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Dov Zakheim: « Quelques soient les politiques étrangères de Trump, l’opposition interne ne se mettra pas au travers de sa marche » - Majalla Magazine
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Dov Zakheim: « Quelques soient les politiques étrangères de Trump, l’opposition interne ne se mettra pas au travers de sa marche »

Dov Zakheim et Donald Rumsfeld
Dov Zakheim et Donald Rumsfeld
Dov Zakheim et Donald Rumsfeld

Par Mostafa El-Dessouki 

Dov Zakheim, l’homme de connaissances, d’intelligence d’affaires et d’une pensée politique et stratégique pertinente est l’un des anciens responsables les plus compétents dans la Défense  américaine. Sa carrière politique dans le gouvernement a commencé depuis l’époque de l’administration Reagan et s’est poursuivie  jusqu’au mandat de George W. Bush Fils, au cours duquel il a occupé le poste de sous-secrétaire  du ministre de la Défense, Donald Rumsfeld, et a servi en tant que contrôleur du Pentagone. Dov a fait ses études à  Columbia University, au Trinity Collège et au  National War College à l’Université Yeshiva. Il a également servi en tant que PDG de SPC International, une filiale de System Planing Corporation, une société d’analyse de haute technologie exerçant dans ce domaine durant plus  d’une décennie. Il a étudié les  problèmes de l’administration Bush, en mettant une feuille de route  efficiente  pour la reconstruction de l’Afghanistan dans son livre publié en 2011 sous le titre « The Story of Vulcan. »

Al-Majalla a rencontré à Washington Dov Zakheim et ci-après le texte de l’interview:

Question: Avec l’avènement d’une nouvelle administration à la Maison Blanche, vous pouvez préciser les deux principaux points prioritaires que la politique américaine envisage poursuivre envers le Moyen-Orient?

Je pense que la chose la plus importante est de résoudre la situation chaotique  en Syrie.  A mon avis, cela nécessite une sorte d’ accord avec les Russes. Il me semble qu’il faut examiner ceci avec tout le monde, sauf avec les Iraniens. Je pense qu’on pourrait parvenir à une sorte d’entente avec les Russes. Les iraniens doivent sortir de la Syrie, et idem pour  Hezbollah. Je ne pense pas que les Russes s’y opposeront s’ils peuvent poursuivre leurs relations avec les Alaouis, et s’ils peuvent garder leurs structures de base.

Dov Zakheim
Dov Zakheim

Donc la première chose est de chercher le leitmotiv pour réaliser la stabilité en Syrie, et la paix nécessaire pour le retour des réfugiés, et pour faire sortir Hezbollah, car il représente pour la Jordanie et d’autres pays, une menace pour la région en général. Chaque fois que l’Iran est devenu plus fort, plus la menace  s’accentue pour la région en particulier et surtout pour les pays du Golfe et la Jordanie. Je pense que les États-Unis d’Amérique peuvent  jouer dans une certaine mesure un rôle positif, si les relations entre  Trump et Poutine  restent fortes comme cela le semble à l’heure actuelle.

La deuxième chose est de veiller à ce que  l’Iran ne fait pas usage des fonds qu’elle a obtenu pour  déstabiliser la région, et précisément le Bahreïn, l’Arabie Saoudite et le Yémen. Ce n’est  pas nécessaire que les Iraniens envoient leurs forces spéciales pour qu’ils soient une menace car ils envoient de l’argent à d’autres pour se déplacer ici et là et semer le chaos. Il faudrait y faire face d’une certaine manière.

Question: est ce que vous envisagez la fin de l’accord nucléaire iranien dans sa forme actuelle?

Je ne pense pas que nous allons nous retirer de l’accord nucléaire, mais l’Iran pourrait  le faire si nous imposons de nouveau les sanctions, c’est ce qui doit se faire, je pense.  Si nous faisons cela pour les droits de l’homme et pour des raisons liées au terrorisme,  la région arabe s’en féliciterait, ainsi qu’Israël. Nous pouvons à nous seuls imposer des sanctions, mais si Trump réussit à convaincre Poutine, nous pouvons imposer certaines sanctions avec les Russes et peut-être aussi avec les Britanniques.

Question: Vous avez proposé le consensus avec la Russie et les Alaouites en Syrie. Dans ce cas, comment sera la carte politique à l’égard de la Syrie?

Je ne peux pas moi même ou quelqu’un d’autre prévoir les futures frontières de la Syrie. Il est clair que les Alaouites seraient responsables de leur territoire en Syrie. Cela dit,  tout dépend du pouvoir qu’ils détiennent, des ressources humaines et des armes nécessaires, chose qui n’est pas claire. Je ne sais pas s’il en est ainsi. De toute évidence, il serait nécessaire de parvenir à une solution provisoire entre ceux qui soutiennent le régime et ceux qui s’y opposent. Et je ne suis pas prêt à prédire s’il serait possible de former un gouvernement plus inclusif.

Dov Zakheim
Dov Zakheim

En ce qui concerne la partie kurde, le problème est que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) est une organisation terroriste en Turquie. Les autres minorités sont des chrétiens, qui ont travaillé généralement avec Assad. Pour les sunnites,  il est difficile de le savoir. Il existe de nombreux groupements différents. Nous devons affaiblir le front Ennousra et toute influence Daesh, puis on verra qui sera toujours là. Je ne vois pas clair qui représente les sunnites en particulier, et surtout les hommes d’affaires qui ne désirent que la stabilité.

Si la tentative d’éloigner la Russie de l’Iran échoue,  nous allons assister à un cercle vicieux de guerre civile et de tensions entre les Etats-Unis et la Russie.  La Russie est elle capable de vaincre les opposants  plutôt que de les contenir? Je ne sais pas. Nous avons l’Iran qui dispose de la plus grande force, et une guerre civile qui pourrait rapprocher les Iraniens et les Russes à collaborer ensemble. Les résultats ne seront pas de bon augure dans ce cas.

Question: Afin de tirer profit de la présence russe en Syrie, faut-il accorder des concessions à Poutine dans d’autres régions à l’instar des Baltiques par exemple?

Je pense que c’est ce qui va se passer quelque part. Si nous cherchons le consensus avec les Russes, nous aurions besoin d’abord d’identifier ce que nous voulons faire. Certaines choses que nous voulons sont claires,  par exemple, que la Russie renonce à narguer nos alliés de l’OTAN, ce qui signifie qu’il ne devrait pas y a avoir des abus  militaires ou d’autre genre, y compris le fait d’essayer de gâcher les élections. Il est clair qu’il y a beaucoup à faire pour arriver au consensus avec les Russes sur la Syrie. Ils veulent notre engagement de ne pas soutenir la Géorgie et l’OTAN. C’est pourquoi nous devons définir clairement ce que nous voulons avant de négocier avec eux.

Question: Il semble que l’opposition qui fait face au président Trump à l’intérieur  est trop forte. Est ce que la polarisation interne va en quelque sorte limiter la capacité du président à mettre en place des politiques étrangères cohérentes et leur mise en œuvre?

En ce qui concerne la politique étrangère, toute administration dispose d’une plus large marge de manœuvre pour gérer ses affaires que celles au plan intérieur. Les pressions internes n’ont eu aucun impact réel sur Obama. La dernière fois c’était le cas de la guerre du Vietnam où les pressions internes ont créé un tournant.  Je ne vois pas que nous avons les mêmes sentiments quand les gens ne sont pas mobilisés dans l’armée. Même les nombreuses manifestations n’empêchent pas le Président de mettre en œuvre ses politiques étrangères. Par contre ce qui affecte sa liberté d’agir c’est que la mise en œuvre de la politique se fait par l’argent des contribuables américains.  C’est à ce moment que le Congres joue un rôle majeur. Mais dans l’ensemble, je ne vois pas que les pressions internes peuvent constituer un tournant. Bien au contraire, elles constituent un soulagement pour les réfugiés Syriens à l’intérieur de la Syrie puisqu’ils vont pouvoir rentrer à leur patrie et alléger ainsi  la pression sur l’Europe. Lorsque la trêve a eu lieu en Afghanistan dans les années 2001-2002, deux millions de réfugiés sont rentrés au pays. Les gens vont rentrer à leurs maisons et  ils veulent rentrer.

Question: Voyez-vous un climat qui prend forme vers un règlement pacifique dans la région avec Israël?

Tant qu’il existe un conflit au sujet de la cause palestinienne, il est difficile de mesurer la disposition des gouvernements arabes de s’ouvrir publiquement vers Israël. Cependant, il y a toujours la possibilité d’une certaine forme de coopération plus large sur la question du terrorisme. Mais ce que les Israéliens veulent c’est d’établir des relations normales avec les Arabes. Et de fait  ils coopèrent effectivement dans la lutte contre le terrorisme. La situation sera compliquée pour l’administration américaine, que ce soit pour la probabilité de transférer  l’ambassade américaine à El-Lods, ou pour sa position sur les colonies en Cisjordanie, une question qui va placer les Etats arabes dans une position de malaise. S’ils ont tendance à vouloir faire plus, ils ne voudront pas donner une argumentation supplémentaire pour les forces de l’opposition dans leur pays, qui sont financées par les Iraniens voire soutenues par elle. Je pense que c’est ce les empêche à agir au plus vite. Je vois qu’ils le souhaitent, mais qu’ils ne se sentent pas en mesure de le faire. Souvenez-vous ce que sont les forces d’opposition et d’où elles viennent. Les Iraniens feront de leur mieux pour tirer profit de ca. C’est pourquoi,  il faut agir en ce qui concerne la cause palestinienne afin de parvenir à une plus grande coopération entre les Arabes modérés et Israël.

Question: En parlant de l’Arabie Saoudite en particulier, il nous est important de savoir votre opinion sur la «Vision 2030», et d’autres  initiatives lancées par le prince héritier Mohammed Ben Salman.

La vision du Prince Mohammed ben Salman est bonne, bien que la mise en œuvre soit toujours difficile. Je pense donc que « la vision 2030 » peut être mise en œuvre selon le calendrier qu’il veut, et peut-être pas. Mais je vois qu’on reconnait de plus en plus  la nécessité d’introduire un certain changement. En supposant qu’il continuera d’obtenir le soutien des saoudiens, il réalisera des progrès significatifs en particulier dans le cas du succès de la campagne saoudienne pour protéger la légitimité au Yémen.

Question: Quels sont les types de soutien qui peuvent être fournis par les États-Unis à votre avis, en ce qui concerne les réformes économiques ou la guerre au Yémen ou d’autres ?

Je ne sais pas ce que nous pouvons faire davantage pour l’aider. Nous accordons un soutien en termes de ciblage des groupes terroristes. S’ils demandent un conseil économique ou une aide en matière de planification ou autre,  c’est possible comme nous l’avons fait avec d’autres pays.

Une des choses que nous pouvons faire est d’étendre les sanctions contre l’Iran. Il est certain que nous sommes en mesure de continuer à geler les avoirs des iraniens. Je pense que c’est  l’aide fondamentale dont nous disposons.

Question: Certains remettent en question la probabilité de réimposer le régime des sanctions, car ils soupçonnent que les Européens vont y prendre part?

Que les Européens imposent des sanctions ou non, une fois nous avons imposé des sanctions à une partie tiers, il n’y aurait  pas d’alternative pour les Européens. Nous avons donc informé les entreprises européennes au cas où elles entreprennent  des affaires avec l’Iran, elles ne pourront pas donc avoir des activités commerciales aux États-Unis ou des relations de coopération avec elles. Elles n’auront pas d’autre choix que de se soumettre à nos sanctions. Dès lors il n’est plus important que les européens soient avec nous ou pas dans ce que nous entreprenons seuls.

Question: En ce qui concerne l’Egypte, trouvez-vous un changement ou un prolongement des politiques à l’égard de l’Etat et de sa direction à la lumière de l’administration de Trump?

Il semble que le président Trump sympathise beaucoup plus qu’Obama avec le  président Sissi, ce qui est bien. Les Egyptiens doivent savoir que nous les soutiendrons. Ils ont besoin d’un soutien économique. Les Israéliens ont annoncé qu’ils les aideront, et les États-Unis doivent aller dans ce sens.

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