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Lutte contre le terrorisme en France : Quand Macron prend les choses en main - Majalla Magazine
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Politique

Lutte contre le terrorisme en France : Quand Macron prend les choses en main

 

Emmanuel Macron et Theresa May au stade de France, le 13 juin 2017 (Getty)
Emmanuel Macron et Theresa May au stade de France, le 13 juin 2017 (Getty)

Par Chokri Ben Nessir

Sans être un angle mort de sa candidature, la question de la lutte contre le terrorisme avait soulevé des doutes sur les capacités d’Emmanuel Macron à s’engager sur ce terrain.  Mais voilà que la menace terroriste est revenue au premier plan de ses soucis après son investiture et lui a permis d’asseoir son autorité sur toutes les questions liées à la sécurité nationale. En effet, au-delà de la prolongation de l’état d’urgence, le président de la République Française veut la création d’une «task force anti-Daesh» et la mise en œuvre d’un plan d’action concret pour lutter contre le cyber-terrorisme.

C’est que le président français qui a réuni le conseil de défense, immédiatement après l’attentat de Manchester, avait annoncé dans la foulée des mesures pour renforcer la sécurité sur le territoire.  Parmi ces mesures figure le prolongement de l’état d’urgence, qui au lieu de prendre fin le 15 juillet 2017, il court désormais jusqu’au 1er novembre.

Créé en 1955, durant la guerre d’Algérie, l’état d’urgence permet notamment à l’État d’assigner à résidence toute personne «dont l’activité est dangereuse pour la sécurité et l’ordre publics» et d’ordonner «des perquisitions à domicile de jour comme de nuit» sans passer par l’autorité judiciaire. Les ministres et préfets peuvent également décider la fermeture provisoire des salles de spectacles et des lieux de réunion, ou d’«interdire la circulation des personnes ou des véhicules» dans certains lieux ou à certaines heures, ou encore d’instituer «des zones de protection ou de sécurité où le séjour des personnes est réglementé». L’état d’urgence a déjà été prolongé à cinq reprises et devait être levé mi-juillet. En mars dernier, on comptait encore 68 personnes assignées à résidence, une vingtaine d’entre elles étant alors soumises sans interruption depuis quinze mois à ce régime très contraignant (pointages quotidiens, interdiction de quitter sa commune le jour et son domicile la nuit, etc.).

Nouvelle loi

Ensuite, il a annoncé une nouvelle loi antiterroriste pour l’automne. Le texte à venir vise aussi à «assurer de manière durable, par des mesures administratives appropriées, la sécurisation des grands événements culturels, récréatifs ou sportifs». Une sorte d’état d’urgence light et permanent, donc, pour «durcir l’environnement», selon un conseiller du président. Ce texte reprendrait une partie des mesures autorisées par l’État d’urgence mais ne sera pas l’intégralité des dispositifs, par contre ceux qui ont montré leur efficacité seront conservés. « Il y aura aussi quelques nouvelles dispositions», explique-t-on à l’Élysée sans plus de précisions sur les mesures de l’état d’urgence qui seront ainsi pérennisées. Tout juste indique-t-on qu’il s’agit, entre autres, de maintenir le renforcement de certains dispositifs juridiques et de maintenir des mesures du type de celles qui avaient permis d’anticiper les risques d’attentat à Marseille pendant la campagne présidentielle lorsque la police avait pu interpeller deux terroristes qui s’apprêtaient à passer à l’acte.

À l’Élysée, on espère que le texte sera prêt pour le 1er novembre 2017 afin de prendre le relais si les conditions pour lever l’état d’urgence sont réunies. Ce qui ne semble pas être le cas.  Et comme la menace d’attaques terroristes perpétrées par l’État islamique et Al-Qaida reste à «un très haut niveau» en Europe, et plus particulièrement en France et en Grande-Bretagne et «repose sur l’incitation de leurs affiliés résidant dans chaque pays à commettre des actions isolées et sur l’infiltration en France ou en Europe d’opérationnels projetés depuis le Levant pour constituer des cellules terroristes, Emmanuel Macron a également demandé à ses services d’accélérer la mise en place de la « task force anti-Daech » qu’il avait annoncée durant sa campagne.

Un plan concret

C’est dans le même sillage que le président français Emmanuel Macron a annoncé que la France et le Royaume-Uni avaient décidé de lancer un «plan d’action très concret» pour renforcer la lutte antiterroriste.  Il porte sur des mesures extrêmement concrètes et essentielles pour prévenir au maximum certains actes terroristes, notamment la propagande terroriste et pour poursuivre celles et ceux qui sont impliqués dans ces attentats ou ces tentatives d’attentat.

Ce  plan s’articule en trois points. Il s’agit d’abord de «renforcer les obligations des opérateurs en ligne afin de supprimer les contenus qui promeuvent la haine et le terrorisme»,  ensuite d’«améliorer les moyens d’accès aux contenus cryptés» et  enfin d’ «accentuer la coopération internationale, avec les États-Unis notamment, pour améliorer l’accès aux preuves numériques». En effet, ce plan vise d’abord à renforcer les engagements et les obligations des opérateurs en ligne, afin de supprimer les contenus qui promeuvent, dans tout type de média, la haine et le terrorisme.

D’ailleurs, Theresa MAY rappelait très justement, lors de la réunion du G7, à Taormina, que « ce sont durant les deux premières heures que près de 50 % des potentiels terroristes, en tout cas des esprits qui peuvent être manipulés, sont touchés par cette propagande, quand aujourd’hui les engagements pris sont mis en oeuvre seulement dans les 48 heures ».

Ensuite, il s’agit d’améliorer les moyens d’accès aux contenus cryptés, dans des conditions qui préservent la confidentialité des correspondances, afin que ces messageries ne puissent pas être l’outil des terroristes ou des criminels.

Au-delà de cet engagement commun, la France et la Grande Bretagne comptent mobiliser l’ensemble des pays du G7 et de pouvoir aller encore plus loin avec les Etats-Unis d’Amérique en particulier qui se sont exprimés avec beaucoup de force à ce sujet, en  accentuant la coopération internationale, avec les américains notamment, pour améliorer l’accès aux preuves numériques dans les enquêtes qui sont menées par les services de police et de justice, où que soient localisées ces données. Évidemment, cette initiative reste  ouverte à tous les partenaires européens, en particulier à l’Allemagne, qui a constamment montré sa volonté d’œuvrer de manière extrêmement rapprochée avec la France sur ces sujets.

C’est dans ce cadre que le plan d’action qui doit être poursuivi a commencé à donner lieu à des actions et des engagements concrets, voire des réalisations rapides.

Officiers de police après un attentat terroriste aux Champs-Elysées à Paris, le 19 juin 2017 (Getty)
Officiers de police après un attentat terroriste aux Champs-Elysées à Paris, le 19 juin 2017 (Getty)

Sécuriser le tourisme

Car chaque année, Paris accueille plus de 20 millions de visiteurs, ce qui en fait la première destination touristique mondiale. Cette ville, désireuse d’assurer la protection des très importants flux de visiteurs étrangers, a fait de la sécurisation des touristes l’une de ses priorités depuis 2013 en créant un plan tourisme ambitieux renouvelé chaque année.

Dans un contexte de menace terroriste élevée, le ministre de l’Intérieur a présenté récemment  son plan de relance du tourisme qui a fait depuis l’objet d’instructions ministérielles.
Déclinant ainsi ces instructions la préfecture renouvelle et renforce, son plan de protection des touristes autour de 3 axes comportant des mesures adaptées aux problématiques actuelles.

C’est à cet effet, que le préfet de Police de Paris, Michel DELPUECH, a réuni l’ensemble des partenaires institutionnels et les professionnels du tourisme français pour leur présenter le plan Tourisme 2017 et ses innovations. L’objectif, conformément aux instructions du Gouvernement, est d’aller toujours plus avant dans l’offre de sécurité faite aux visiteurs étrangers sur l’ensemble du ressort de la préfecture de Police.

Le premier axe du plan porte sur la sécurisation des principaux lieux fréquentés par les visiteurs étrangers ( Sept zones touristiques déjà définies à savoir ; Butte Montmartre, Champs-Elysées, Champs de Mars/tour Eiffel/Trocadéro, musée du Louvre/Palais Royal, Opéra/grands magasins et Notre-Dame/Châtelet/Saint-Germain) et vont bénéficier de plusieurs innovations dès la saison touristique d’été),  la création d’un Groupe d’Action Touristique chargé, de la lutte contre les infractions les plus dommageables pour les touristes (Il s’agit d’une unité composée de policiers de l’ensemble des directions de la préfecture de police et qui comprendra environ 130 agents en tenue et en civil, clairement identifiables par les touristes), la création d’une Unité de Sécurisation Touristique sur le secteur Tour Eiffel, la création d’un Centre de Supervision Urbain (dédié à l’exploitation des caméras de vidéo protection des sites touristiques et au développement de
la vidéo-patrouille

 En outre les voies d’accès à la Capitale, depuis les aéroports notamment, ainsi que l’ensemble des transports en commun, feront l’objet d’une sécurisation spécifique avec une présence accrue des forces de police et un renforcement des moyens techniques et humains de lutte contre les vols à la portière sur les axes autoroutiers.

Un label sécuri-site
Le deuxième axe du plan consiste au renforcement du partenariat entre tous les acteurs institutionnels et privés.
Les actions concrètes en ce domaine s’inscrivent pleinement dans les mesures annoncées par le Ministre.

La préfecture de police conduira ainsi, dans les semaines à venir, des discussions avec l’ensemble des acteurs du tourisme afin de mettre en oeuvre des « conventions de site » permettant notamment d’intensifier ses relations avec les hôteliers et d’établir une stratégie de sécurisation des touristes étrangers en amont de leur arrivée.

De même un « label sécuri-site » à destination des hôtels ou sites touristiques qui s’engagent pleinement dans un travail commun avec la préfecture au service de la sécurité des touristes va être mis en place. Ce partenariat est également décliné dans le domaine de la communication. Un passeport touristique, disponible dans plusieurs langues, a en effet été créé afin de prodiguer aux touristes, dès leur arrivée sur le territoire français, des conseils de prévention.

Ces brochures seront disponibles dans les gares et aéroports et sont complétées par le guide multilingue « Paris en toute sécurité ».
Le film réalisé à partir de ce guide est mis à la disposition de tous les acteurs du « premier accueil » (compagnies aériennes, des aéroports, des principales gares parisiennes, ainsi que des ambassades et des professionnels du tourisme).

Le dernier axe du plan s’attache à améliorer l’accueil, sur site, des touristes victimes d’infractions.
La préfecture de police bénéficie, lors de la période estivale, de la présence de policiers bilingues clairement identifiés et d’étudiants interprètes de l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (Inalco) pour faciliter les échanges avec les touristes notamment asiatiques.

Elle a en outre développé un outil permettant, à l’aide de tablettes numériques disposant d’un module de traduction intégré, la prise de plainte directement sur le terrain et dans la langue du touriste victime d’une infraction. Cette innovation technologique permettra d’éviter aux touristes d’avoir à se rendre au commissariat pour déposer plainte et de passer outre la barrière de la langue. Ils recevront par ailleurs immédiatement, sur leur messagerie, une copie signée de leur plainte. Il parait clairement que bien que le défi de la lutte contre le terrorisme est majeur,  il ne doit nullement écarter les autres défis qui sont la qualité de service et la quiétude des touristes.

Emmanuel Macron et Theresa May au stade de France, le 13 juin 2017 (Getty)
Emmanuel Macron et Theresa May au stade de France, le 13 juin 2017 (Getty)
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