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L’Epidémie du Meurtre en Amérique Latine - Majalla Magazine
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Investigation

L’Epidémie du Meurtre en Amérique Latine

Des officiers du ministère public inspectant le cadavre d’un agent prive de sécurité tué par les membres d’un gang au Guatemala le 3 mars 2011 (Getty)

 

Des officiers du ministère public inspectant le cadavre d’un agent prive de sécurité tué par les membres d’un gang au Guatemala le 3 mars 2011 (Getty)
Des officiers du ministère public inspectant le cadavre d’un agent prive de sécurité tué par les membres d’un gang au Guatemala le 3 mars 2011 (Getty)

Par Robert Muggah et Ilona Szabo de Carvalho

Au Caracas, le meurtre est de routine. L’année dernière, la ville a été décrite comme l’une des capitales mondiales du meurtre, avec un taux qui s’élève à 120 personnes sur 100,000. Si ces chiffres sont justes, ils sont à peu près 20 fois supérieurs à la moyenne mondiale. La réalité est qu’il n’y a pas de source fiable quant au nombre de personnes tuées chaque année ; le public doit se contenter de ces estimations étant donné que le Caracas a arrêté de publier leurs trouvailles il y a à peu près une décennie. Peu importe le nombre, tout le monde connait au moins une personne qui a été abattue. Dans une enquête menée cette année, deux tiers des Vénézuéliens ont reporté avoir eu affaire à un meurtre dans leur quartier durant les 12 derniers mois. Ils ne peuvent être blâmés pour se croire prochains sur la liste.

Les Vénézuéliens ne sont pas les seuls en Amérique Latine à être terrorisés par cette violence mortelle. Malgré une nette baisse de la violence meurtrière durant la dernière décennie, les Colombiens font encore face à l’un des plus hauts taux de meurtre sur la planète. Pendant ce temps, un peu plus au Sud, au Brésil, on compte le plus haut taux de meurtre au monde, avec plus de 56,000 personnes par année. Plus de 80% de la population du Brésil se croit en danger de meurtre. En même temps, en Amérique centrale, plus d’un tiers du Salvador et d’Honduras témoigne d’un meurtre récent près de leur lieu d’habitation.

Au travers de l’Amérique Latine, la mort hante la jeunesse. Chaque quart d’heure, un adolescent d’Amérique Latine -généralement un jeune garçon- est tué. Les cadavres s’empilent vite. Il y a environ 400 meurtres par jour, ou 140,000 par an. Dans certains pays, le meurtre est la première cause de mort chez les adolescents males, soit plus que les morts dues aux blessures accidentelles, au cancer, aux suicides ou bien à la maladie. Plus de 75% des meurtres sont perpétués avec des armes à feu, bien plus que la moyenne mondiale. Paradoxalement, cette violence mortelle a persisté, malgré une impressionnante baisse de la pauvreté et de larges améliorations dans le domaine de l’éducation, la santé et la moyenne de vie.

De plus, le taux de meurtre est de plus en plus grand en Amérique Latine, alors qu’il décroit partout ailleurs. Cette région abrite 8% de la population du monde, mais il s’y passe 33% des meurtres. Si la situation ne change pas, le taux de meurtres régionaux est prévu d’augmenter de 21.5 personnes pour 100,000 aujourd’hui à environ 35 en 2030. Même si toute l’Amérique Latine se soucis de l’augmentation du taux, sept pays se font remarquer : le Brésil, la Colombie, le Salvador, le Guatemala, Honduras, le Mexique, et le Venezuela, qui sont à l’origine d’un quart des meurtres mondiaux chaque année.

Même les zones de guerre les plus affectées du monde ne peuvent pas être comparées. Entre 2001 et 2014, aux environs de 26,000 personnes sont mortes en combattant en Afghanistan. Durant la même période, 67,000 personnes à Honduras ont été assassiné. Honduras a un tiers de la population afghane. On peut aussi prendre le Brésil comme exemple, pays dans lequel en 2015, il y’a supposément eu autant de mort qu’en Afghanistan, Iraq, et la Syrie réunies la même année. On ne se demande plus pourquoi certaines agences d’aide comme la Croix Rouge ou les Médecins sans Frontière ont lancé une opération de Rio à Tegucigalpa.

L’une des raisons pour laquelle le taux de meurtre de la région est si élevé est parce qu’ils ne sont jamais résolus ou investigués. En Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest, près de 80% de tous les meurtres intentionnels sont résolus. Au Japon, se chiffre se rapproche plus de 98%. Pourtant, dans de nombreux pays d’Amérique Latine le pourcentage avoisine plutôt les 20%. Au Brésil, en Colombie, au Honduras et au Venezuela, au moins 90% des crimes capitaux restent impunis. Etant donné que la majeure partie des morts sont de pauvres hommes de couleur qui viennent de quartiers à petit revenu, leurs morts ne sont pas vues comme une priorité. Les investigations sont mal menées, en partant du fait qu’elles le sont. Il en résulte une confiance détruite de la population en leur police et en leur système juridique.

Le bon côté de toute cette triste situation est qu’un nombre croissant d’actes meurtriers n’est pas inévitable. Il y a plusieurs exemples de pays et de villes dans la région qui voient le bout du tunnel. Une étude récente montre que plus de 90 plan de prévention d’homicide ont été lancé en Amérique Latine et aux Caraïbes au niveau national et municipal depuis la fin des années 90. Des métropoles fleurissantes comme Bogota, Ciudad Juarez, Medellin et Sao Paulo ont vu leur taux d’homicide décroitre de 70% ou plus durant la dernière décennie. Même si chaque intervention est distincte et ne peut pas être imitée, elles ont plusieurs choses en commun.

Des responsables au niveau civique – surtout de puissants maires – ont menés au changement. Des figures charismatiques comme Antanas Mockus à Bogota, Rodrigo Guerrero à Cali, et Sergio Fajardo à Medellin ont, par exemple, des plans visionnaires avec des recherches menées avec attention, et des systèmes de protection sociale centrés autour de certains quartiers avec de haut niveaux d’inintégration sociale et de risque pour la nouvelle génération. Ils ont fait de la réduction des meurtres une priorité. Fondamentalement, ils ont compris que réduire les taux d’homicides revient à contrôler les facteurs à risque, à amplifier les facteurs de protection, d’encourager un changement de comportement, de renforcer le système juridique criminel, et d’avoir recours à des agences externes si le besoin est éprouvé.

Un déclin constant dans les taux de meurtres n’est pas juste avantageux d’un aspect financier, comme ce genre de plan le montre, il est essentiel. Le cout de la violence criminelle en Amérique Latine n’est pas négligeable, se rapprochant de 3.5% du PIB de la région, soit $261 milliards par an. Les conséquences dues aux dépenses dans le domaine de la sécurité publique et privée, mais aussi à la baisse en productivité associée à des morts évitables sont dramatiques. Elles ont ralenti l’économie de pays qui ont fait de réels gains lors de la période autocratique entre les années 60 et 80.

Si chaque gouvernement de l’Amérique Latine, mais aussi chaque société se promettait de réduire de 50% leur taux de meurtre durant les 10 prochaines années, ils pourraient prévenir à peu près 413,000 morts. Si seulement le Brésil, la Colombie, le Salvador, le Guatemala, Honduras, le Mexique et le Venezuela y parvenait, cela sauverait 365,000 vies. Même si cela semble irraisonnable, ça n’équivaut qu’à une baisse annuelle d’environ 7.5%. Les efforts menés en vue de la réduction des taux d’homicide au niveau mondial prouve que ce chiffre est bien plus qu’atteignable. En sachant que trois quart de l’Amérique Latine est urbaine, un lieu stratégique pour commencer cette réduction des taux serait dans les plus grandes villes de la région.

Alors, comment l’Amérique Latine pourrait-elle réduire de moitié son taux d’homicide ? Au minimum, les gouvernements, les compagnies, et les groupes de la société civile doivent adopter des stratégies basées sur des faits réels et concrets, et se concentrer sur les zones ou les crimes violents prévalent. Après tout, les crimes violents sont plus collants et ont tendance à s’empiler de manière assez constante dans des quartiers bien spécifiques, habités par une population plus pauvres, plus jeune et moins éduquée ; ils semblent aussi êtres perpétués à des temps spécifiques de la journée. Une étude menée auprès de cinq pays d’Amérique Latine montre que 50% des crimes se déroulent sur seulement trois à huit pourcents des rues. Quand elles sont bien pensées, implémentées, et possèdent assez de ressources, certaines politiques de « Hot-Spot » peuvent être particulièrement efficaces. Même si c’est bien plus extravagant, on pourrait considérer des cesser le feu et l’armistice entre certains gangs comme un moyen de réduire la criminalité dans l’esprit d’une plus ample stratégie de prévention de la violence.

Cet effort de prévention et de réduction du crime doit être motivé par des buts ambitieux qui établissent la réduction du meurtre comme un objectif explicit au lieu d’un avantage. Beaucoup de gouvernements nationaux et locaux insistent que le succès de telles mesures soit mesuré par le nombre d’armes à feu saisies, de kilos de stupéfiants interceptés, ou de criminel suspects arrêtés. Comme les officiers de la loi sont souvent récompensés en accord avec cette manière de penser, ils ont moins tendance à porter leur attention envers d’autres indicateurs de leur performance comme la réduction de la violence meurtrière ou de la victimisation.

Si la réduction du taux de meurtre est soutenue, les gouvernements vont devoir réparer les relations, sévèrement endommagées, de la police avec les communautés, même dans les situations les plus violentes. Les quartiers avec le plus d’homicides sont aussi ceux qui ont le moins confiance en la police. Les politiques orientés vers certains problèmes spécifiques nécessitent la présence constante d’officiers capables d’identifier et d’analyser certains schémas criminels afin de développer des solutions plus efficaces. Surtout quand ces solutions sont utilisées dans des zones de conflit, où ce genre de politiques à généralement une bonne influence sur le taux de crime violent, comptant aussi les meurtres liés à des gangs et ou le meurtre de son partenaire intime. Des améliorations dans le domaine des investigations et des poursuites judiciaires sont essentielles à la restauration de l’ordre.

Les gouvernements de l’Amérique Latine doivent aussi prévoir en avance, étant donné que les jeunes hommes d’aujourd’hui seront les proies et les prédateurs de demain. Le succès de leur éducation ou leur emploi influe sur le fait que de jeunes hommes perpétuent un crime, en sont victimes, ou choisissent une voie totalement séparée de tout cela. Une enquête au travers de l’Amérique Latine montre qu’une augmentation d’un pourcent du taux de chômage chez les jeunes engendre une augmentation de 0.34% dans le taux d’homicide. A Medellin, une augmentation d’un pourcent du revenu engendre une baisse de 0.40% du taux d’homicide. Des résultats semblables sont observables à travers la région.

En fin de compte, ce qui est vraiment nécessaire est une culture de la prévention. Cela revient à encourager le développement lors de l’enfance, mais aussi investir dans l’éducation des parents sans oublier d’aider au développement de compétence nécessaire à l’emploi. Le plan de baisse de l’homicide qui a connu le plus de succès est celui qui ne s’est non seulement concentré sur la récupération d’espaces territoriaux, mais aussi d’étendre les possibilités de prendre soin de son enfant en tant que mère célibataire, mais aussi d’étendre les plans éducationnels et recréations pour les enfants et adolescents de la région. Les enfants qui sont le plus rejetés et exposés à des influences négatives de la part de leurs proches sont les plus susceptible de finir en prison.  Toute ces mesures sont non seulement avantageuses sur un plan financier, mais aussi montre d’important résultats bien au-delà de la simple prévention de la violence. On connait la cure, il est temps pour l’Amérique Latine de s’y mettre.

 

Cet article a initialement été publié sur ForeignAffairs.com

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