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Du débarquement de De Gaulle à l’embarquement de Macron - Majalla Magazine
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Politique

Du débarquement de De Gaulle à l’embarquement de Macron

Emmanuel Macron pendant la cérémonie du 77eme anniversaire du General de Gaulle le 18 juin 2017, à Suresnes (Getty)
Emmanuel Macron pendant la cérémonie du 77eme anniversaire du General de Gaulle le 18 juin 2017, à Suresnes (Getty)
Emmanuel Macron pendant la cérémonie du 77eme anniversaire du General de Gaulle le 18 juin 2017, à Suresnes (Getty)

Par Nasreddine Ben Hadid

Si on doit chercher et peut-être inventer un point commun entre le Général Charles De Gaule, libérateur de la France, et fondateur de la Vème République d’une part, et l’actuel président Emmanuel Macron, on peut dire et même être certain, que les deux ont entamé leurs carrières politiques, (presque) inconnus.

Le premier, de Londres, après la défaite de la France face au Nazis, était inconnu du (bon) peuple, qui après avoir écouté via la BBC, son célèbre appel, se demandait quant à ce Général des blindés, qui après avoir perdu sa «guerre» oserait mettre en doute, la décision du Maréchal Pétain.

Emmanuel Macron, n’a pas connu ni célébrité, ni gloire de son passage à l’Elysée, ou même un bref passage au gouvernement. Et de ce fait, a entamé une «carrière politique» inconnu, et surtout, mal connu du grand public.

Les deux hommes, aussi bien le Général De Gaule qu’Emmanuel Macron, ont entamé chacun sa carrière, en se portant en négation de tout un «système» politique, mais aussi en se démarquant de toute une «classe» politique, dans les deux cas, considéré «immorale» mais surtout incapable de porter haut et fort l’aspiration des français.

En plus de l’immoralité du système politique, aussi bien pour le Général De Gaule, que pour Macron, l’inefficacité a constitué le «Cheval de Troie» qui a permis à l’un et à l’autre, de monter en flèche, mais surtout d’écarter, ou même se débarrasser de toute une classe politique.

Deux hommes, d’apparence, «non politisés», le premier, «militaire», dans une «démocratie» (occidentale) qui voit les militaires en «tireurs» (de gâchette) sous les ordres des politiques. Le second en «financier» qui n’a de «Dieu» que l’argent et de système que le «gain», dans sur une scène politique, qui d’apparence diabolise la finance et la considère comme mère de tous les maux, mais en réel, chercherait avec une frénésie grandissante à gagner des batailles politiques de plus en plus acharnées, sur la passerelle de l’argent.

Chacun des deux, s’est présenté en «prophète» porteur d’un message, essentiellement de «liberté». Le premier des Nazis, le second de «l’immobilisme». Mais aussi, les deux s’annonçaient en «sauveur» aussi bien de la France que des Français.

A ce point s’arrête la comparaison, car le Général De Gaule, n’a pas pu seulement «libérer» la France des Nazis, mais en parallèle, et la mission n’était guère aisée ou facile, a pu se débarrasser en premier des «négationnistes» de son leadership, mais aussi monopoliser toute la crédibilité, qui a poussé Britanniques et Américains, à reconnaitre en lieu, «l’unique et légitime» représentant du «peuple français»

Macron, certes, a eu un parcourt «électoral» (presque) exemplaire, et s’est distingué fort bien du lot des candidats, mais n’a pas pu convaincre, comme a été le cas pour le Général De Gaule, loin de son staff, et surtout loin du «scénario» posé et même imposé par toute une «machine», certes politique, mais pense, fonctionne et agit à la manière d’une studio qui veut «réaliser» le plus beau des scénario.

De Gaule, à l’inverse, ne laissait personne lui dicter son «scénario», ni lui imposer son cinéma, car ne laissait à personne le soin de rédiger ses discours, ni le conseiller concernant sa prestation d’orateur, car le Général, savait articuler à la manière des tragédies grecques, et du haut de sa taille imposante, donnait un air grandiose, et imposait une ambiance solennelle à la plus simple des idées.

Macron est plutôt le genre à «cracher» une récitation. Avec un air de «faux naturel», tout en cherchant à paraitre ou même induire et faire passer une émotion.

Les deux sont réellement des «bêtes de médias», De Gaule, savait et même excellait dans l’art de l’improvisation. Macron à l’image d’un athlète moyen, comptant plus sur les entrainements que sur le don.

Il faut préciser que le mot «média» ne pouvait avoir le même sens, ni surtout la même utilité. De Gaule est réellement né, le soir, où certains français ont pu écouter cette voix à la fois grave, pesante mais surtout déterminé, ce que les historiens mais surtout l’Histoire retient sous la nomination de «L’appel de Londres», où le Général, à la fois fustigeait l’acte de reddition de Pétain, mais aussi et surtout, annonce haut et fort qu’il est «en marche» pour libérer la France…

Macron, ou plutôt son équipe, pour ne pas dire SES équipes, n’ont laissé aucun média au hasard, ou au bon vouloir des récepteurs. Tout a été fait, pour amplifier la vague et la rendre ce Tsunami que nous avons constaté.

Dans les deux situations, la gravité de la situation est de mise. Une France qui a capitulé presque sans combattre, pour le cas de De Gaule, mais une France, en mal d’existence, vit mal (et même très mal) sa situation économique, et se sent traverser par un malaise social, pour le cas de Macron.

Certes, l’appel de Londres était bien dans l’éloquence, l’esprit chevaleresque, et même induisait un zeste de Don Quichotte, tant De Gaule annonçait vouloir chasser avec une poignée d’hommes, toute l’armada nazie, qui même en combattant sur tous les fronts, s’apprêtait plus à un rouleau compresseur…

Le même rouleau compresseur prend la France et l’étrangle fort. L’Hexagone ne peut garantir cette «joie de vivre» pour tous, d’où un message de Macron plus porté vers la négation des prédécesseurs que la présentation d’un vrai «parcours» pouvant faire (re)nouer l’espérance ou même le rêve avec le bien-être pour tous.

Comme le Général De Gaule a pu compter et même arracher les «colonies» des mains du Gouvernement de Vichy, Macron, tout en étant «Hexagonal» présente un discours à la fois humaniste et «fédérateur», ou du moins assez pour tenir les chauvins de la «France éternelle» que les «fantasmeurs» de cette «France (dite) multiple et plurielle».

Comme De Gaule a reporté la «question coloniale» pour mieux la diluer tout en sachant que cette question finirait par s’imposer, Macron sait bien que le «question identitaire» finirait elle aussi par se poser et s’imposer sur l’échiquier politico-social.

De Gaule a pu vaincre le nazisme dans les sillions d’une alliance militaire, qui le dépassait (et de loin) en hommes et armement, et même a pu renverser la vapeur de la capitulation de Vichy en victoire savourée lors de la «prise de Paris», mais n’a pu être aussi «brave» devant les colonies, essentiellement l’Algérie, où l’opération de «maintien de l’ordre», car personne n’osait (en ces jours parler de guerre) s’est convertie en la plus sale et surtout la plus honteuse des guerres coloniales.

De même pour Macron, car aussi forte sa victoire au Présidentielles, et aussi foudroyante la victoire de son parti au Législatives, il faut préciser (à l’image de l’appel du 18 Juin) les gens ont vu, et avaient besoin d’un «espoir», le message en premier, qui devrait (selon la promesse électorale) se convertir en cette «joie de vivre»…

D’un point de vue purement propagandiste, le discours du «18 Juin» est une «promesse» tenue, sur les Champs-Elysées lors de l’entrée de De Gaule à la tête de ses «troupes», certes accompagnés des autres libérateurs.

La promesse de Macron risque (fort) de rester parole vaine, mais surtout planer pendant des années en l’air. Car contrairement à De Gaule, qui a pu libérer la patrie, et par conséquence tenir la parole, dans le sillage d’autres armées, Macron sait bien qu’il ne peut tenir sa parole sans pousser les Français à se sacrifier encore plus. Chose refusée par une partie non négligeable des Français. Mais aussi, ne peut entamer l’effort titanesque nécessaire, sans se heurter à la sacrosainte «famille boursière» qui considère la meilleur façon de combattre un pays, est de le bouder.

Sans oublier qu’Emmanuel Macron, est (dans le vrai sens du mot) le fils légitime du «capital spéculatif». Oserait-il s’attaquer à sa mamelle nourricière ?

Par sa culture militaire, et son orgueil démesuré, De Gaule avait le don d’anticiper, et surtout tel un joueur d’échec, pouvait prévoir plusieurs coups à l’avance. Telle sa promesse de quitter la politique en cas d’échec du référendum. Il a tenu parole, et a su quitter la table, lorsque sa politique ne desserve plus personne.

De Gaule s’est cru «Dieu de l’Olympe» et a pensé que tenir sa promesse annoncée lors du discours de Londres, en ferait un «éternel» aux yeux des Français. Mai 68, a constitué la preuve réelle de l’insoumission du peuple, qui de l’avis de De Gaule, a la mémoire courte.

Macron, en situation plus fragile, sait bien et même porte la certitude que ni son score aux Présidentielles, ni la majorité de son (jeune) parti aux Législatives, ne peuvent se convertir en «sésame» lui garantissant un éternel bonheur politique.

La «France (déjà) insoumise» a éjecté De Gaule en 68 du pouvoir. Elle risque de le (re)faire pour Macon…

Qui vivra verra…

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