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La Foire du livre de Tunis : Survivre plutôt que «vivre deux fois» - Majalla Magazine
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Culture

La Foire du livre de Tunis : Survivre plutôt que «vivre deux fois»

Par Nasreddine Ben Hadid

L’industrie du livre en Tunisie (si industrie y est) ne nourrit pas ou plus son homme, car rares (et même très rares) les plumes tunisiennes, qui arrivent à rentabiliser leurs créations et engendrer un réel commerce. Tous les éditeurs et écrivains, ne comptent que sur l’achat du Ministère de la Culture et sur les achats de soutien, afin de rentabiliser les couts et engager des bénéfices.

De ce fait, l’actuelle 33ème édition du Foire du Livre de Tunis, qui se déroule du 24 mars au 02 avril, constitue en plus de sa dimension festive, une occasion aussi bien pour les visiteurs que les exposants de «faire des affaires». Les premiers pensent aux remises sur les prix de ventes, et les seconds à faire écouler des stocks que présenter des titres nouveaux.

Tout visiteur averti et fin connaisseur, reconnait facilement, que les anciens titres, et même les «classiques» l’emportent, et de loin sur les nouvelles parutions. Aussi, les éditeurs non-Tunisiens, à savoir les Orientaux reconnaissent bien que la chute du Dinar local face au Dollar, ainsi que la chute, reconnue par les Tunisiens, de leur pouvoir d’achat, font que le chiffre des ventes recule, avec une baisse notoire des bénéfices par conséquence.

De ce fait, il n’est pas étrange, et même commun de rencontrer un stand représentant plus d’une maison d’édition, transférant le lieu en une (commune) «librairie» plus qu’à un espace dans une foire notoire.

Le nombre des librairies en Tunisie, est en réelle chute libre, tant investir (un lieu de commerce) dans la vente des livres, représente un risque notoire. Chose encore plus grave, les bibliothèques publiques ne sont plus au nombre d’antan, mais surtout ne sont plus garnies comme était le cas lors des décennies précédentes. Ce qui fait porter à cette foire, une mission à la fois salvatrice mais aussi de promotion de l’édition en général et du livre en particulier.

Le Directeur de l’actuelle édition de cette foire, à savoir le romancier et académicien tunisien, Chokri Mabkout, dans un texte publier sur le site de la foire, place cette édition sous le slogan «Lire, c’est vivre deux fois…passionnément, à l’infini», mais chose étrange et même troublante sur ce même site. Aucune indication concernant le nombre d’exposants, la répartition par secteur ou pays, ou encore moins le nombre des titres présents sur les étalages de cette foire, mais surtout le nombre des titres «interdits» (par la censure) tant les éditions précédentes depuis la chute de Ben Ali, ont toutes brillé par des polémiques sans fins, concernant des titres «douteux» ou l’interdiction d’autres titres «fameux»…

Il va de soi, que la foire constitue, ou est le terrain des confrontations politico-idéologiques que vit la Tunisie actuellement, tant le livre joue le rôle du support «noble» de tout projet politique et/ou culturel. De ce fait la fameuse «commission d’achat» du Ministère de la Culture, par ses décisions, le nombre d’exemplaires achetées, mais aussi le prix d’achat, fait office à la fois de salvateur du secteur, que cette épée de Damoclès placée au-dessus de toute une activité qui ne peut vivre que sous infusion.

Certes, le Chef du Gouvernement, Youssef Chahed, à l’inauguration de l’actuelle édition, a annoncé que la somme, mise à la disposition de cette (fameuse) commission est «doublée», mais toutes les (bonnes) intentions (de la Tunisie) veulent savoir, et surtout se demandent, et même spéculent quant aux heureux «élus» qui vont bénéficier (plus que d’autres) de cette manne ???

De «Vivre deux fois» (slogan de l’actuelle édition), tout éditeur ou même écrivain (à très rares exceptions) chercherait plutôt à «survivre une fois», tant le livre en Tunisie, selon un poète ayant édité son recueil à ses propres frais, s’apparente plus à une «carte de visite», qu’on offre (gratis) avec un dédicace (en plus) plus qu’à un produit mis à vente, servant (comme tout commerce) à couvrir les frais et engendrer d’éventuels bénéfices…

Tout éditeur en Tunisie, chercherait ou même ne vise pour survivre et engager des bénéfices, que la providence de la fameuse commission d’achat. Certains osent ou choisissent des livres «à polémiques», aussi bien concernant la morale que les choses politiques du pays. Ou encore mieux «le songe» de percer pour les arabophones en Orient et pour les francophones en France.

 

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