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Vol des pièces archéologique en Tunisie : Une série noire - Majalla Magazine
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Culture

Vol des pièces archéologique en Tunisie : Une série noire

Par Chokri Ben Nessir

La statuette sculptée en marbre vitrifié, d’une hauteur de 49 cm, et représentant Ganymède, l’ami de Zeus dans la mythologie grecque, à la beauté proverbiale, qui a été dérobée du musée paléochrétien de Carthage, dans la nuit du 9 novembre 2013, a été retrouvée après quatre années d’investigations et a été remise à l’Institut National du Patrimoine Tunisien (INP). Mais si ce vol a connu un heureux dénouement, d’autres d’affaires  demeurent non élucidés. Et pour cause, les trois piliers de la sécurité du patrimoine, font encore défaut : moyens électroniques, moyens mécaniques, moyens humains.

Étant donné les trésors patrimoniaux dont ils regorgent, nos musées et sites, sont devenus les champs d’action privilégiés des pillards. Selon des sources dignes de fois, on estime qu’il y a 5 à 10 fouilles sauvages entreprises chaque jour en Tunisie. Et nos musées, censés être des « coffre-fort » sont délestés de leurs biens. Ces pièces, d’une valeur inestimable, sont arrachées de leur contexte d’origine pour alimenter un trafic illicite de biens culturels et à terme orner les intérieurs d’habitations privées.

Le plus grave, c’est que les profits réalisés grâce au trafic de biens culturels volés servant parfois à financer d’autres activités criminelles, tels que le terrorisme. La lutte contre cette forme de trafic est donc nécessaire pour combattre la criminalité transnationale organisée dans son ensemble.

 Spoliation, pillage et vols 

A titre de rappel, ce n’est pas la première fois que notre patrimoine est victime de pillage. En effet, ce genre de prédation  a débuté au XVIIIème siècle par la célèbre affaire du vol de la stèle avec inscription libyco-punique du temple de Dougga, en 1842. Cette pièce unique au monde est toujours exposée au British Muséum à Londres.

Depuis, notre pays n’a jamais été à l’abri de ce genre de spoliation. dernières années, les autorités n’ont pas cessé de broyer du noir, à cause de la multiplication des affaires de ce genre.

En effet, plusieurs sculptures ont été dérobées en l’occurrence de la tête de Neptune (à Sidi Khlifa-80 km de Tunis), la sculpture du Dieu Mars (à Chemtou, délégation de Jendouba-Nord-Ouest de la Tunisie). Des mosaïques,  des trésors de numismatique, des épigraphies, des stèles figurées, des bijoux, des céramiques, et des manuscrits, ont été volés.

Autre fait saillant, les vols par effraction dans les musées se sont multipliés (toute une série au musée de Raqqada,  Sbeitla,  Lamta, Carthage…) et même dans le siège de l’Institut National du Patrimoine (un trésor monétaire dit d’Hannibal et des sculptures romaines ont disparu sans retour).

Plusieurs feuillets du Coran bleu, pièce unique  au monde, ont été volés en 2008, alors que la ville sainte vivait au rythme de festivités de Kairouan capitale islamique. On retrouvera la trace de quelques feuillets exposés à Paris, Londres, Koweït et même à Los Angeles. Au total 43 pages ont disparu du plus vieux manuscrit islamique, à l’insu des responsables. En 2007, une feuille du Coran Bleu de Kairouan a été vendue pour 48000 euros à la Salle Drouot à Paris (Salle de vente aux enchères).

Cependant, le plus grand scandale de l’archéologie a éclaté au grand jour au moment où le peuple a forcé  les portes blindées des résidences des familles Ben Ali-Trabelsi qui étaient de véritables musées privés. Près de 647 pièces archéologiques saisies ont révélé l’ampleur de ce pillage criminel.

 Des failles

Ces vols avaient révélés les failles de notre système de conservation. Si l’on apprend que le dernier inventaire au musée de Raqqada, remontait à plus de 26 ans et que plus de 80 pièces retrouvées dans les villas des parents de l’ancien président, portaient l’estampille de l’INP, il y a de quoi s’arracher les cheveux. Aujourd’hui encore, faute d’inventaire mis à jour, personne ne sait ce qu’il y a dans les réserves. Le comble, est que parmi les inculpés dans plusieurs vols, on retrouve le personnel muséal.

Après le 14 janvier 2011, un cri de détresse a été lancé par les archéologues et les chercheurs du patrimoine pour sauver un secteur en péril. En effet, les musées détiennent des témoignages de premier ordre pour constituer et approfondir la connaissance. Ils gèrent les collections, les conservent dans l’intérêt de la société et de son développement  et contribuent à la connaissance, à la compréhension et à la gestion du patrimoine naturel et culturel. C’est pourquoi, il leur incombe d’être les premiers acteurs de la lutte contre le trafic illicite en adoptant des règles scrupuleuses à l’égard des objets qui leurs sont proposés.

N’empêche, une obligation de diligence devrait amener nos responsables à veiller attentivement aux trésors et biens nationaux.

Or pour lutter contre vols et pillage de biens culturels, le renforcement des mesures de sécurité dans les musées et la mise en place de normes pour les inventaires des collections, sont les premières actions à entreprendre pour la  sauvegarde des objets.

Sur ce plan, nous sommes en droit de nous interroger sur le niveau actuel de la sécurité dans les musées et les sites archéologiques. Car, il n’y a pas que les actes criminels qui s’érigent comme menaces redoutables. Les catastrophes d’origine humaine ou naturelle, représentent aussi autant de risques potentiels qu’encourent nos collections. Il convient donc, de porter une attention particulière à l’élaboration de politiques visant à protéger les biens patrimoniaux afin de contribuer à la sauvegarde du patrimoine naturel, culturel et scientifique.

L’autorité de tutelle, qui est investie de cette mission, est appelée à assurer une sécurité adéquate pour protéger les collections contre le vol et les dommages pouvant survenir dans les vitrines, expositions réserves, espaces de travail ou même en cours de transport. A cet égard, des archéologues et les historiens en attestent, une obligation de diligence est impérative pour établir l’historique complet de l’objet depuis sa découverte ou création jusqu’à sa conservation.

 

 

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