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L’Islamophobie en Occident : Un matraquage médiatique rentable - Majalla Magazine
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Société

L’Islamophobie en Occident : Un matraquage médiatique rentable

Finsbury Park, London le 20 juin 2017 (Getty)

 

Une femme musulmane en France pendant les élections (Getty)
Une femme musulmane en France pendant les élections (Getty)

Par Nasreddine Ben Hadid

Jamais l’Islam n’a été le centre d’intérêt de tout l’Occident, comme il l’est actuellement. Il a dépassé depuis longtemps le stade de «l’interlocuteur» lointain, du temps des «Croisades» que des «colonies», pour devenir et surtout s’imposer en «constante» de la politique «interne» essentiellement.

Immigration, délinquance, et surtout terrorisme, prennent selon la période, le pays et surtout les circonstances, une «résonnance» musulmane/islamique/islamiste de plus en plus forte, faisant du « Musulman », le «suspect» par nature des choses.

Certes, sur le plan légal et juridique, les démocraties occidentales garantissent, chacune à sa manière, une égalité stricte des droits, mais les médias et la société, à divers niveaux ne font qu’accuser les musulmans et les mettre sur la sellette.

Aussi, il faut insister concernant un phénomène purement historique et social. On ne peut parler des musulmans en Occident comme faisant partie ou appartenant à un seul bloc ou obéissant aux mêmes règles. D’un pays occidental à un autre, la «population» musulmane diffère en origine, nombre et surtout présence sur ce sol, d’une manière totalement différente. Chose qui pousse les historiens et autres sociologues et anthropologues à différencier les origines, l’impact, le rôle, mais surtout l’influence sur la société occidentale. A savoir parler et évoquer l’Islam et les Musulmans au pluriel et selon une diversité, qui comporte souvent ou toujours, une diversité très étonnante, et des divergences internes sanglantes parfois.

Du fait du temps, et la multiplicité des générations, les musulmans en Europe ne se sentent pas (ou plus) comme étant des «étrangers» de passage, avec une présence «temporaire». Un nombre grandissant de musulmans se considèrent en Europe comme des «citoyens», mais surtout n’ont plus de liens ombilicaux avec la «mère patrie», mais plutôt une liaison sentimental ou un sentiment d’appartenance qui ne nécessite plus, ce «retour annuel», ou encore moins de «retour définitif».

L’Occident est devenu une «patrie» ou plutôt une «terre natale» et par conséquence d’une appartenance, il faut l’avouer assez spéciale. A savoir, qu’ils n’ont plus le sentiment d’appartenir totalement à la «mère patrie» sur laquelle sont nés les pères pour ne pas dire les grands-pères. Mais aussi sans se sentir (totalement et pleinement) «Européen», avec des racines solides….

Manifestation du mouvement d'extrême droite Britain First a Londres le 1er avril 2017 (Getty)
Manifestation du mouvement d’extrême droite Britain First a Londres le 1er avril 2017 (Getty)

L’Islamophobie une constante et une conscience

De cette situation électrique et tendue, à divers niveaux en Occident, l’Islamophobie est devenue cette constante des médias et des sociétés. Certains prennent des gants pour faire la distinction entre «Islam» d’une part et «terrorisme», essentiellement après  les attentats terroristes perpétrés en Occident. Tandis que d’autres, en nombre grandissant, aussi bien à travers le matraquage que l’accusation directe, ne font qu’effacer la maigre frontière tracée entre «Islam/Musulmans» d’une part et le terrorisme dans ses images les plus sanglantes.

Certes, toute généralisation est réductrice et surtout ne fait que fausser et aplatir la question. Une partie non négligeable des sociétés occidentales, ne porte aucun avis négatif de l’Islam ou des Musulmans, mais le matraquage médiatique, ainsi que l’exploitation politique, essentiellement en périodes électorales, ne fait qu’aggraver la situation, surtout que la «peur» ou plutôt «l’exploitation de la peur» est devenue le moyen le plus «rentable» pour «convaincre» les électeurs en Occident.

Sachant que 25% de la population en Occident serait en 2025 «musulmane» ou d’origine musulmane. Ceci marié et accouplé, à une baisse draconienne de la natalité en Occident, a élargi le champ de la «peur» qui est devenue une «hantise» ou même «psychose», du délinquant «arabe/musulman», pour élargir l’éventail à contenir dans le qualificatif du «pseudo-terroriste» tous ces migrants, aussi bien installés de longues dates et même ayant accompli une réussite sociale et politique pour certains, que ceux et celles qui se jettent en mer, sur toute la même Méditerranée en recherche d’Eldorado en Occident.

Paradoxalement, l’amalgame devient la mise quotidienne et même la règle. Tous les immigrants clandestins, qui viennent en Europe fuyant la misère surtout, se trouvent confondus tous et dans leur globalité, à l’Islam et aux musulmans.

La crise des migrants qui a soulevé l’Europe pendant l’été 2016, est l’exemple même de l’exploitation politico-idéologique du phénomène. Sur le plan numérique, et prenant en compte les estimations les plus extravagantes, cette immigration ne peut et ne pourra jamais constituer ni une charge économique pesante, ni un danger quelconque pour toute l’Europe, son économie surtout, et encore moins sa stabilité politique ou sociale.

Tout au contraire, certains économistes, avancent chiffres à l’appui que l’immigration clandestine porte des avantages à l’économie locale. Aussi bien, une main d’œuvre bon marché, disponible et surtout pas très regardante concernant les conditions du travail que les droits sociaux, qu’une élite disposant d’un excellent niveau d’instruction. Chose qui fait épargner des milliards d’euros et de dollars, de formation à ces économies, sans omettre le gain du temps et de l’efficacité.

L’Islamophobie est la fois un symptôme et un leurre. Un symptôme de la situation de peur que traverse tout le monde Occidental, et l’Europe en particulier. Mais aussi un leurre pour faire passer ou même imposer tous les changements ou plutôt les réductions le champ des acquis sociaux et civiques.

Le Code du Travail en France, ou plutôt toutes les restrictions apportées à ce Code, n’ont pu être faites et même imposées que grâce à l’état d’exception qui a (entre autres) interdit les «attroupements» et par conséquence privé toute la masse qui refuse cette loi, d’exprimer démocratiquement son refus à travers les manifestations.

Encore plus, exploitant l’état de la peur et de compassion, suite à l’opération terroriste qui a frappé la ville de Nice, le 14 Juillet 2016, le Gouvernement d’Emmanuel Valls a opéré tous ces amendements qui bouleversent le champ professionnel français grâce l’article 49, alinéa 3, de la Constitution du pays, qui permet au pouvoir exécutif de dépasser le pouvoir législatif.

Islamophobie ou l’Islamisme en contradiction ?

La naissance des mouvements djihadistes/terroristes s’est fait en premier en contradiction et même en négation absolue de l’Occident. Chose qui a poussé ou permis à tout l’Occident, essentiellement les Etats-Unis, le France et le Royaume-Uni, d’être à des degrés différents, présents sur le terrain, dans un vouloir, qui est devenu une stratégie de contenir/éradiquer ce fléau.

Le refus de cette présence militaire occidentale, ne s’est pas fait attendre. Convertissant cette confrontation en première logique ou rapport dominant entre un Orient/Islam face un Occident/Chrétien. Certes, cette équation est simpliste et réductrice et incapable de contenir tous les détails, les subtilités et surtout les nuances de la question, mais médiatiquement rentable, politiquement vendable, et surtout arrive à toujours entretenir le «mythe» de l’ennemi qui avoue/annonce/cherche à anéantir l’Occident, tout cet Occident.

La naissance de Daech a constitué le tournant ou même la rupture, mais surtout le miroir de réflexion de toute une mémoire historique qui réinvente les «Croisades» autrement.

La ruée vers cette organisation terroriste, qui se présente en «Etat», incitant les «Musulmans» à y immigrer, a fait changer le rapport de toutes les forces. On n’est plus en présence d’un Occident/Chrétien face à un Orient/Musulman, avec un combat qui se joue en terre d’Islam, mais plutôt face à des terroristes qui opèrent des attaques en terre d’Occident (le 11 Septembre en exemple), et aussi en migration de milliers de terroristes des terres de l’Occident vers cette terre qui se prétend de l’Islam…

Depuis le 11 Septembre, et encore plus grave depuis la présence de Daech en partenaire fondamental de cette confrontation, est cette peur des opérations terroristes, opérées par les « Musulmans » en terre occidentale. Poussant à une hantise grandissante, mais encore plus à penser/demander ou plutôt parler et évoquer des méthodes draconienne pour palier à ce «fléau»… Cette peur devient et se convertit en «identité» individuelle imposé de gré ou de force à tout musulman, qui doit plutôt présenter des preuves de son innocence que laisser ceux qui l’accusent porter les preuves d’une quelconque ou prétendue accusation.

De ce fait, l’Occident vit et même revit une forme d’inquisition contraire et en négation avec ses préceptes démocratiques. La France pays de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, a osé (du temps du Président Hollande) avouer ou même annoncer, et surtout assumer que cette Déclaration et tout le contenu, doit être mis entre parenthèse, afin de palier à ce fléau terroriste. Chose constatée, et dépassement condamné par les instances compétentes de l’Union Européenne.

Des francais regardant la télévision pendant le mois de Ramadan (Getty)
Des francais regardant la télévision pendant le mois de Ramadan (Getty)

Islamophobie et contraste inversé

La question que posent tous les penseurs en Occident, ou du moins ceux qui se soucient de la santé démocratique du système politique dans sa totalité philosophique, que des applications locales, au niveau de chaque pays, concernerait le coût à payer, non pas pour éradiquer ce fléau, mais plutôt les dégâts irréparables, que doit subir la (dite) philosophie politique Occidentale, tout au long de ce combat ?

L’Islamophobie ne serait que le symptôme de cette situation anachronique, où l’Occident se fait du mal tout en voulant se sauver du terrorisme. La question philosophique ne concerne plus la nécessité du combat, mais plutôt la «moralité» de tout cette «guerre», ainsi que tous les «garde-fous» à mettre en place, afin (d’un point de vue occidental) assurer à la fois la victoire dans un combat plus que légitime, mais aussi opérer cette guerre, sans mettre en cause ou encore ébranler les bases fondatrices de la civilisation occidentale.

Toute la conglomération médiatique et culturelle occidentale, à travers tous les moyens possibles et disponibles, ne fait que surfer sur la vague de la peur du «terroriste» (un au moins) qui va sur une terre occidentale/chrétienne, par exemple voler un camion, comme en France, Royaume-Uni ou en Allemagne et foncer sur la foule, afin de tuer un nombre maximale de victimes.

Le peuple, qui dans les guerres d’antan contre le terrorisme, payaient à travers les impôts et décidait par le biais des élections, afin de déterminer le genre de guerre à opérer, paye actuellement à travers la chair de ses citoyens, qui deviennent en tout lieu, tout moment et par des moyens divers, des cibles potentielles.

Œil pour œil et dent pour dent, tel est l’appel d’une partie grandissante de l’élite politique occidentale et européenne surtout. Chose anticonstitutionnelle, est la demande d’ôter la nationalité française à tous les terroristes d’origine non française. Chose grave et surtout très dangereuse en plus de l’aspect anticonstitutionnel, est cet «oubli» (volontaire ou non) de tous ceux qui ne disposent nullement d’aucune autre nationalité, essentiellement les français «de souche», à savoir qu’ils sont d’une descendance «occidentale/chrétienne» depuis la nuit des temps.

Une confusion voulue ou inconsciente entre l’identité politique (la nationalité), face à l’identité culturelle/religieuse. La question de la nationalité ne s’est posée que pour ceux et celles, de religion ou de culture arabe/musulmane. Comme si les «terroristes» (européens de souche) ne peuvent être concernés par cette privation de nationalité.

Chose analogue opérée par les Américains, qui ont soustrait l’unique «terroriste» d’origine américaine (blanche) arrêté en Afghanistan à la logique de Guantanamo, pour le faire juger par un tribunal américain civil «normal»…

Ne pas juger l’acte (terroriste) en soi, ou le conditionner moralement, politiquement, et/ou surtout juridiquement, en fonction de l’identité culturelle/religieuse de l’accusé, est le signe indiscutable de l’Islamophobie dans son état le plus flagrant.

Au-delà des considérations politico-culturelles, toute la sphère arabo-musulmane assume sa part de responsabilité. A savoir, ne pas dépenser l’énergie nécessaire capable de porter une image positive.

L’essentiel n’est pas de convaincre par le verbe ou présenter une image, du parfait «Arabe/Musulman» en adéquation avec l’image voulue/exigée par ceux et celles qui combattent le terrorisme en Occident, mais plutôt comment instaurer une civilisation arabo-musulmane capable au réel et au vrai, d’imposer le respect, sans pour autant s’imposer par le feu et le sang.

Tomber dans la satisfaction des exigences de l’autre, n’est autre que cette manière de s’appauvrir du fond pour surcharger l’apparence.

La question posée par les Espagnols et les Portugais en Amérique du Sud, se pose et s’impose dans tous les «ghettos» de banlieues en France par exemple : Comment résoudre la question du partage de l’espace ? Comment et selon quels critères disposer des richesses ?

Mais surtout et essentiellement : Quel système moral/juridique appliquer à ces «intrus» tant ils ne sont pas des Européens, mais vivent sur une terre dominée par une philosophie politique occidentale ?

La réponse est entre «intégration» et «assimilation». Un jeu de mots qui en dit long sur cette manière de (se) chercher encore. Des questionnements qui ont (il faut l’avouer) soulevé des débats tout au long des trois siècles derniers, avec des clivages et des confrontations entre penseurs, philosophes et autres politiciens. Serait réducteur de mettre toute la pensée occidentale au même loge, mais faut-il reconnaitre, que la faille est en train de se creuser et d’une manière dangereuse entre la pensée philosophique d’une part et la pratique politique courante. Tant la pensée (se) joue dans l’aisance cognitive et la politique dit agir selon les règles de la sécurité salvatrice.

Porter des réponses philosophiques lors de débats où la bonne parole est synonyme de belles intentions, est facile, louable et même nécessaire, mais structurellement incapable d’ouvrir une porte sur le «réel terroriste» tant on ne peut faire tourner les aiguilles du temps à l’envers, et faire revenir tous ces Arabes/Musulmans chez eux, et tant la «purification» ethnique/religieuse commence à prendre racine, en premier par le biais d’une fermeture hermétique des frontières et surtout une assimilation forcée et imposée à toute la gamme non-européenne.

L’Occident vit mal son existence, tant il voit ce réel contredire sa référence morale et nier ses intérêts. Comment réconcilier apparence morale et efficacité rentable ? Telle est l’équation à résoudre. Tout en oubliant les dommages collatéraux, qui finissent, ou commencent déjà à remodeler tout l’espace philosophique et morale.

Des enfants déposent des fleurs en hommage au victimes de Finsbury Park a Londres (Getty)
Des enfants déposent des fleurs en hommage au victimes de Finsbury Park a Londres (Getty)

Le chou, le loup, la chèvre et la barque ?

L’Occident depuis la nuit des temps, à savoir la Grèce antique, a appris à tout poser en équation, mais a toujours su, arranger ces systèmes d’équations selon les priorités mercantiles, à savoir les besoins les plus pressants.

Certains en Occident, trouvent facile de faire commerce de l’Islamophobie, et surtout la prendre pour l’outil le moins cher, et par conséquence le plus rentable, pour aussi bien imposer une direction politique par les urnes, que maintenir cette mainmise par la peur.

Point de morale en politique, mais uniquement ce souci de travestir le «politiquement incorrect» et le rendre «correct» et pourquoi pas «louable»…

L’Islamophobie galopante, sans pour autant nier la responsabilité des Musulmans, finira par défigurer toute la logique occidentale, qui a toujours, en temps de crises, inventé cet «autre» et le convertir en Belzébuth, par qui tous les maux arrivent.

L’Islam, malgré le passé chargé entre les deux bords de la méditerranée n’est qu’un prétexte. Les Nazis avaient leurs juifs, les Français leurs Italiens, qui dans les deux cas, ne seraient ni Arabes ou encore Musulmans.

Donc, et par toutes les conséquences possibles, on ne peut être dans une quelconque guerre de religion, ou combat entre ethnies, tant la logique occidentale a toujours inventé des ennemis même de ses propres rangs. De ce fait, il n’est plus question aussi bien pour les occidentaux/chrétiens que pour les Arabes/Musulmans de se sentir ni coupables ni engagés, ou encore partie prenante dans une quelconque guéguerre. Tant en Occident vivent des musulmans qui se sentent pleinement occidentaux, et tant en Orient vivent depuis la nuit des temps, des chrétiens qui se sentent pleinement orientaux, et surtout dépositaires d’une légitimité historique réelle.

Tomber dans la purification religieuse de l’espace géographique est le message aussi bien de Daech que du fascisme en Europe. Voir l’Orient en terre (purement) de musulmans et voir l’Occident en terre (purement) de chrétiens, ne sont que les deux faces de la même médaille.

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