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Anis Amri: Le clandestin-terroriste - Majalla Magazine
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Anis Amri: Le clandestin-terroriste

Anis Amri
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Anis Amri

Par Chokri Ben Nessir

Récit des dernières heures d’un parcours rocambolesque d’un jeune parti de son village rural à la recherche d’un eldorado mais qui basculera dans le terrorisme.

Originaire d’El Oueslatia (gouvernorat de Kairouan), Anis Amri, profitant du chaos sécuritaire qui régnait en Tunisie, fuyant une condamnation par contumace de quatre ans de prison pour vol et cambriolage, embarque illégalement vers l’île italienne de Lampedusa où il arrive le 4 avril 2011. Il avait dix-huit ans. Il ment sur son âge et déclare avoir 17 ans. Le 7 avril, les autorités italiennes le placent dans un centre d’accueil pour mineurs à Belpasso à Catane.

Sept mois après, durant la révolte des immigrés, Amri est arrêté, le 23 novembre à Catane, parmi les agitateurs de la manifestation des clandestins qui ont brûlé notamment un pavillon du centre. Il est condamné à quatre ans de prison ferme. Le 1er juin 2012, il est transféré à la prison de Enna où il fait l’objet de mesures disciplinaires pour « attitude agressive et intimidation d’autres détenus ». Six mois après, il est transféré à la prison de Sciacca. Il y passera deux mois avant d’atterrir à la prison d’Agrigento en janvier 2014. Les surveillants consignent dans leurs rapports une « tendance à la radicalisation » de Anis Amri.

Début de la radicalisation

En effet, le jeune tunisien laisse pousser la barbe, écrit des versets du Coran en rouge sur les murs de sa cellule et observe une forme de repli. Il est soumis à un monitoring spécial mais continue quand même à afficher une attitude agressive envers les autres détenus. Dans cette prison de Sicile, il menace un détenu: « Chrétien, je vais te couper la tête», lui assène-t-il. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la direction de la prison avait signalé au Comité de lutte contre le terrorisme un comportement suspect d’Amri.

Son parcours carcéral le mènera, le 10 janvier 2015, à la prison d’Ucciardone à Palerme, pour des « raisons de sécurité ». Pendant les quatre ans de prison qu’il a passés en Sicile, Amri a été impliqué dans des épisodes violents. En juin 2015, il est libéré. L’Italie demande son expulsion vers la Tunisie, mais les autorités Tunisiennes exigent d’abord la vérification de son identité, ce qui nécessitera deux à trois mois de procédures. L’Italie lui ordonne alors de quitter le territoire et il rejoint l’Allemagne, qui est alors au début du pic de la crise migratoire et verra arriver près de 900 000 demandeurs d’asile fuyant la guerre et la misère, en juillet 2015. Entre juillet 2015 et avril 2016, il fait la navette régulièrement entre Berlin et la région de la Rhénanie-Nord-Westphalie. Il entre en contact avec des imams radicalisés et cherche à nouer des relations avec le groupe ISIS.
Installé en Allemagne, il demande l’asile. Mais il va jouer au chat et à la souris pour flouer les différentes administrations régionales allemandes en circulant d’une région à l’autre et en se faisant enregistrer sous différentes identités. Des écoutes ont pu établir qu’il était en contact permanent avec les milieux radicalisés. Le renseignement allemand savait, selon les médias locaux, qu’Anis avait proposé ses services pour un attentat-suicide et qu’il s’était renseigné sur la fabrication d’explosifs, depuis que sa demande d’asile a été déboutée en juin 2016. Mais au final, ils ont estimé ne pas disposer d’éléments probants justifiant son arrestation, se limitant ainsi aux formalités de son expulsion.

Avec les recruteurs et les imams radicaux

Durant cette période, Anis Amri entre en contact avec le réseau A. Ahmad Abdullah Abdulaziz alias Abou Walaa, un Irakien de 32 ans qui a rejoint l’Allemagne en 2000 et qui est considéré comme le plus grand représentant d’Isis en République fédérale. Abou Walaa est soupçonné d’être le chef d’un réseau djihadiste-salafistes qui a la tâche de recruter les jeunes combattants pour les envoyer en Syrie. Amri ne représente pas un élément central de ce réseau, mais finit par se lier à eux très peu de temps après son arrivée en Allemagne, de l’Italie.

Il voulait se battre avec l’Isis

Selon les documents cités par le «Süddeutsche Zeitung», Amri aurait prévu de se rendre en Syrie pour rejoindre ISIS et, à cet effet, il serait allé plusieurs fois en Basse-Saxe dans la seconde moitié de 2015 pour s’entraîner avec un groupe composé d’adeptes de l’Isis, en marchant 16 kilomètres avec un sac à dos lourd. Le leader du groupe serait le même Walaa, qui a prêché pendant une longue période dans une mosquée de Hildesheim (Basse-Saxe), a examiné l’adresse principale pour les cercles salafistes allemands (en 2013 les services secrets allemands ont recensé 5.500 salafistes en Allemagne, en 2014, ils étaient déjà 7.000 et près de 8350 à la fin de 2015).

En fait, plutôt que sur la Syrie, le groupe auquel se joint Amri, préfère se concentrer sur l’Allemagne et, selon les autorités, des plans d’attaques ont déjà été élaborés depuis 2015. Parmi les scénarios envisagés, les attaques contre les postes de police à coups de grenades, des exécutions d’agents, massacres collectifs avec plein d’explosifs jetés dans la foule. La police allemande avait réussi à infiltrer le groupe et aurait eu vent des activités de Anis Amri.  Mais le jeune tunisien, avec de multiples fausses identités, réussit à garder le contact avec d’autres membres du réseau Walaa. Dans Duisburg, il a visité l’agence de voyages Hasan C, où une cinquantaine de Turcs sont soupçonnés de transmettre à l’arrière-boutique des serments de l’islam radical et des cours d’arabe aux jeunes allemands afin de les préparer à rejoindre Isis.  Pendant ce temps, Amri, rencontre à Dortmund Boban S. Aka Abdurrahman, 36 ans, Serbo-Allemand, considéré comme un prédicateur radical. Le 8 novembre dernier, l’étau se resserre aurtour du réseau. Walaa est arrêté avec Abu Hasan C., S. Boban et deux autres personnes. Les enquêtes en cours ont montré que le jeune tunisien a essayé, depuis, d’obtenir les fusils à tir rapide à travers des contacts dans les milieux islamistes français.  Le 19 décembre, il passe à l’acte en lançant un camion contre le marché de Noël à Berlin. L’attentat a fait 12 morts et des dizaines de blessés. Ses empreintes digitales ont été retrouvées à l’intérieur de la cabine, à l’extérieur et sur la porte du camion. Cet acte terroriste fera de lui l’homme le plus recherché et une chasse à l’homme à l’échelle européenne est lancée.

L’homme le plus recherché d’Europe

Pendant sa cavale, qui durera cinq jours, sa famille, qui croit dur comme fer qu’il est innocent, l’implore de se présenter à la justice. Ses parents affirment aux médias qu’Anis avait quitté son pauvre village (Oueslatia)  avec l’espoir de trouver une vie meilleure en Europe.
«Anis est aussi parti pour fuir la misère. Il n’avait aucun avenir en Tunisie et il voulait à tout prix améliorer la situation financière de notre famille qui vit en dessous du seuil de pauvreté, comme la majorité des habitants de Oueslatia», affirme Abdelkader Amri, le frère d’Anis. «Il nous contactait via Facebook, il nous disait qu’il voulait rentrer en Tunisie mais qu’il devait d’abord gagner un peu d’argent (…) Dix jours avant l’attentat, il nous avait dit qu’il comptait rentrer au bled en janvier», indique Walid. C’est la dernière fois que la famille dit avoir été en contact avec lui.

La famille Amri
La famille Amri

Fin de parcours

Selon les enquêteurs, au cours de sa cavale, Anis Amri avait transité par la France. Il serait parti de Chambéry (Savoie) et arrivé à Milan après être passé par Turin. Le 23 décembre 2016, à 3h08 du matin, Anis Amri sort de la gare Sesto San Giovanni (Milan), un sac à dos en bandoulière. Il arrive de France (Chambéry) via Torino par train. Son allure de Maghrébin attire l’attention de deux policiers en faction. Les deux agents, qui sont Luke Scata et Cristian Movio, interpellent Amri, qui est sans papiers, mais «parle bien l’italien avec un accent étranger.» Lorsqu’ils lui demandent de vider son sac à dos, le terroriste, calme, dégaine son pistolet calibre 22, avec un mouvement soudain et inattendu, crie «Allahou Akbar», tire et touche à l’épaule l’agent Movio. Bien que blessé, l’agent prend son arme et riposte par un coup de feu, mais Amri est déjà derrière la voiture essayant de se cacher et peut-être pour «être en mesure de refroidir les deux agents.» À ce moment-là, l’agent Scata, fait le tour de la voiture, surprend Amri et le foudroie avec deux coups de feu. Le dernier mot d’Amri avant de rendre l’âme a été «bâtards de policiers.». Ainsi fut abattu le terroriste de Berlin.

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