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Le tueur silencieux en zones frontalières iraniennes - Majalla Magazine
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Le tueur silencieux en zones frontalières iraniennes

1) Une femme iranienne passant par un champ de mines sur une des frontières iraniennes
1)Une femme iranienne passant par un champ de mines sur une des frontières iraniennes
1) Une femme iranienne passant par un champ de mines sur une des frontières iraniennes

Par Firoozeh Ramaznzadeh

Le 4 avril est la Journée internationale pour la sensibilisation au problème des mines et l’assistance à la lutte anti-mines.

Dix personnes sont quotidiennement victimes des mines terrestres. Et l’Iran, dont la superficie des champs minés couvre plus de six mille hectares, est classé parmi les pays les plus infestés de mines antipersonnel. Bien que la guerre irano-irakienne ait pris fin depuis plus de 28 ans, les opérations de ratissage et de déminage de plus de 20 millions de mines antipersonnel encore enfouis sous terre, dans des districts d’Azerbaïdjan-ouest, dans le Kurdistan, dans Ilham, Kermânchâh et Khuzestân,  n’ont pas démarrées encore.

Par ailleurs, le Centre iranien  de déminage, a annoncé que les mines antipersonnel et  les restes d’explosif de guerre, couvre quatre millions et deux cents milles hectares, un total qui représente la superficie de ces cinq gouvernorats frontaliers.

Et bien que plusieurs citoyens  aient trouvés la mort dans ces départements à cause des mines terrestres, il n’existe pas encore de bilan précis pour le nombre de victimes.

Il n’empêche, le journal Shahrewend, qui parait à Téhéran, a indiqué que les explosions dues à ces mines terrestres dans ces régions, ont causées la mort et des dégâts corporels à 55 personnes au moins entre le 21 mars 2016 et le 8 mars 2017. Un soldat a été parmi les victimes alors que 166 victimes sont à compter parmi les civils.  En 2015, l’explosion des mines a causé la mort de 15 personnes et des blessures graves à 30 autres. Par ailleurs, 14 experts démineurs, huit soldats et 23 civils, figurent aussi parmi les victimes.

Il est à noter que ces mines n’ont pas été implantées dans les zones frontalières iraniennes uniquement, mais aussi dans les régions intérieures du pays. D’ailleurs, des médias iraniens ont rapporté au mois de mars 2014, que le chercheur iranien Amir Talbi Gul et Hamid Hachemi, moniteur d’alpinisme et pilote de motos de course, ont  trouvé la mort au désert de Lout, dans l’explosion d’une mine. Cette information relayée à l’époque, par les médias, a provoqué un tollé et a valu les critiques virulentes des activistes de l’environnement et du tourisme qui ont adressé un message au président iranien Hassan Rouhani, lui demandant de poursuivre les poseurs de mines antipersonnel dans les régions intérieures du pays et d’émettre un décret qui ordonne la dépollution immédiate du désert de Lout des mines antipersonnel.

Mais le gouvernement Rouhani (Arrangement et espoir), n’a pas réussi, à l’instar de ces prédécesseurs, à prendre les mesures nécessaires pour l’enlèvement de ces mines et pour accélérer le ratissage des terres infectées et leur déminage.

C’est ainsi qu’à l’occasion de la Journée mondiale des personnes à besoins spécifiques (3 décembre 2016), 130 artistes et activistes de la société civile et avocats de la partie civile qui  représentent les victimes des explosions des mines, ont adressé une lettre au président iranien Hassan Rouhani, lui demandant la réparation des préjudices subis et la prise en charge des victimes des mines.

En effet, la République islamique d’Iran, est parmi les rares pays qui n’ont pas signé la convention d’Ottawa sur la prohibition des mines et qui interdit catégoriquement le recours aux mines antipersonnel et exige leur destruction et qui a pourtant été ratifiée par 158 états.  Dès lors, la question qui se pose, est pourquoi l’Iran n’a-t-il pas signé ?

A ce propos, Aïssa Bazyar, expert iranien en matière de déminage des champs de mines et des restes des explosifs, hautement qualifié et expérimenté dans le déminage des zones frontalières iraniennes, explique à Al Majallah que « du quatrième au septième article de la convention d’Ottawa sur l’interdiction des mines antipersonnel, les clauses exigent des pays signataires la destruction de leurs stocks de mines dans un délai ne dépassant pas quatre années.».

Bazyar ajoute à ce propos que le cinquième et le sixième article de la convention d’Ottawa, soulignent la nécessité de dépolluer les terres contaminées qui sont placées sous l’autorité des pays signataires et la prise des mesures nécessaires pour garantir l’éloignement des civils de ces chemins dangereux le plutôt possible et d’aider les victimes en leur prodiguant l’assistance nécessaire. Il s’agit aussi de sensibiliser les civils quant au danger des mines. Et d’ajouter que « si la République islamique d’Iran veut adhérer à cette convention et la ratifier, elle se retrouverait alors dans l’obligation de détruire son stock de mines et de présenter un état précis du nombre des victimes des mines durant toutes ces années, aux commissions spécialisées de cette convention. Mais ce qui se passe maintenant est que non seulement l’Iran n’a pas ratifié cette convention mais procède de plus à la fabrication et au placement des mines.».

En effet, l’Iran persiste dans la fabrication, l’utilisation et l’exportation des mines antipersonnel, en dépit de la fin de sa guerre avec l’Irak et son acceptation de la résolution 598 du Conseil de Sécurité, portant sur le cessez-le-feu. Le porte-parole du Centre de lutte contre la contrebande, a déclaré en janvier 2005, que « l’Iran implantera les mines antipersonnel comme moyen de lutte contre la contrebande dans le pays.». Pour sa part, le ministère des Affaires étrangères iranien a adressé une lettre en février 2007, au Centre international de déminage, expliquant que « l’Iran dispose de longues frontières qui pourraient former des chemins pour les contrebandiers et les terroristes. C’est pourquoi les institutions de défense iraniennes reconnaissent le recours aux mines terrestres comme l’un des moyens de défense.». Mais si on observe les grandes lignes de la politique iranienne dans ce domaine, on constatera l’absence de statistiques fiables qu’on peut exploiter et on relèvera aussi le manque de décisions gouvernementales claires à propos des mines antipersonnel. Pire encore le gouvernement iranien a procédé à la plantation de nouvelles mines dans d’autres régions.

Aïssa Bazyar explique que l’Iran refuse de signer la convention d’Ottawa à cause des articles 4, 5, 6 et 7, car l’Iran est un pays qui fabrique et plante les mines. D’ailleurs, il confirme la circulation des informations relatives à la plantation des mines dans les terres frontalières ainsi que la fourniture des mines aux Houthis au Yémen et à d’autres organisations pro-iranienne en Syrie. Dans le même cadre, il a souligné que des informations circulent à propos de la vente des mines aux Talibans en Afghanistan. Bazyar rappelle également que l’article 6 de la convention d’Ottawa exhorte les pays membres et non membres à la nécessité de mener des campagnes de sensibilisation  et de porter en même temps assistance aux victimes des explosions des mines.  Il considère à ce propos que si l’Iran mène au moins ce genre de campagnes de sensibilisation, on constatera rapidement une baisse du nombre des victimes. « Ils peuvent au moins mener des campagnes conformes aux normes internationales, dans les zones polluées par les mines pour prévenir les civils » souligne-t-il. Mais  Bazyar croit que le Centre de déminage en Iran a perdu son efficacité réelle depuis au moins trois ans quand des dispositions ont été prises pour déminer des zones infectées à l’instar de Kasr Shirine, pourtant le nombre des victimes des mines qui ont explosé dans cette région a atteint 26 personnes. Ce qui prouve que les dispositions prises à Kasr Shirine, n’étaient pas conformes aux normes principales. Selon Bazyar « l’augmentation du nombre des victimes est du à la  mauvaise délimitation des périmètres infectés. Les explosions des mines dans des zones démunies de signalisation pour prévenir de la présence de mines, ont causé les dernières semaines le décès de trois personnes et l’invalidité de 5 autres » a-t-il révélé.

Dressant le bilan des  victimes qui ont trouvé la mort suite à des explosions de mines à fin mars 2013 dans cinq départements à savoir Azerbaïdjan-ouest, Kurdistan, Ilham, Kermânchâh et Khuzestân, Bazyar a indiqué que 2433 personnes ont trouvé la mort tandis que 5601 personnes ont été grièvement blessés. Il a ajouté que 239 experts en déminage ont été touchés par les explosions de mines faisant 28 morts parmi eux.

A l’heure où plusieurs citoyens dans les zones frontalières iraniennes font face au risque d’explosion de mines, le président du Centre iranien de déminage, Mohamed Hassine Amir Ahmadi a déclaré à l’agence de presse Fares en décembre 2011, que « l’Iran est le deuxième pays au monde où se trouvent le plus de terres contaminées de mines et où les superficies couvertes de mines sont de l’ordre de 4 million 200 milles hectares. Et de préciser que 95% des terrains minés ont été ratissés tant dis que 70 milles hectares demeurent inexplorés ». Au moment où les officiels iraniens se targuent d’avoir achevé les opérations de ratissage et de déminage dans ces champs, les mines continuent d’exploser. Aïssa Bazyari précise à cet effet que la République islamique d’Iran a mené des opérations de déminage sur une superficie de 4 million 200 milles hectares, depuis 1988 jusqu’à ce jour, mais ajoute que le problème principal réside dans le fait que des civils continuent à perdre la vie suite à des explosions de mines dans des régions supposées dépolluées à l’instar de Kermânchâh et d’Azerbaïdjan-ouest. Le gouvernement avait pourtant déclaré ces deux localités totalement déminées. Dans la localité de Khuzestân qui était auparavant sous le contrôle de la garde révolutionnaire avant sa reconversion en territoire civil, des citoyens ont perdu la vie ou ont été mutilés à cause de l’explosion des mines.

Sans prendre en considération les pertes économiques et les atteintes psychologiques colossales qui affligent les victimes des explosions des mines, les blessés et les mutilés ne bénéficient d’aucun soutien financier pour payer les soins. Ce qui fait que de nombreuses familles vivent en Iran avec le cauchemar de tomber à leur insu face à face avec ces tueurs silencieux.

 

 

 

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