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ALAÏA Le magnifique - Majalla Magazine
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ALAÏA Le magnifique

Ezzedine ALAÏA, styliste et couturier franco-tunisien (Getty)
Ezzedine ALAÏA, styliste et couturier franco-tunisien (Getty)
Ezzedine ALAÏA, styliste et couturier franco-tunisien (Getty)

Par Chokri Ben Nessir

Ezzedine ALAÏA est sans nul doute le magicien de la haute couture en France et dans le monde. Ses pairs disent qu’il y a la femme avant, et la femme après Alaïa. « En inventant de nouvelles morphologies par le simple jeu de coutures complexes, Alaïa est devenu le couturier d’une œuvre qui traverse le temps. Son influence sur la mode contemporaine est fondamentale ».

Ce n’était pas un, mais plusieurs musées qui avaient choisi de rendre hommage au plus tunisien des couturiers parisiens. Et pour ceux qui ont pu l’oublier, ce n’était pas la première fois que Azzedine le magnifique entrait au musée par la grande porte. Pour cet amoureux de l’art, il ne pouvait y avoir de plus belle consécration. Qu’on se souvienne : en 1996, une première rétrospective lui est consacrée au Palazzo Corsini à Florence. En 1997, c’est au Groninger Museum que ses créations sont exposées, et dialoguent avec les œuvres de Picasso, Julian Schnabel, Warhol ou César. Le pli est pris, et régulièrement, les plus grands musées font appel à lui, et lui rendent hommage : en l’an 2000, le Guggenheim Museum lui consacre une rétrospective, et l’expose avec des œuvres d’Andy Warhol. Il retourne au Groninger Museum en 2011, avec une exposition sur le thème de « Alaïa au XXI è siècle » qui sera présentée plus tard au NRW Forum de Düsseldorf en 2013. En 2014 c’est au Musée d’Art MODERNE à Paris et enfin en 2015, c’est la Villa BORGHESE à Rome qi l’honore.

Le magicien

Dans sa cuisine-salle à manger-lieu de travail, il reçoit avec sa gentillesse habituelle, et son humour décapant. A sa table, où se côtoient mannequins, vedettes, petites mains, journalistes ou clientes fidèles, le menu est frugal, mais la conversation savoureuse. Il s’interrompt à tout moment pour répondre à une ouvrière qui n’arrive pas à monter une manche, lui montre comment adapter un patron, en piquant lui-même le tissu, nous rassure sur le grondement sourd qui rythme le repas, ce n’est que le ronflement de son énorme chien dont c’est le moment de la sieste. Il raconte ses projets, d’autres expositions dans d’autres musées, aux USA, en Russie, en Italie. Il montre le dernier livre qui lui a été consacré, évoque les prochaines ouvertures de la maison— une deuxième adresse à Paris, lui qui refuse de sortir du quartier du Marais- mais aussi en Chine, en Russie, dans les pays du golfe. Un parfum également à son nom.

C’est Alaïa le sculpteur des styles. Car c’est cette discipline qu’il étudia à l’Ecole des Beaux-Arts de Tunis. Une école où il était entré avant l’âge légal grâce au mensonge madame Pineau, « sa seconde mère ». Celle ci avait juré au directeur de l’école qu’il avait les seize ans requis. Son père n’était pas au courant, bien sûr, et il passait ses nuits à surfiler des robes pour une couturière de quartier afin de payer ses fournitures scolaires. Leila Menchari, son amie, et la mère de celle-ci, ayant perçu son talent, l’aidèrent à partir et à s’installer à Paris. Le reste fait partie de la légende : la chambre de bonne voisine de celle de Leila Menchari, qu’il payait en cousant des blouses pour la concierge, les enfants de la comtesse qu’il gardait, tout en ajustant les ourlets de la mère, la maison Dior d’où il fut renvoyé au bout de cinq jours, mais qui lui ouvrit les portes du rêve. Guy Laroche qui lui permit de faire ses premières armes, et les différentes personnalités qui furent autant d’étapes dans sa vie, de muses à son inspiration.

Et pourtant, il va très loin chercher son inspiration : dans l’Egypte pharaonique, et les bandelettes de momies, dans l’Afrique subsaharienne, avec ses robes totems, dans le Tunis de son enfance, et les cornettes blanches des religieuses qui enseignaient à l’école de sa sœur.
A chaque exposition il offre une somptueuse mise en scène à ces robes d’exception soigneusement sélectionnées, robes d’un soir, d’une fête, robes intemporelles, créées ou inspirées par ces icônes qui furent aussi ses muses et ses amies : Arletty, Louise de Vilmorin, Naomi Campbell ou Farida Khalfa. Y en aurait-il une qu’il préférerait, pour laquelle il aurait rencontré particulièrement de difficultés ?

« La plus belle robe est toujours la prochaine. Et je rencontre les mêmes difficultés avec une jupe droite qu’avec une robe » souligne-t-il.

A Paris, en lui offrant une place à part dans le panthéon de la Haute Couture, est non seulement un magnifique hommage, mais aussi une grande reconnaissance, en lui offrant la réouverture du Palais Galliera (2014), Musée de la mode fermé depuis quelques années pour travaux.

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