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Le Serviteur des Deux Saintes Mosquées se rend en Russie - Majalla Magazine
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Le Serviteur des Deux Saintes Mosquées se rend en Russie

Par Chokri Ben Nessir

Malgré le fait que les relations entre la Russie et l’Arabie Saoudite datent de 1920, elles n’ont jamais été aussi cordiales que ces jours-ci. C’est que la visite du Serviteur des Deux Saintes Mosquées  à Moscou, est  la première en son genre et est pleine d’enseignements et porteuse de beaucoup d’espoirs. Si en se rapprochant de Riyad, Moscou souhaite contrebalancer la détérioration de ses relations avec l’Occident en diversifiant ses contacts de politique étrangère vers ses flancs méridional et oriental  tout en améliorant son image politique et affirmer sa présence dans le monde arabo-musulman, l’Arabie Saoudite aspire à renforcer ses relations historiques avec le Kremlin et établir un cadre global en vue de développer et d’approfondir la coopération entre les deux pays et diversifier les partenariats du Royaume avec les pays amis en fonction des intérêts communs.

Le Serviteur des Deux Saintes Mosquées, le roi Salman bin Abdulaziz Al Saoud, a quitté aujourd’hui le Royaume, à destination de Moscou en réponse à l’invitation du président russe Vladimir Poutine.
La délégation officielle se compose notamment de Son Excellence le Ministre d’Etat et membre du Conseil des ministres, M. Mousaed bin Mohammed Al-Aiban, le Ministre d’Etat Ibrahim bin Abdulaziz Al-Assaf, le Ministre des affaires étrangères, Adel Al Jubeir, le ministre du commerce et de l’investissement Majid Bin Abdullah Al Qasabi, le ministre de l’Environnement, de l’Eau et de l’Agriculture, Abdulrahman bin Abdul Mohsin Al-Fadhli et le Ministre de la Culture et de l’Information Dr. Awad bin Saleh Bin Al-Awad. Cette importante délégation permettra des discussions avec les hauts fonctionnaires russes sur l’amélioration des partenariats politiques, économiques et d’investissement en plus de l’examen des derniers développements dans la région.
Il est attendu par ailleurs que nombre de projets bilatéraux seront signés entre les deux pays à cette occasion.

Des relations historiques mais…

Contrairement à ce que l’on pense, historiquement, Russes et Saoudiens ont toujours entretenu des relations cordiales malgré quelques divergences de fond qui n’ont jamais exclu les tentatives de rapprochement et de dialogue.

C’est pourquoi ces anciens adversaires du temps de la guerre froide, ont récemment développé un agenda commun et renforcé leurs liens politiques et économiques, basés depuis 2003 sur un dialogue régulier. En effet, la visite à Moscou de son Altesse Royale le Prince héritier Abdallah en septembre 2003 a concrétisé l’ébauche d’un réchauffement entre les deux pays. Elle a permis également, dans un contexte de remontée des prix des hydrocarbures, de mettre fin à la guerre des prix du pétrole qui a opposé les deux pays en 2001-2002, la Russie étant devenue entre-temps le plus grand exportateur de brut hors l’Opep.

Le réchauffement des relations Russo-saoudiennes a certainement permis d’assainir la relation de Moscou avec la Tchétchénie. Depuis 2003, la question tchétchène a cessé d’être un contentieux entre Moscou et Riyad. L’Arabie saoudite a relevé aussi le quota des pèlerins russes autorisés à faire le Hadj à la Mecque de 13000 à 25000. Les présidents des républiques musulmanes russes du Tatarstan et de Tchétchénie se rendent chaque année dans le royaume depuis 2007. Mais l’amélioration des relations bilatérales s’est concrétisée par la visite de V.Poutine à Riyad en février 2007, qui a illustrée la volonté de Moscou de mieux se rapprocher de Riyad. En effet, Moscou souhaite contrebalancer la détérioration de ses relations avec l’Occident en diversifiant ses contacts de politique étrangère vers ses flancs méridional et oriental.  Un dialogue diplomatique régulier avec l’Arabie saoudite assorti par la signature de plusieurs accords de coopération ont permis l’instauration d’une relation commerciale plus intense.

De même, l’Arabie saoudite a joué un rôle non négligeable dans la volonté russe de s’attirer les faveurs de l’islam. Riyad a ainsi appuyé la candidature de Moscou à l’organisation de la conférence Islamique (OCI). En 2003, la Russie est le premier pays majoritairement non-islamique invité au Sommet des chefs d’Etats de l’OCI. En 2005, elle devient membre observateur-un statut qui reste néanmoins symbolique.

Moscou souhaite améliorer son image

En se rapprochant davantage de Riyad, Moscou souhaite améliorer son image et affirmer sa présence dans le monde arabo-musulman grâce à une meilleure collaboration avec l’Arabie Saoudite, qui par son emplacement géographique, son emprise énergétique, son potentiel économique, sa portée religieuse et l’influence qu’elle exerce aux Etats-Unis, fait figure de « chef de file » dans le monde arabe. En même temps Riyad est en train de reconsidérer l’accroissement de la position stratégique de la Russie au Moyen-Orient. Aux yeux des Saoudiens, ou du moins de leurs dirigeants actuels, la Russie peut très bien devenir une forme de contrepoids à l’influence iranienne grandissante, et à présent inéluctable, dans la région.

C’est pourquoi, cette visite sera marquée par des discussions sur des questions sensibles telles que la coopération de la Russie avec l’Iran, la position sur le dossier syrien et la position russe de free-rider vis-à-vis de l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP).  Sur la crise syrienne, Russes et Saoudiens sont enfin conscients que leurs relations sont déterminantes dans le règlement du conflit.

Le dialogue énergétique reste aussi l’une des priorités. En effet, la visite du roi Salmane intervient à un mois d’une nouvelle réunion de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), dont l’Arabie saoudite est le chef de file, et où doit être discutée la prolongation des réductions de production, ayant stimulé les prix de l’or noir. Deux premiers producteurs et exportateurs de pétrole brut au monde, la Russie détient 6,3% des réserves prouvées et l’Arabie saoudite 21%.  Ces deux principaux producteurs de pétrole membres ou non de l’Opep se sont mis d’accord fin 2016 pour réduire leur production d’environ 1,8 million de barils par jour pendant six mois. L’entente a été prolongée de neuf mois supplémentaires. Cet accord avait fait grimper les prix, qui tournent actuellement autour de 55 dollars le baril. La Russie, dont l’économie visée par des sanctions occidentales est également très dépendante des revenus pétroliers, et cette visite lui permettra la poursuite d’une action « concertée » avec l’Opep sur le pétrole.

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