BETA MODE
Victoire d’Emmanuel Macron, haut la main - Majalla Magazine
  • Edition actuelle

Politique

Victoire d’Emmanuel Macron, haut la main

 

Les supporters d'Emmanuel Macron a Paris apres sa victoire (Getty)
Les supporters d’Emmanuel Macron a Paris apres sa victoire (Getty)

Par Nasreddine Ben Hadid

Les Elections françaises, ont certes dégagé Emmanuel Macron pour occuper le Palais de l’Elysée, mais aussi ont mis à la disposition des sciences politiques, de la sociologie et toutes les disciplines semblables, une matière très riche, qui va permettre d’étudier les changements qu’a traversés la société française, mais aussi la classe politique, et même la pensée en général dans ce pays.

Certains observateurs parlent de chambardement et même d’un tremblement de terre. De quoi être certain, que rien ne sera plus comme avant, mais aussi, que rien n’est encore clair ou visible, afin de dégager une image du futur de l’Hexagone.

Malédiction des Primaires

A Gauche comme à Droite, les Primaires ont à la fois cassé l’image préétablie, mais aussi dégagé des surprises. Ou pour être plus précis, deux surprises :

A Droite: Chez les Républicains et les Centristes, Nicolas Sarkozy, ex-Président, et homme fort (de nouveau) du parti, semblait non pas favori, mais en chemin presque ouvert, talonné par Alain Juppé, en quête de toute faille du favori.

François Fillon, porteur de l’éternel image de l’homme de second rang, mais aussi de ce Premier Ministre effacé, sobre et surtout terne, a démenti tous les pronostics, et est venu s’imposer avec un score plus que respectable, mais surtout battre au second tour, Alain Juppé, qui a mal digéré sa défaite.

A Gauche : Emmanuel Valls était bien placé, mais surtout semblait profiter de l’effacement du Président François Hollande, qui pour une première depuis l’instauration de la Vème République, a préféré ne pas briguer un second mandant. Tous les autres prétendants aux Primaires de la Gauche, devaient (théoriquement) faire de la figuration, ou au maximum améliorer une image (politique), qui pourrait servir ultérieurement, pour la monnayer contre une nomination future.

Benoit Hamon est venu, avec sa voix cassé, et un visage à peine inconnu du grand public, annoncer que rien plus ne sera comme avant.

La Droite n’est plus cette droite, connue par le grand public et reconnue sur la scène politique. La gauche aussi. Des chambardements ici et là, sont venus annoncer que l’image apparente du parti (à Gauche comme à Droite), ne reflète plus la réalité. Les Primaires (dans les deux cas) ont démontré que des cancers dangereux mais en métastases, rangeaient les organes, et ont fini par rendre chacune des deux structures en loques, qui finira dans un musée de l’histoire, ou dans un cimetière politique.

Jean-Luc Melenchon (Getty)
Jean-Luc Melenchon (Getty)

Les «outsiders» sortent le grand jeu.

A quelques jours, et même à quelques heures du Premier tour des Elections Présidentielles, tout était possible et pensable. Certes, les pronostics et les sondages, plaçaient Marine Le Pen et Emmanuel Macron, en haut du podium, mais donnait à Jean-Luc Mélenchon et à François Fillon, non seulement des chances, mais des scores plus que respectables, et par conséquence, de quoi les rendre rêveurs pour le Premier tour, et certainement déterminants au Second tour :

Jean-Luc Mélenchon a toujours endossé l’image du grincheux, qui vient inlassablement réciter sur les plateaux la même «récitation» et le même discours contestataire, entre une vision «utopiste» face au libéralisme sauvage, et ce «devoir» de «renverser» le «Système». Cet éternel Don Quichotte, qui venait toujours rappeler cette bonne morale «égalitaire et solidaire», semblait lors de ses passages télévisés, plus à un souffre-douleur qu’à un réel et respectable homme politique.

Mélenchon, cette «gueule» qui rappelle avec un verbe acerbe plus les barricades, les grèves et les contestations, a détrôné Benoit Hamon, le représentant du prestigieux et combien historique Parti Socialiste, au point de renverser la logique, et en vouloir à Benoit Hamon de n’avoir cédé la place et par conséquence les voix à Jean-Luc Mélenchon. Du jamais vu, ou même imaginé à peine un mois avant. Tant toute la famille de la Gauche, en voulait à Mélenchon de n’avoir cédé le passage et les voix à Hamon.

La Gauche «contestataire», ou mieux la Gauche extrême a présenté un candidat (Jean-Luc Mélenchon) qui a pu rafler 19,58% des voix au premier tour. Le candidat de la gauche «respectable» (Benoit Hamon) n’a pu récolter que 6,36%, à peine mieux que l’éternel «inconnu» Nicolas Dupont-Aignan, qui, avec 4,70%, ne visait pas plus qu’une «présence» (pour l’Histoire) et surtout figurer parmi les Grands, et porter le titre de «Ex-candidat» au Elections !

L’image de ce «finish» à Gauche n’a nullement besoin de commentaires. Mélenchon avec un score trois fois le score de Hamon, indique réellement que la Gauche (toute la Gauche) n’est plus et surtout ne sera ce qu’elle était, et ne pouvait continuer comme elle semblait paraitre, à savoir un «Parti Socialiste» prédominant…

Si on se contente des 5 premiers au Premier tour, on remarquerait aisément que les «outsiders», à savoir ceux qui n’émanent pas de «partis (politiquement) respectables», ou qui ne voulaient se placer en référence à ces partis, et surtout les refusait, à savoir Macron, Le Pen et Mélenchon ont «ramassé» (à trois) 64,89%, presque les deux tiers des voix, tandis que les deux représentants de la «politique classique», (outsiders des Primaires) n’ont pu glaner que 26,37%.

Nous sommes face à une équation multidimensionnelle. En premier, les Primaires (à Gauche comme à Droite), ont éclaboussé les «bonnes figures», comprendre Sarkozy et Juppé, à Droite, et Valls à Gauche, pour dégager deux «inconnus» ou peut-être deux «non-favoris», comprendre Hamon et Fillon. Ces deux derniers, en «candidats-surprises», n’ont pu assurer un ticket pour le Second tour, et par conséquence, se limiter, pour la première fois depuis l’instauration de la Vème République, à voir passer «deux outsiders».

Marine Le Pen
Marine Le Pen

Marine Le Pen : La fille de son père, voit l’Histoire lui offrir la même chance que ce père, à savoir un ticket pour le Second tour. Mais en beaucoup plus grand et surtout plus beau. Elle savait depuis les premiers jours que sa victoire serait réellement un vrai et réel «miracle», et de la sorte a placé la «victoire» autrement. A savoir hausser son parti au rang d’un «grand Parti», et surtout et essentiellement, le convertir de cette image «fasciste» en «parti de droite» et par conséquence «respectable et respecté»…

Marine Le Pen, savait et avait la certitude que pour une frange non négligeable des français et surtout pour ceux qui voteraient au Second tour, elle serait «la femme à abattre» et que son adversaire profiterait de ce «vote barrage». De la sorte, la défaite a réellement le gout amer d’une défaite certainement, tant le parti et sa Présidente, ne se sont pas débarrassés de cette image négative. Mais aussi une défaite au gout d’une victoire (délicieuse) tant le parti et sa Présidente, vont jouer dans la cour des grands, pour les législatives en premier, et se convertir de ce parti «agitateur» en parti «catalyseur».

La question que pose Le Pen et son parti, ne concerne pas la «prise de l’Elysée» en soi, mais l’année de cette prise, et si Marine Le Pen, va assurer cette prise ou sera un/une autre….

Macron President a la une des journeaux (Getty)
Macron President a la une des journeaux (Getty)

Emmanuel Macron, a su profiter de l’image de cet «homme sans parti». Son mouvement «En Marche» a voulu se dégager aussi bien des structures classiques que miser sur les «citoyens» et les nouveaux modes de communication. Ce «socialiste» de passage, veut à la fois profiter et faire la promotion de cette image «d’homme d’Etat», mais aussi rappeler (encore et toujours) le fait d’avoir «claquer la porte» et surtout dit ce «NON» à François Hollande et sa politique «antisociale».

Macron, ne fait autre que se placer en «candidat indépendant» dans les zones «contraires» des «partis classiques», et œuvrer par le ton les discours à l’exploitation des lacunes et failles, que présenter un vrai programme et une réelle vision. Il vient se démarquer et contredire et non proposer.

Qu’il soit fruit d’une «machination» diabolique, et/ou d’une campagne (très) «intelligente», Macron a su constater les brèches (dans le système politique) et les exploiter (mieux que les autres), et par la sorte marquer réellement le présent et le devenir de la politique française. Ce (réel) inconnu et surtout «renégat», et certains disent (presque) «proscrit» du Parti Socialiste, tant la candidature de Benoit Hamon devait (au conditionnel et en théorie) rassembler toute la famille socialiste, a pu en «fils maudit», démontrer et surtout profiter et exploiter cette image du pari «divisé» et «miné» de l’intérieur.

Un homme «sans parti» et un homme «contre les parti», est à la tête de l’Etat français, avec deux-tiers des voix. Certes, l’image est «belle», et surtout a été rentable pour arriver à l’Elysée, mais ne peut assurer, à lui seul, le pouvoir et instaurer et garantir une «majorité» pour gouverner. Des questions se posent pour Macron, mais surtout des options se présentent. Entre le retour de «l’enfant prodige/prodigue» à son «Parti» et de ce fait se placer en «conquérant», et la création (par contre) d’un «Parti» à sa mesure, la question se pose et s’impose avec insistance. Car au lendemain de la «victoire», la magie des Présidentielles ne peut opérer indéfiniment.

Cet homme qui a su sortir du néant ou même de la négation, a certainement dans son sac plus d’un tour, pour se garantir une «majorité parlementaire», tant les élections législatives vont se dérouler dans un peu plus d’un mois. Mais faut-il rappeler que les chambardements que connaissent la scène politique française, laisseraient penser que tout est possible et que l’impossible (en politique) n’est plus français.

Futur flou et devenir incertain 

Les Elections Présidentielles ont réellement engendré un Président, mais ont dégagé aussi et mise à nue, une multitude de questions graves, et même des fractures dangereuses. En premier, en relation avec la question de «identitaire». Jamais la France, depuis le fascisme du Général Pétain, n’a posé la question brulante : «Qui est Français ???» avec tant de doute et d’incertitude.

Cette question se pose sur une dimension culturelle et surtout religieuse, dans un pays (foncièrement) «laïc», et même pionnier et initiateur des «Droits de l’Homme». La «constellation arabo-musulmane» devient non seulement le «bouc émissaire» mais surtout la «marche» sur lequel sont montés (presque) tous les candidats (sauf Mélenchon), aussi bien pour caresser «la conscience raciste», cheval porteur pour ces Elections, mais aussi «discours» de placement sur l’échiquier international.

Emmanuel Macron au Louvre a Paris le 7 Mai 2017 (Getty)
Emmanuel Macron au Louvre a Paris le 7 Mai 2017 (Getty)

Aussi, au regard des sujets qui ont capté l’attention du public, facile de constater que les «préoccupations économiques» viennent en premier lieu, à savoir le chômage mais aussi le pourvoir d’achat.

Jamais les Français n’ont eu tant peur du chômage, et jamais les Français n’ont tant regardé dans leurs portemonnaies avec tant de peur.

Qu’elle soit une meilleure intégration à l’Europe comme le veut Macron, ou un Franxit (par analogie au Brexit) comme le clame Le Pen, la solution à la crise économique et par conséquence sociale, divise les Français dans la peur et l’inquiétude. L’actuel Président a fait son choix d’une manière claire, nette et précise, donnant au tandem avec l’Allemagne une priorité stratégique. Mais peut-il convaincre et surtout apaiser la peur du tiers peureux et craintif, qui a voté pour Le Pen ???

Le premier discours ou intervention télévisé, d’Emmanuel Macron après la clôture des urnes et l’annonce des estimations, était rassembleur avec un souci clair et annoncé de dépasser les clivages du passé, mais surtout les oppositions de la campagne électorale. Cependant, il sait avec certitude, que le gouffre est grand et que un tiers des français le refuse et refuse Marine Le Pen, de quoi annoncer un mouvement de contestation, qui ne peut renverser la vapeur à court terme, mais peut et va certainement influer à la fois le climat social que l’ambiance politique.

Jusqu’aux Elections Législatives, Emmanuel Macron, va se chercher des alliances et dresser des stratégies pour avoir la plus large assise législative possible, qui lui permettrait non pas d’avancer sa politique uniquement, mais d’opérer à l’aise et travailler sans entraves.

A la lecture des résultats du premier tour des Elections Présidentielles, on peut aisément conclure que la base électorale/populaire de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, se mettront en négation des choix libérales du nouveau Président. L’arrangement entre les deux bords semble réellement infranchissable et un compris «historique» condition pour une quelconque paix sociale, plus un rêve inaccessible…

En conclusion, nous pouvons dire avec toute la certitude du monde, que les Elections législatives ne seront autre qu’un troisième tour des Elections Présidentielles.

 

Article précédentArticle suivant

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *