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Visite de Merkel à Tunis et au Caire.. Le bâton et la carotte  - Majalla Magazine
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Politique

Visite de Merkel à Tunis et au Caire.. Le bâton et la carotte 

Angela Merkel, chancelière allemande, discute avec le Premier ministre tunisien Youssef Chahed lors de sa visite officielle en mars 2017 à Tunis. (Getty)
Angela Merkel, chancelière allemande, discute avec le Premier ministre tunisien Youssef Chahed lors de sa visite officielle en mars 2017 à Tunis. (Getty)
Angela Merkel, chancelière allemande, discute avec le Premier ministre tunisien Youssef Chahed lors de sa visite officielle en mars 2017 à Tunis. (Getty)

Par Chokri Ben Nessir

Avec la fermeture de la route migratoire des Balkans début 2016, la Libye est redevenue, la voie d’accès numéro un pour les clandestins et les réfugiés qui veulent rejoindre l’Europe.

En effet, selon le gouvernement italien, quelque 13 400 arrivées ont été recensées en janvier et février 2017, soit une hausse de 50 % à 70 % par rapport aux deux premiers mois de 2015 et 2016. La chancelière Allemande Angela Merkel, sous pression chez elle et en Europe pour avoir ouvert son pays à plus d’un million de demandeurs d’asile, a depuis début 2016, pris son bâton de pèlerin en effectuant des tournées africaines pour réduire l’afflux des migrants, proposant aux pays visités notamment des accords de renvoi de migrants vers leur pays de transit, comme c’est le cas avec la Turquie. Une thématique vitale et qui risque de dominer la campagne des élections législatives du 24 septembre en Allemagne, lors desquelles Mme Merkel entend briguer un quatrième mandat.

Mme Merkel, qui a porté ce même message à l’automne dernier au Mali et au Niger, avait prévu d’en faire autant au Caire, à Tunis et à Alger, avant l’annulation de sa visite dans ce dernier pays en raison de l’état de santé du président Abdelaziz Bouteflika.

Et si à Tunis, l’annonce de la signature d’un nouvel accord sur l’immigration prévoyant d’accélérer les refoulements de Tunisiens dont le titre de séjour a été refusé, a permis à Berlin et Tunis de clore une période de crispation qui avait vu des responsables allemands avancer l’hypothèse de sanctions contre les pays -dont la Tunisie- ne coopérant pas suffisamment sur l’immigration, le Chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed avait adressé une fin de non-recevoir à Berlin sur l’idée de camps, sur le sol tunisien, pour accueillir des migrants sauvés durant leur traversée de la Méditerranée depuis la Libye.

La controverse 

Angela Merkel, chancelière allemande, arrivant à une réunion avec le Premier ministre tunisien Youssef Chahed et son gouvernement lors de sa visite officielle en Tunisie. (Getty)
Angela Merkel arrivant à une réunion avec le Premier ministre tunisien Youssef Chahed et son gouvernement lors de sa visite officielle en Tunisie. (Getty)

Cette nouvelle convention « va satisfaire la Tunisie et va satisfaire l’Allemagne », a déclaré le président tunisien Béji Caïd Essebsi lors d’une conférence de presse commune avec la chancelière Angela Merkel. Même si elle concerne le sort de 1500 migrants tunisiens, « Elle ne porte pas du tout atteinte à la souveraineté de la Tunisie ou d’un autre pays », a-t-il affirmé. De son côté, Mme Merkel a indiqué que l’accord prévoyait notamment une réponse « sous 30 jours » de Tunis aux demandes d’identification par Berlin.

Et même si leur retour pourrait s’avérer catastrophique pour un pays qui a réussi, malgré la crise économique et des attentats à répétition, à préserver sa stabilité et ses progrès démocratiques pour devenir le seul rescapé des « Printemps arabes », cette question était au cœur d’une controverse entre Berlin et Tunis. C’est que le dossier du Tunisien Anis Amri, l’auteur présumé de l’attaque du 19 décembre contre un marché de Noël à Berlin  qui a fait 12 morts, avait enflammé à l’époque les feux des critiques.  En effet, les autorités tunisiennes avaient été accusées d’avoir bloqué durant une partie de 2016, son rapatriement. Les autorités tunisiennes avaient plaidé alors leur bonne foi, relevant que les procédures d’identification étaient longues et nécessaires.

Mais une fois ces désaccords évacués, Tunis a souligné qu’elle compte grandement sur la visite de la chancelière pour renforcer la coopération économique. D’ailleurs, Merkel, qui était accompagnée d’une délégation d’hommes d’affaires, a annoncé le déblocage de 250 millions d’euros afin notamment de favoriser l’emploi des jeunes.

Unique rescapé du Printemps arabe, la Tunisie est un des pays les plus touchés par le fléau jihadiste, et le retour de milliers de Tunisiens ayant prêté allégeance à des organisations comme le groupe ISIS est sensible. C’est pourquoi la relance économique à travers des projets de coopération, dans des domaines comme l’agriculture ou les énergies, convenus avec l’Allemagne portent sur un milliard d’euros, selon Berlin.

En effet, pour Angela Merkel, la Tunisie en tant que jeune démocratie, peut « compter sur le soutien et la coopération, politique, économique et sociale de l’Allemagne », a-t-elle déclaré devant le Parlement Tunisien. Et de souligner que les allemands le savent bien  » La sécurité et le développement économique sont liés (…). Au final, c’est dans notre intérêt à tous », a-t-elle ajouté.

La question Libyenne

Etant donné que l’Egypte, comme la Tunisie, est en quête d’assistance et d’investissements pour relancer son économie minée par le chômage, Merkel a profité de son passage au Caire pour parler de la Libye, pays en proie au chaos et qui constitue une tête de pont pour les migrants tentant de rejoindre l’Europe. Elle a évoqué avec le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi « des points concrets concernant la protection des frontières ». « Sans stabilisation politique de la Libye, nous ne pourrons pas faire cesser les activités des passeurs et trafiquants (d’êtres humains) qui travaillent depuis la Libye » vers l’Italie, avait-elle indiqué.

Devant la presse, elle a même apporté son soutien à l’initiative diplomatique menée par les voisins nord-africains de la Libye (Tunisie, Algérie et Egypte). Un sommet doit prochainement avoir lieu en présence des chefs d’Etat de ces trois pays. « Nous vous souhaitons beaucoup de succès car nous savons que la situation politique en Libye est difficile (pour vous). (…) En raison de l’immigration, c’est aussi, pour nous, Européens, important », a-t-elle dit.

Avec cette visite, l’Allemagne, avec sa puissance économique, voulait porter ce message aux pays qui ont trainé les pieds pour mettre un terme à la question migratoire en Europe. Un message qui passera difficilement tant que la migration et le droit au refuge, sont inscrits comme droits humains universels dans les constitutions européennes.

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