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Législatives Françaises : une Remake des Présidentielles ? - Majalla Magazine
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Politique

Législatives Françaises : une Remake des Présidentielles ?

Emmanuel Macron (Getty)
Emmanuel Macron (Getty)

Par Nasreddine Ben Hadid

A l’instant même de sa victoire des Elections Présidentielles, Emmanuel Macron savait ou plutôt avait toute les certitudes du monde, que cette victoire resterait incomplète sans une majorité parlementaire aussi grande que possible, aussi bien pour montrer et même démontrer que sa victoire présidentielle n’est pas un hasard de parcours, mais aussi, pour gouverner et ne pas avoir à subir les deux formes de gouvernement les plus atroces. A savoir «la cohabitation» ou «la coalition»…

De ce fait, le premier tour des Elections Législatives, avait un gout de continuité d’une présidentielle qui serait incomplète. Aussi, tous les observateurs veulent savoir, et même s’assurer quant aux conséquences possibles et même pensables des Présidentielles sur les Législatives.

Il faut dire que toute la classe politique, ou presque, essentiellement celle de la «droite» classique que la «gauche» classique, a essayé de récupérer la victoire de Macron, aussi bien en essayant de rejoindre le parti «La République en Marche», que s’afficher sous la bannière du «Projet présidentiel»…

De ce fait, ce parti «présidentiel» ressemble plus à une arche, qui a pu rassembler un mélange hétéroclite, qu’à une structure politique classique. Carburant plus au «souffle» du Président et son image «étincelante» qu’à une vraie idéologie et réelle doctrine. Situation anachronique parfois : Dans plusieurs circonscriptions, on constate un candidat de «La République en Marche», un autre du «projet présidentiel», sans oublier ceux et celles qui affichent la photographie d’Emmanuel Macron, pensant de la sorte améliorer les chances de la victoire.

Les résultats de ce premier tour, viennent réconforter l’image de la victoire présidentielle : «La France qui marche» est certaine de remporter la majorité, sans ce besoin imposé d’une coalition avec quiconque. Mais aussi, vient certifier la défaite du Parti Républicain, mais aussi cette débâcle du Parti socialiste.

Emmanuel Macron votant au premier tour des Législatives à Le Touquet (Getty)
Emmanuel Macron votant au premier tour des Législatives à Le Touquet (Getty)

Abstention record….

Au-delà des résultats, et des victoires possibles et des défaites éventuelles, un chiffre et un seul, vient hanter ce premier tour et même semer le doute, la crainte et même poser des questionnements inquiétants :

Avec un taux de 51,29%, l’abstention du premier tour, vient battre un «triste» record, mais surtout dépasser la fatidique limite de «50%», à savoir, pour ce tour : Ceux qui ont voté sont moins nombreux que ceux qui ont préféré ne pas le faire.

Les causes importent peu pour ceux et celles qui cherchent et se cherchent une victoire au second tour, mais les sociologues et les disciples analogues, sont déjà à étudier, pourquoi le «contrat social» en France va doucement et peut-être certainement vers une rupture, aux conséquences atroces.

Jean-Daniel Lévy, de l’institut Harris interactive, cité par le quotient «Le Monde» considère : «On est sur cette impression générale de la part des Français qu’une majorité va aller au président de la République. Dans ce contexte-là, ils n’ont pas forcément envie de voter, mais pas non plus de créer d’entrave.», et ajoute que «Les Français ne sont pas complètement fans du président de la République. En même temps, il n’y a pas de force alternative qui suscite un engouement important», ajoute-t-il.

 

Francois Baroin, du parti de Droite « Les Républicains » (Getty)
Francois Baroin, du parti de Droite « Les Républicains » (Getty)

 

Une Droite en recul….

Jamais le siège d’un parti de Droite, sous diverses nominations, n’a été aussi vide, triste, et surtout morne. La rue de Vaugirard, siège du parti «Les Républicains», à Paris, avait l’air d’une quelconque «bâtisse». Aucun militant n’était là, à attendre le 20 heures, comme a été le cas pour des occasions pareilles. Seuls quelques responsables du parti se sont réunis, pour se sauver ensuite, en quêtes de plateaux de télévisions, où ils chercheraient à faire du second tour, ce «sursaut» tant voulu et fantasmé, sur la base d’une estimation qui donnerait à cette «droite classique» un score de 21,5%, loin des 31,2% de La République en marche.

Considérer le «verre à moitié plein», serait la meilleure manière de réduire les dégâts, et surtout se hausser au titre du premier parti d’une «opposition» qui se cherche un visage mais aussi un rôle.

Florence Portelli ancienne porte-parole de François Fillon lors de la campagne présidentielle annonce : «Après tout, nous serons quand même le premier parti d’opposition», sans tenir compte qu’une frange non négligeable de ce parti, considère qu’une «éventuelle collaboration» (au Parlement) avec la «majorité» serait envisageable et même bénéfique pour cette formation politique, au contraire de ceux et celles, qui veulent se la jouer en opposition pure et dure.

Au-delà des interprétations et des opinions, la Droite «classique» vise de 85 à 125 députés, de quoi réduire les dégâts, sans pour autant ou jamais égaliser ou revenir au score des autres législations…

Marine Le Pen (Getty)
Marine Le Pen (Getty)

Le Front National : des songes aux cauchemars…

La question que s’est posée Marine Le Pen, et tous ceux qui veulent une victoire de cette formation politique : Comment le score plus que respectable, enregistré lors des Elections Présidentielles, peut-il constituer un «levier» pour un score aussi respectable pour les Législatives ?

La réponse des urnes est flagrante, et même a constitué une surprise forte déplaisante. De 21,30% au premier tour des Elections Présidentielles, le FN descend à 13,20 pour le premier tour. Une réduction énorme et une chute grave.

D’une cinquantaine de sièges, rêvés et fantasmés par le Front National, l’institut Ipsos-Sopra Steria ne prédisent qu’un à cinq sièges dans la future Assemblée nationale. De quoi constituer une «douche écossaise» tant le rêve a été grand, et le cauchemar blessant.

Certes, du point de vue chiffres, les candidats du Front National, sont présent sur 122 sur 573 circonscriptions, à grande majorité face aux candidats de «La République en Marche», mais il ne se fait pas de doute : Le «réflexe anti-FN» serait fort et même aussi déterminant que lors des Présidentielles.

Les analystes du Front National, savent bien, qu’au-delà de sa masse électorale actuelle, connue et reconnue, ce parti ne peut compter que sur une très faible réserve de voix, récupérée lors du second tour qui se tiendra le 18 juin prochain.

Jean-Luc Melenchon, le Leader de La France Insoumise (LFI) (Getty)
Jean-Luc Melenchon, le Leader de La France Insoumise (LFI) (Getty)

La France Insoumise : un peu soumise…

Jean-Luc Mélenchon, après le résultat enregistré lors du premier tour des Elections Présidentielles, avait tout pour croire que sa «France Insoumise» pourrait soumettre la logique politique et devenir de la sorte une formation pouvant jouer dans la cour des grands. Au point que certaines sources attribuaient à ce «baroudeur» le «fantasme» de prendre Matignon par les urnes et obliger de la sorte Macron à une cohabitation qui serait la plus amère au monde.

Mélenchon a cru pouvoir lever cette «France oubliée» pour la rendre «Insoumise», mais le fort taux d’abstention vient contredire et même démentir ce «fantasme».

Le mouvement passe de 19,6% au premier tour des Présidentielles à 11% au premier tour des Législatives. Une perte qui vient en «pilule amère», surtout que cette «France Insoumise» n’est plus la sacrosainte représentative de la tranche des jeune entre 18 et 24 ans. Plus amère encore, lorsque ce titre de «fédérateur des jeunes» a été «volé» par la formation de l’autre «République qui marche»…

La défaite aussi bien devant Macron que Marine Le Pen, a été remplacée par la raison de ce recul, aussi bien des résultats que la participation globale au vote.

Jean-Luc Mélenchon – qui est qualifié pour le second tour dans quatrième circonscription de Marseille, veut lui aussi profiter de cette «hantise anti-FN», et cherche à ratisser le plus large possible, même chez «La République qui Marche».

Pour beaucoup d’observateurs et analystes, «La France Insoumise» payerait son «flou» lors du second tour des Elections Présidentielles, car il faut le rappeler Mélenchon n’a pas donné de consignes de vote pour ce tour.

Le Parti Socialiste : de l’Agonie à l’autarcie ?

Le plus imaginatif des scénaristes n’aurait jamais pensé ou même imagine en rêve ce scénario : D’un parti «hégémonique» il y a cinq ans, le Parti Socialiste descend à sa position actuelle. A l’image d’un «soleil» qui a brillé sur la France, l’étoile de ce parti entre réellement dans une zone très obscure. A la même position que son ancêtre le Parti radical en 1958.

De son passé glorieux, essentiellement la victoire de François Mitterrand en 1981, le parti est arrivé à ne pas assurer une place au second tour de son candidat aux Présidentielles Benoît Hamon.

Pires encore, la gauche (dite) radicale dépasse la gauche (dite) classique, à ce premier tout, tant le second tour ne peut renverser la vapeur.

Faites vos (en)jeux, rien ne sera plus comme avant :

Des deux tours des Présidentielles aux deux tours des Législatives, la France a sauté d’une planète à une autre. Des dinosaures sont sur le point de disparaitre, tandis que d’autres «créatures» peuplent l’espace politique et surtout médiatique. Rien n’est plus comme avant, avant même la clôture du second tour des Législatives, car aucune grande surprise ne viendra troubler cette disparition ou déranger cette nouvelle naissance.

Les élections viennent et servent à sélectionner une «élite» qui va exercer le pouvoir pour une période déterminée, mais peuvent induire des «tremblements de terre» politiques, et surtout dégager des changements irréversibles et surtout lourds de conséquence. En premier, pour la France et son devenir, mais aussi pour l’Europe et son futur, sans oublier toute la «logique démocratique» occidentale avec ses nuances et ses subtilités.

On constate en premier et surtout, la «mort» des structures politiques classiques, ou du moins l’incapacité des structures anciennes à concurrencer les nouvelles «créations» politiques.

Emmanuel Macron a vaincu les Elections Présidentielles, et s’est imposé grâce à une structure «virtuelle», à savoir un «mouvement sur le net».

Mieux encore. Emmanuel Macron ne «traine» pas derrière lui, un «parcourt» politique «chargé». Un an avant sa victoire présidentielle, il était, au mieux, un nom parmi des dizaines d’autres.

Comment sa «cuisine» a pu le faire hausser si vite et si bien pour lui faire gagner, et son «parti» par la suite, les deux élections ?

Du «complot» à la violence…

Au-delà de toutes les théories du «complot» qui peuplent le net, et présente chacune une explication aussi rocambolesque l’une plus que l’autre, la France n’est plus dans sa Vème République, et ne peut nier que cette République, avec sa structure, ses législations, ses institutions et surtout son esprit, ne peut plus coller à la réalité que vit la France.

Chose surprenante et même alarmante, les nouvelles «structures» politico-médiatiques ne changent rien à la nature de la crise structurelle et même endémique, qui caractérise la France, depuis une décennie au moins.

Plus grave encore est cette partition de la société, et surtout la faille qui s’installe, entre une «France qui n’existe pas» ou plutôt ne veut pas s’exprimer à travers les urnes, face à une France schizophrène entre sa partie «en marche» et celle «insoumise».

Macron & Co, portent l’espoir sans porter des solutions, apportent de de l’optimisme sans pour autant installer la confiance. De ce fait, et sans tomber dans un grand pessimisme, la question n’est plus entre réussite et faillite, mais plutôt concerne le niveau de cette faillite.

Sachant que la démocratie s’installe grâce au consensus entre toutes les composantes politiques et en harmonie avec les composantes de la société civile, le simple observateur peut remarquer sans peine que ce «consensus» n’est plus de mise, ou du moins n’est plus omniprésent, car des réactions des hommes politiques qui ont perdu au premier tour des Elections Législatives en France, on remarquerait bien, un grand pourcentage de remarques «déplacés» arrivant même aux «insultes» et au dénigrement des adversaires ou encore des électeurs.

 

Cette violence n’est pas récente, mais plutôt l’arbre qui annoncerait tout une jungle selon plusieurs observateurs de la scène politique française. Les médias, depuis une dizaine d’années, sont en train de pousser les limites ou plutôt leurs propres limites, déviant les émissions politiques sur les plateaux de télévisions, de la discussions aux shows mais surtout à la recherche du spectacle, dont la surenchère ne peut se faire ou s’opérer que grâce à la violence verbale.

 

 

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