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Ramadan en France : une tonalité haute en couleurs, mais… - Majalla Magazine
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Ramadan en France : une tonalité haute en couleurs, mais…

Un vendeur de marche à Barbès, pendant le mois de Ramadan, à Paris (Getty)

 

Un vendeur de marche à Barbès, pendant le mois de Ramadan, à Paris (Getty)
Un vendeur de marche à Barbès, pendant le mois de Ramadan, à Paris (Getty)

Par Chokri Ben Nessir

Les musulmans français sont appelés à observer le Ramadan, mois du jeûne, comme ceux de nombreux pays arabes. Environ 70% des 3,5 millions de musulmans de France le pratiquent. Il n’empêche, cette année le Ramadan risque d’être particulièrement éprouvant pour de nombreux pratiquants car il se déroule durant la période où les jours sont les plus longs et où les températures sont très élevées en France.

Le ramadan suscite un ensemble de pratiques socio-religieuses très populaires, avec selon des études 70% à 80% d’observants parmi les quatre à cinq millions de fidèles estimés en France. Cette année, les grandes fédérations ont recherché l’unité entre elles et avec les principaux pays musulmans, de la péninsule arabique au Maghreb, sur cette question des dates qui a parfois viré au casse-tête. Ainsi, la grande mosquée de Paris a accueilli une courte cérémonie symbolique lors de laquelle le Conseil français du culte musulman (CFCM) a annoncé la date d’entrée en ramadan, le samedi 27 mai.

Souhaitant aux Musulmans de France « un heureux mois du jeûne, mois de la piété et du partage », le CFCM a saisi « cette occasion pour assurer l’ensemble de nos concitoyens de toutes confessions, de toutes origines et de toutes conditions, de ses prières fraternelles pour que notre Nation vive dans la paix, l’unité et la solidarité ».

« Extrême vigilance »

Soulignant le haut niveau de la menace terroriste, en France et en Europe, « comme en témoigne le dernier attentat abject perpétré à Manchester », l’UMF (Union des mosquées de France), a appelé « toutes les mosquées de France à l’extrême vigilance, notamment en ce mois où elles accueillent davantage de fidèles ».

Cependant, le nouveau président Emmanuel Macron n’a pas souhaité un bon début de ramadan aux Français musulmans. Dans la continuité de ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy et François Hollande, avant lui, qui s’abstenaient à formuler des vœux à l’occasion du Ramadan. Bien que cela peut logiquement agacer les musulmans, qui se sentent stigmatisés par les gouvernements successifs depuis plusieurs quinquennats. Les présidents successifs français ont toujours eu ce problème avec l’Islam en particulier, avec la religion en général. Sarkozy avait été rompre le jeûne lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, mais pas pendant son passage à l’Elysée. François Mitterrand faisait, presque chaque année, un discours de… clôture du mois de ramadan. Lors de sa première année à l’Elysée, François Hollande n’avait lui non plus pas souhaité le ramadan mais l’Aïd-el-Fitr.

Pourtant, les même les chefs d’Etat les moins islamophiles de la planète ont formulé leurs vœux en ce début de mois béni : Donald Trump a par exemple souhaité, dans un communiqué, « un joyeux ramadan à tous les musulmans ». L’an dernier, pendant qu’Angela Merkel, Barack Obama, James Cameron et Justin Trudeau formulaient leurs vœux aux musulmans pour le début du mois béni, François Hollande, alors président français, restait totalement silencieux.

D’autant que, alors qu’il s’est présenté comme un candidat hors-système pendant toute sa campagne, Emmanuel Macron pourrait très bien envoyer un message fort à tous les musulmans de France et ainsi casser les codes mis en place par ses prédécesseurs.

Polémique autour de la Nuit du ramadan

Comme chaque année depuis 2001, la Nuit du Ramadan organisée par la mairie de Paris pour célébrer la fin du jeûne religieux musulman, provoque déjà la controverse. « Atteinte à la laïcité », « privilèges exorbitants » pour les musulmans… critiques et questionnements fusent déjà pendant ce Ramadan.

La fête organisée chaque année par la mairie de Paris, la veille de l’Aïd, n’est pourtant pas  la seule manifestation religieuse qui se tient dans ses pavillons. En effet, les salons de l’Hôtel de Ville ont déjà été utilisés pour des célébrations en rapport avec une religion comme pour la fête juive de Hanoukka le 18 décembre 2014… La ville évoque également d’autres événements dont elle est partenaire, comme les 850 ans de Notre-Dame de Paris, ou « Protestants en fête » en 2013.

Il n’empêche, la présence de plus de six millions de musulmans en France, font de l’islam la deuxième religion de France et du Ramadan un mois spécial. En métropole aussi, Ramadan est le mois de la multiplication des actes d’adoration comme la lecture du Coran. C’est également le mois de la générosité et de la solidarité. C’est le mois du partage où les nécessiteux doivent être encore plus secourus. Observation du jeûne, recueillement dans les mosquées, piété et générosité  pour un grand nombre de musulmans de France, concertation politiques pour d’autres, mais aussi sorties vespérales, soirées festivalières où même les jeunes «clubbers» invétérés ne seront pas privés de leur joie. Une succession ni ambivalente ni choquante pour un pays qui reflète la meilleure image d’une République  de  tolérance, de solidarité, d’ouverture, de labeur et du juste-milieu.

 

 

 

 

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