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Lion d’or de la 57e Biennale de Venise pour Anne Imhof

Performance d’Anne Imhof a l’ouverture du pavillon allemand de la Biennale de Venise, le 10 mai 2017.
Performance d’Anne Imhof a l’ouverture du pavillon allemand de la Biennale de Venise, le 10 mai 2017.
Performance d’Anne Imhof a l’ouverture du pavillon allemand de la Biennale de Venise, le 10 mai 2017.

Venise – Majalla

Pendant la Biennale, Venise est bien le lieu de toutes les folies. La rumeur s’est propagée come la foudre pour faire du pavillon allemand l’endroit à ne pas rater, récompensé samedi à juste titre par le lion d’or du meilleur pavillon de la Biennale.

Le Lion d’or pour la meilleure participation internationale de la 57e Biennale de Venise a été décerné, ce samedi 13 mai à 11h30, à l’Allemagne pour le pavillon carcéral et glaçant d’Anne Imhof, déjà star en son pays de la scène d’avant-garde.

Dès vendredi, on faisait deux heures de file pour suivre la performance saisissante orchestrée chaque jour de la Biennale par Anne Imhof. Née en 1978, elle fit sensation l’an dernier avec ses opéras performances sur la peur (« Angst ») à la Kunsthalle de Bâle, la Hamburger banhof de Berlin, et à Montréal. A moins de 40 ans, elle était choisie pour créer un « Faust » à Venise.

En veste de cuir noir et look de rocker urbain savamment déglingué, la jeune artiste allemande semblait sortie tout droit de Sur les quais d’Elia Kazan, comme si Kristen Stewart, la rebelle, avait remplacé Marlon Brando et fait basculer son fameux magnétisme sensuel du côté féminin. Comme cette dernière si différente à Hollywood, elle a revendiqué son «droit à la différence» et salué clairement sa compagne devant un public déchaîné.

Toute la Biennale a parlé cette semaine de son pavillon spectaculaire, transformé en prison high-tech avec grillages, verres lisses et dobermans en laisse. Autour du pavillon, de grandes grilles avec deux dobermans noirs inquiétants. Une dizaine de performeurs habillés de noir s’agrippent aux clôtures. A l’intérieur, un plancher de verre surélevé couvre tout, sur lequel les visiteurs observent. Les performeurs se glissent en-dessous, comme des prisonniers ou ils montent sur des balcons de verre vertigineux et sans parapet. Une musique gothique, black metal, envahit l’espace.

Tout est transparent mais enfermé, et oppressant, gardé par des cerbères, et nous en sommes les voyeurs. C’est de loin le pavillon le plus cité sur Instagram ! Anne Imhof réussit à capter notre époque et à donner à sa vision, une forme forte, loin de tous les conformismes.

Dans l’immense espace symptomatique de l’architecture fasciste de l’entre-deux-guerres, la jeune artiste Anne Imhof, 40 ans à peine, a balancé son opéra de quat’sous ultra-contemporain comme on jette une bombe. Au sens figuré, tant son projet fait sensation parmi les premiers visiteurs de la biennale qui ouvre ses portes au public le 13 mai. Au sens propre, aussi. Car il est rare d’être si saisi par une performance qu’on peine à la quitter. En sortant du pavillon d’Anne Imhof, un peu de nous reste auprès de ses créatures d’entre-deux-mondes. Le souffle reste longtemps court. L’esprit ? Hanté par les images et les sons qu’elle engendre, parabole saisissante de nos vies de petits soldats de l’ère post capitaliste, héros au feu si pâle des réseaux sociaux et autres mondes virtuels.

Cette performance a sidéré une Biennale souvent sage et dans l’échappée belle. Buzz aidant, les festivaliers ont pris d’assaut le pavillon allemand au vernissage officiel. Ce Lion d’or couronne donc un vent libertaire et une façon royale de poser la question du genre à la face du monde.

 

 

 

 

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