que cela semble sans grand intérêt, la Maison Blanche a commencé à informer les correspondants que n’importe quel appui extérieur aux opposants ne peut créer de différence. Encore une fois et en dépit de la nature contradictoire des sujets de discussions, les représentants de l’administration, marchent sur ses pas.
 
En 2014, la Maison Blanche a fait part de son regret d’avoir demandé à Assad de quitter le pouvoir en 2011. Et de souligner que ce qui est important à débattre à propos de l’affaire syrienne est comment combattre les groupes extrémistes et apporter les aides humanitaires. Quant à l’affaire Assad, elle devrait être mise de côté pour le moment. C’était le message de la Maison Blanche.
 
Ces idées sont devenues les lignes d’orientation générale transmises à travers les canaux classiques, Simon et Lynch, et bien d’autres. Dans une étude effectuée par Lynch, ce dernier y fait recours à des propos formulés à la base depuis la Maison Blanche comme «l’apaisement» et la « préservation des intérêts iraniens». Par la suite, Robert Melly devenu directeur au Conseil de sécurité nationale en 2014 a commencé à promouvoir la politique du cessez le feu qui profite à Assad. Encore une fois, ils ont eu recours à l’aide de Lynch pour promouvoir cette stratégie. L’émergence de « Daech » dans la même année, en dépit de ce qu’il représente comme embarras, a offert l’occasion à la Maison Blanche pour présenter sa vision afin de comment rétablir la situation régionale avec l’aide de l’Iran. A cet effet, les messages de la Maison Blanche ont insisté sur le besoin d’associer l’Iran dans la question syrienne. Il fallait juste attendre la signature de l’accord sur le nucléaire au mois de juillet de l’année 2015. Mais dès que la convention ait été signée, la Russie a su que la porte est devenue ouverte pour l’intervention directe en Syrie. Cette intervention a affaibli Obama. Alors la Maison Blanche a adressé le message selon lequel avec son intervention, la Russie serait dans un bourbier. Encore une fois, les publicistes de la Maison Blanche ont véhiculé le message. En dépit de cette attitude, la Maison Blanche a rapidement à travers sa «chambre à résonance » défini sa nouvelle orientation à savoir une opération conjointe avec la Russie. C’est ce qu’a était concrétisé et c’est ce qui a était fait durant plus d’une année grâce à Robert Melly qui était le fer de lance de cette politique.
 
Durant cinq dernières années, Obama aura gardé une position ferme refusant toute intervention contre Assad en vue de redistribuer les cartes au Moyen orient. Pour masquer cet objectif, la maison Blanche a mené une campagne propagandiste complexe qui vise à répondre aux feux critiques à l’intérieur et à ceux émanant des amis.

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Tony Badran
Tony Badran is a senior research fellow at the Foundation for Defense of Democracies.

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