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Musée de la demeure de Bourguiba : Sur les traces du Combattant - Majalla Magazine
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Mémoires

Musée de la demeure de Bourguiba : Sur les traces du Combattant

Le président tunisien Habib Bourguiba s’adressant à la nation en 1957 (Getty)
Le président tunisien Habib Bourguiba s’adressant à la nation en 1957 (Getty)
Le président tunisien Habib Bourguiba s’adressant à la nation en 1957 (Getty)

Par Chokri Ben Nessir

Tunis-Place du Leader (ex Place des moutons). Les travaux de restauration et d’aménagement du Musée du Leader, ancienne demeure de Bourguiba sise au 6, Rue Jamaâ El Hawa, ont  été achevés. Il s’agit de redonner à l’ancien musée l’éclat qu’il mérite et susciter l’intérêt des visiteurs, la veille de la célébration de la commémoration de son décès (6 avril) sur fond de polémique suite à une série de témoignages par d’anciens combattants fidèles à Salah Ben Youssef adversaire de Bourguiba et dissident du mouvement du néo-destour pendant la période des négociations pour l’indépendance de la Tunisie.

Les lieux sont chargés d’histoire et le monument, bien que datant de l’époque Hafside, revêt une symbolique historique à plus d’un titre.

En effet, c’est ici qu’au cours de la nuit du 9 avril, Bourguiba corrigeait son article intitulé  « La Rupture » destiné au numéro de dimanche de « l’Action Tunisienne » quand il fut arrêté dans son lit.  Il venait de fêter avec sa femme, l’anniversaire de son enfant. Bourguiba junior venait d’avoir onze ans, il était né le 9 avril. Il n’empêche, il ne savait pas qu’il n’allait pas tarder à abandonner la morasse pour se retrouver chez le juge d’instruction.

En effet, l’état de siège venait d’être décrété à cause des évènements survenus dans la matinée. C’est que dans la matinée, des militants  du Néo-Destour furent convoqués par le juge d’instruction français, interrogés et mis en état d’arrestation pour avoir prononcé des discours. En effet, les autorités venaient de durcir le ton : les réunions étaient suspendues et les arrestations pleuvaient à l’occasion de manifestation. La nouvelle de leur arrestation provoqua un attroupement des élèves du lycée Sadiki et de quelques étudiants de la Grande Mosquée EZZITOUNA qui manifestèrent devant le Palais de Justice. Ce fut alors une violente irruption des forces armées, avec leurs blindés et leurs balles. Une grande panique s’empara des manifestants qui laissèrent derrière eux deux cents morts, de La Kasbah à Bab Souika (Centre de Tunis) au cours de leur fuite.

« A ce moment-là je dormais. Mon fils dormait à côté de moi dans son petit lit, lorsque la maison fut littéralement envahie par les gendarmes qui se livrèrent à une minutieuse perquisition et emportèrent même des papiers privés. Le commissaire de police m’invita ensuite à l’accompagner. Je répondis que j’étais à sa disposition mais qu’il me fallait m’habiller. Il me présenta le Docteur Lumbroso qui me déclara que mon traitement serait poursuivi en prison. Je m’habillai donc. Je pénétrai dans la salle de bain pour mettre la ceinture prescrite pour ma hernie. Le commissaire m’y accompagna » notait Bourguiba dans ses souvenirs.

Sois un homme

Au moment de quitter son domicile, Bourguiba se demandait s’il fallait éviter d’effrayer son fils au spectacle des militaires qui emplissaient la maison ou le réveiller pour l’embrasser et lui faire ses adieux. « Je me résolu à ce dernier parti ; Je ne savais pas au juste si je le reverrais jamais. Je lui prodiguai mes encouragements. Je lui déclarai que l’incident était devenu familier et ne devait pas être pris au tragique ; Je lui rappelai Borj Leboeuf (Lieu de détention de Bourguiba au Sahara ) et lui recommandai d’être un homme et d’être attentif à ses études » ajoute-t-il.

« Provocation à la haine des races, excitation de la population à enfreindre la loi du pays, provocation dans le but  de détourner les obligations militaires, provocation directe aux crimes de meurtre, de pillage ou d’incendie, attaques contre les droits et pouvoirs de la République française en Tunisie, publication de mauvaise foi de fausses nouvelles, complot contre la sureté de l’Etat » tels sont les chefs d’inculpation. C’est la première fois où Bourguiba joue réellement sa tête.

Le voilà de nouveau en prison. Depuis le film de sa vie maintiendra la succession des soleils et orages qui l’ont tissé. Le destin ne sera pas très généreux avec Bourguiba pendant cette période. Prisons et épreuves allaient « écœurer sa carcasse » dont on décèlera plus tard les séquelles : 1967 : défaillance cardiaque, 1969 : hépatite virale extrêmement grave, 1970 : dépression nerveuse etc.

Cependant, le musée en question, qui dans un circuit thématique, proposera au visiteur la découverte de la légende Bourguiba, ne manquera pas de mettre l’accent sur les autres militants de première heure. L’exposition retrace le mouvement brièvement l’histoire du mouvement national mais aussi passe en revue les principaux courants de pensée et réformes qui ont jalonné cette période. Le parcours s’arrête au jour de l’indépendance.

 

 

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