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Pèlerinage à la Ghriba : Charge de l’histoire, surpoids du présent et l'espoir de jours meilleurs - Majalla Magazine
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Pèlerinage à la Ghriba : Charge de l’histoire, surpoids du présent et l’espoir de jours meilleurs

Des pèlerins juifs tunisiens et étrangers à la synagogue de la Ghriba, le plus ancien lieu de culte juif en Afrique, à Djerba en Tunisie, le 12 mai 2017 (Getty)

 

Des pèlerins juifs tunisiens et étrangers à la synagogue de la Ghriba, le plus ancien lieu de culte juif en Afrique, à Djerba en Tunisie, le 12 mai 2017 (Getty)
Des pèlerins juifs tunisiens et étrangers à la synagogue de la Ghriba, le plus ancien lieu de culte juif en Afrique, à Djerba en Tunisie, le 12 mai 2017 (Getty)

Par Nasreddine Ben Hadid

Le pèlerinage juif de la Ghriba, constitue chaque année à la même période, un casse-tête sécuritaire pour le Ministère de l’Intérieur, une bouffée d’oxygène pour la saison touristique chancelante, mais surtout une occasion pour le pouvoir politique de montrer que «tout va bien»…

A chaque année, on compte le nombre des pèlerins, comme étant l’indicateur de la confiance internationale, aussi en la qualité de la sécurité, que l’image du pouvoir politique.

La Ghriba, située dans l’île de Djerba, Sud-Est de la Tunisie, est un des plus importants lieux sacrés pour tous les juifs du monde.

La Tunisie en mal de son tourisme, compte sur ce genre de manifestations pour reprendre du souffle. Un marché qui concerne plus de quinze millions de «clients potentiels» n’attire actuellement que quelques milliers. Beaucoup d’efforts doit être fourni, essentiellement au niveau de l’amélioration de l’image du pays en général et son tourisme en particulier.

Le pèlerinage annuel, a lieu à la Ghriba au 33ejour du `Omer, rassemblait jadis les Juifs d’Afrique du Nord. Les festivités commencent le 14 Iyar pour la commémoration de Rabbi Meïr Baal HaNess et continuent jusqu’au 18 Iyar (fête du Lag Ba’omer), jour du souvenir de Rabbi Shimon bar Yohaï localement connu sous le nom de Rabbi Shem’un. Le pèlerinage inclut une visite à la synagogue, l’aumône, des prières et la participation à l’un des deux cortèges qui ont lieu pendant les deux derniers jours du pèlerinage.

Pour l’année courante, Khoudir Haniya, qui veille depuis deux décennies sur la Ghriba, selon les médias locaux «espère une grande réussite», notant à la même occasion que les années précédentes n’étaient pas des réussites. Concluant par espérer «une embellie pour ce pèlerinage en sol tunisien» pour plus ancienne synagogue d’Afrique.

Pendant deux jours (vendredi et dimanche), la Ghriba devient le centre du monde juif, attirant comme chaque année, sur l’île de Djerba, des visiteurs pouvant atteindre plusieurs milliers de fidèles juifs, aussi bien des autochtones que originaires du monde entier.

Le nombre de citoyens de confession juive était près de 100.000 avant à l’indépendance du pays en 1956, mais s’est réduit à seulement 1.500 actuellement.

Le premier jour, les pèlerins se pressent dans le petit édifice de la Ghriba pour allumer des cierges de toutes tailles, prier, mais aussi inscrire des vœux sur des œufs et les déposer dans une cavité. La tradition veut que les jeunes filles cherchant à se marier ou à avoir un enfant y écrivent leurs vœux au feutre sur la coque avant de les déposer dans la cavité où les œufs durciront avec la chaleur des bougies.

Pas uniquement le petit village d’Erriadh, proche de la Ghriba, est en trance pendant les deux jours et bien avant, et après. Toute l’île est «en siège». A la fois le Gouvernement veut assurer une protection totale et même hermétique, mais aussi discrète que possible, même le bruit de l’hélicoptère arrive à sécuriser aussi bien les autochtones que les touristes.

Des pèlerins juifs de Tunisie, d’Europe et du reste du monde pendant les rituels de leur pèlerinage annuel à la synagogue de la Ghriba, à Djerba en Tunisie, le 18 mai 2014 (Getty)
Des pèlerins juifs de Tunisie, d’Europe et du reste du monde pendant les rituels de leur pèlerinage annuel à la synagogue de la Ghriba, à Djerba en Tunisie, le 18 mai 2014 (Getty)

Et la plupart des pèlerins, venus de Tunisie ou d’ailleurs, veulent croire en des jours meilleurs. Ouzifa, 62 ans, né à Djerba et installé en France n’a « pas raté un seul pèlerinage ». Pour lui, ce pèlerinage 2017 « est un bon cru ». « On observe un retour de la confiance. A travers ce pèlerinage, on veut démentir les rumeurs et la mauvaise image liées au terrorisme. D’ailleurs j’ai moi-même été surpris cette année par le dispositif sécuritaire mis en place autour de la synagogue et sur le reste de l’île. Il faut revenir, l’endroit en vaut la peine ! »

Pour l’année actuelle, Perez Trabelsi, Président de la synagogue depuis 1985, annonce son «optimisme», ajoutant à un média local «Pour la première fois depuis la révolution de 2011, on constate un regain de fréquentation».

Son fils René, co-organisateur et responsable d’une agence de voyage, confirme: « Ca se passe très bien, on progresse. Ces dernières années, on a tenu bon. Il se réjouit par ailleurs que l’Etat tunisien apporte son aide, « surtout au niveau sécuritaire ».

Plusieurs personnalités et figures marquantes de la politique en Tunisie, ont effectué le «pèlerinage», chacun à sa manière, et surtout chacun avec un dessein en tête. Certains veulent développer l’image de la Tunisie tolérante, tandis que d’autres veulent promouvoir leurs propres images, tant plusieurs dizaines d’organes de médias, essentiellement étrangers sont présents.

La Ghriba est, pour beaucoup de Tunisiens, une opportunité unique, et même capable de mettre le pays sur la sellette internationale, essentiellement dans cette période trouble et même violente et incertaine.

La tolérance ancestrale du peuple tunisien, et surtout cette cohabitation entre diverses religions, finira selon les optimistes à reprendre le dessus.

 

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