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Changements climatiques : Dans l’œil du cyclone - Majalla Magazine
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Changements climatiques : Dans l’œil du cyclone

Par Chokri Ben Nessir

Cyclones tropicaux, tornades, foudre et orages de grêle, l’année 2017 nous a réservé un lot de phénomènes climatiques extrêmes, dont plusieurs ont été  meurtriers. L’intensité des cyclones comme Harvey, qui vient de toucher  le Texas et provoqué des inondations catastrophiques, pourrait à l’avenir être renforcée par l’augmentation de la température de la planète, mais même si ces évènements ne devraient pas être plus fréquents, ils seront plus intenses, estiment les scientifiques. Les pays arabes et de l’Afrique du Nord seront exposés à ces phénomènes extrêmes et porteurs de tous les dangers.

Les  modèles informatiques simulant le climat du 21e siècle font état d’un possible renforcement de l’intensité des cyclones (vents et pluies) et d’une possible baisse de leur fréquence au niveau du globe.  « Des cyclones d’une intensité plus grande sont l’une des conséquences attendues du changement climatique », explique Valérie Masson-Delmotte, membre du GIEC, groupe de référence au niveau mondial sur le climat.

« Plus la température de l’eau et le taux d’humidité sont élevés, plus le cyclone peut prendre de l’intensité. Or, ces deux éléments sont plus intenses du fait de l’augmentation de l’effet de serre », explique la climatologue. « On considère qu’il y a 7% d’humidité en plus dans l’atmosphère par degré de réchauffement », précise-t-elle.

L’augmentation du niveau des océans est l’un des marqueurs du réchauffement de la planète. La hausse, variable selon les régions du globe, a été en moyenne de 20 cm au XXe siècle et pourrait atteindre jusqu’à près d’un mètre à l’horizon 2100.

Or, les cyclones produisent aussi une houle qui génère des « marées de tempête ». Les deux effets conjugués contribueront à exposer davantage constructions et populations côtières.

L’OMM sur le qui-vive

«Les phénomènes météorologiques extrêmes sèment la destruction et la mort. C’est notamment pour cela que l’OMM s’efforce d’améliorer les alertes précoces multi-danger et la prévision axée sur les impacts, et tire les leçons des grandes catastrophes pour éviter des désastres futurs» a déclaré le Secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), Petteri Taalas. L’OMM, qui vient d’annoncer des «records mondiaux» pour ce qui est du nombre de victimes dues à des cyclones tropicaux, des tornades, la foudre et la grêle, a mis l’accent sur l’amélioration des systèmes d’alerte précoce multi-danger et le renforcement de la prévention des catastrophes. En effet, l’histoire climatique reflète la vulnérabilité et l’absence de stratégie d’adaptation aux événements extrêmes, qui pourtant font beaucoup de victimes.

C’est le cas du «cyclone tropical le plus meurtrier» qui a touché le Bangladesh (alors appelé Pakistan oriental) les 12 et 13 novembre 1970. Parfois surnommé le « cyclone de Bhola», ce cyclone de triste mémoire a fait entre 300 000 victimes (selon les estimations les plus optimistes) et 500 000 victimes (selon les estimations les plus pessimistes), principalement en raison de l’onde de tempête de forte ampleur qui a recouvert les îles et les zones de marée du golfe du Bengale. Pour toutes les catastrophes de cette envergure, le nombre de victimes est souvent surévalué et il est difficile d’obtenir des chiffres officiels, mais le comité a estimé que les estimations les plus optimistes étaient étayées par un ensemble plus détaillé de preuves.

Une Tornade meurtrière 

Mais la tornade la plus meurtrière remonte au 26 avril 1989, au Bangladesh également. Cette tornade a causé d’importants dégâts dans la région de Manikganj, détruisant deux villes et laissant quelque 80 000 personnes sans abri. D’une largeur d’environ 1,6 km, cette violente perturbation a fait plus de 12 000 blessés et aurait fait un nombre élevé de victimes, estimé à 1 300 par le comité selon les estimations jugées les plus fiables.

Le 2 novembre 1994, de violents orages ont fait des ravages dans la région de Dronka, en Égypte, et entraîné l’apparition de crues éclair. La foudre est tombée sur un dépôt, mettant le feu à trois réservoirs qui contenaient chacun environ 5 000 tonnes de carburant pour avion ou de diesel. Ces réservoirs étaient situés le long d’une ligne de chemin de fer, qui s’est effondrée en raison d’un glissement de terrain provoqué par les eaux de crue. Le carburant s’est enflammé lorsque la foudre a frappé et les eaux de crue, chargées d’hydrocarbures en feu, ont propagé l’incendie vers le village. Un document officiel du Ministère égyptien de la santé indique que les hôpitaux de la région ont pris en charge 469 victimes.

Le 23 décembre 1975, 21 personnes qui se trouvaient dans une case dans la zone tribale de Manica, dans l’est de la Rhodésie (aujourd’hui, Zimbabwe) sont mortes, frappées par la foudre. Comme près de 90% des constructions subsahariennes ne sont pas équipées de paratonnerre, en particulier les habitations, des familles entières, des salles de classe et des ouvriers sont vulnérables en permanence. En particulier, les écoles et les maisons sont généralement construites en pisé et sont souvent recouvertes d’un toit de chaume ou de tôle, retenu par des pierres.

Orage de grêle

Le 30 avril 1888, près de Moradabad, en Inde, un orage de grêle, accompagné de grêlons aussi gros que «des œufs d’oie, des oranges ou des balles de cricket», aurait fait 246 victimes. Un météorologue témoin de l’événement raconte que les toits des maisons s’étaient effondrés, des portes et des fenêtres avaient été cassées et des vérandas avaient été emportées par le vent. «Les hommes qui se trouvaient dehors à découvert ont été tués par les grêlons. Quatorze corps ont été retrouvés sur le champ de course. Plusieurs fêtes de mariage, prises par l’orage près des berges du fleuve, ont été anéanties. Selon la police, 1600 vaches, moutons et chèvres ont été tuées» a précisé John Eliot, futur premier directeur général du Service météorologique indien.

Les pays arabes fortement exposés

Mais ce sont surtout les pays arabes et de l’Afrique du Nord qui seront fortement exposés aux impacts des changements climatiques selon un  rapport de la Banque mondiale qui analyse les dommages présents et à venir causés par l’évolution rapide du climat dans la région et qui appelle les autorités à «préparer les pays et les populations à faire face à la menace».

Ce rapport souligne que «les effets des changements climatiques seront particulièrement marqués dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (Mena). Il recommande d’agir sans tarder pour éviter que ne se concrétisent les conséquences annoncées, à savoir une augmentation des pénuries d’eau et de l’insécurité alimentaire. Intitulé Adaptation à l’évolution du climat dans les pays arabes, le rapport propose une évaluation complète de la menace que la gravité croissante des phénomènes météorologiques fait peser sur la région et propose diverses mesures de politique publique pour faire face sans plus tarder aux effets actuels et renforcer la résilience aux répercussions futures.

«Cette région possède une longue histoire et une grande tradition d’adaptation aux changements climatiques et aux problèmes qu’ils entraînent, comme les variations de température et de précipitations. De nouveaux risques apparaissent néanmoins à un rythme beaucoup plus soutenu, avec notamment la perspective d’une hausse de 4 °C de la température mondiale, de sorte que la résilience bâtie au fil des années est mise à rude épreuve.» indique le rapport.

Catastrophes climatiques


Selon ce rapport, au cours des 30 dernières années, «les catastrophes climatiques ont touché 50 millions de personnes dans le monde arabe, représentant un coût direct d’environ 12 milliards de dollars et un coût indirect bien plus élevé encore. Les tendances récentes laissent à penser que l’aridité des régions arides s’accentue, de même que la fréquence des inondations soudaines ». En 2006, l’inondation du bassin du Nil a fait 600 morts et touché 118 000 personnes. Jusqu’en 2008, le bassin du Jourdain a connu, quant à lui, un record de sécheresse, qui a duré cinq années consécutives.
Malgré, donc, le désarroi des uns et les inquiétudes des autres, les négociations continuent à patiner sur le Climat et la plupart des pays développés, ont buté sur des questions clés qui ne peuvent être laissées irrésolues.
Car, bien que les décisions adoptées lors de la Conférence de Paris aient mis en lumière une situation d’urgence, les négociateurs n’arrivent pas encore à s’entendre sur un accord sur des objectifs clairs et ambitieux dans un cadre juridique à mettre en œuvre sur une base provisoire ainsi que de convenir sur un calendrier de financement. Pourtant, de tels flux financiers et technologiques, nécessaires, surtout en cette période, pour soutenir les pays en développement, dans leurs efforts à s’adapter aux changements climatiques et à limiter leurs émissions, ne sont pas disponibles.

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