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Religion : Le débat sur un jour férié musulman fait des vagues - Majalla Magazine
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Politique

Religion : Le débat sur un jour férié musulman fait des vagues

Thomas de Maiziere (Getty)
Thomas de Maiziere (Getty)
Thomas de Maiziere (Getty)

Par Chokri Ben Nessir

Les propos du ministre de l’Intérieur allemand Thomas de Maizière, un proche d’Angela Merkel, sur la pertinence d’un jour férié musulman dans le pays, a provoqué un tollé dans son camp conservateur, le parti bavarois CSU allié aux conservateurs de la chancelière, qui a rejeté  l’idée  avec une virulence particulière. Bien que la proposition ne soit encore qu’au stade d’une réflexion quant à l’opportunité d’instituer un jour férié musulman  « là où vivent beaucoup de Musulmans en Allemagne», les propos de Thomas de Maizière ont trouvé très vite des réponses négatives notamment de la part d’Alexander Dobrindt, un poids lourds du même parti. « Notre héritage chrétien n’est pas négociable », s’est-il emporté dans le quotiden populaire Bild. « Introduire un jour férié de l’Islam en Allemagne, pas question », a-t-il ajouté.

« Je ne vois pas de raison convaincante » d’instituer un tel jour férié, l’Allemagne étant de tradition religieuse judéo-chrétienne et non musulmane, a déclaré dans le même journal un membre de l’Union chrétien-démocrate (CDU). Pour sa part, le président du parti social-démocrate Martin Schulz a réagi de façon positive: « il faut réfléchir à la proposition », a-t-il déclaré.

Il n’empêche l’idée de substituer des fêtes chrétiennes habituellement chômées au profit d’une musulmane, n’est nouvelle et nous renvoie à la mesure polémique du rapport sur l’islam de Terra Nova, think tank proche de la gauche française.

Terra Nova qui espère bien ouvrir un débat de fond, ne craint pas la polémique avec quelques-unes de ces propositions, comme l’instauration de nouveaux jours fériés musulman et juif, qui se substitueraient à deux journées issues du calendrier chrétien. Ou encore avec son plaidoyer pour la création d’une faculté de théologie musulmane publique à Strasbourg, sur l’exemple de ce qui existe déjà en Allemagne.

Alors que le propos de l’extrême droite, qui montre ses muscles, en promettant un contrôle administratif du culte musulman et la dissolution des associations musulmanes, inquiète en coulisses l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), le débat reprend de nouveau sur la place du religieux dans le débat public.

Contre-pied

Publié cinq mois après celui de l’Institut Montaigne, le rapport de Terra Nova en prend, d’une certaine façon, le contre-pied celui de l’Institut Montaigne qui préconisait une vision plutôt centralisatrice, notamment avec la mise en place d’un grand imam de France tandis que Terra Nova donne aussi dans le symbole. Et très fortement.

Le rapport propose donc d’instaurer un jour férié musulman pour l’Aïd el-Kébir et un autre pour le Yom Kippour contre la suppression des lundis de Pâques et de Pentecôte. A intervalles réguliers, la proposition refait surface. Sans jamais aboutir. Mais en suscitant, à chaque fois, de violentes discussions. En 2012, candidate écologiste à la présidentielle, Eva Joly l’avait lancé comme un pavé dans la mare. Et le 14 février 2015, une petite conjuration de six députés d’outre-mer avait remis la question au goût du jour. Ils avaient fait voter (presque par inadvertance) un amendement à la loi Macron qui permettait, dans les départements d’outre-mer, de troquer cinq fêtes catholiques fériées contre d’autres jours chômés tenant compte «des spécificités culturelles, religieuses et historiques» des territoires… Celui-ci n’avait pas résisté aux allers-retours entre le Sénat et l’Assemblée nationale.

Thomas de Maiziere (Getty)
Thomas de Maiziere (Getty)

Favoriser le «Vivre ensemble» ?

Cependant, l’amendement avait révélé les divergences d’appréciation au sein de l’Eglise catholique. A Paris, le porte-parole de l’épiscopat, Olivier Ribadeau Dumas y voyait «une attaque forte» contre le catholicisme. Sur le terrain, l’évêque de la Réunion, Gilbert Aubry, plus accommodant, était prêt à échanger ses lundis de Pâques et de Pentecôte pour favoriser le «vivre ensemble».

Dans les grandes fédérations musulmanes, les avis sont aussi partagés sur cette question. Très légitimiste, prudent dans ses relations avec les milieux politiques et soucieux de ne jamais faire de vagues, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, ne prise guère l’idée d’un jour férié musulman. Son ami et néanmoins rival Amar Lasfar, président de l’UOIF, propose, lui, que les deux grandes fêtes musulmanes, l’Aïd el-Fitr et l’Aïd el-Kébir deviennent fériées et «des moments de retrouvailles pour tous les citoyens».

Pour l‘islamologue Ghaleb Bencheikh, le contexte n’est pas favorable pour une telle initiative. «Parler maintenant de ces deux jours fériés musulman et juif ne me paraît pas propice ni probant. Essentiellement à cause du contexte dans lequel nous nous trouvons. Les questions liées au religieux suscitent beaucoup de polémiques et il est de plus en plus difficile de les examiner à froid. Ouvrir ce débat risquerait de susciter un énième bras de fer. Et c’est la composante islamique de la nation qui en pâtirait » explique-t-il.

Il n’empêche, il pense qu’il serait équitable effectivement, d’un strict point de vue juridique, d’attribuer des jours fériés aux différentes confessions religieuses de la France. « Car il n’est pas légitime qu’une seule composante de la nation (chrétienne, en l’occurrence) soit privilégiée. Mais en faisant cela, on ouvrirait la boîte de Pandore. Pourquoi ne pas alors créer un jour férié bouddhiste et puis ensuite un jour férié hindouiste ? Par mimétisme, un activisme religieux suscite toujours un autre activisme religieux. Et comment multiplier, d’un point de vue économique, les jours chômés ! » se demande-t-il.

Par contre, Marc-Olivier Padis, directeur des études de Terra Nova, estime que la République «doit reconnaître le pluralisme jusqu’au bout». «Cette proposition n’est pas nouvelle. Elle était déjà formulée dans le rapport Stasi qui avait été publié en décembre 2003. C’est le sociologue Patrick Weil qui, à l’époque, avait beaucoup insisté pour qu’elle y figure. Pour ma part, je considère que c’était bien pensé. Mais c’en était resté là… Tout avait été écrasé alors par la question du voile à l’école et l’avis qu’avait rendu la commission Stasi. Pourtant, il me semble que Jacques Chirac était en position d’instaurer ces deux jours fériés musulman et juif, au début de son second mandat présidentiel. Cela aurait été le geste fédérateur que l’on attendait (et qui n’est pas venu) après sa réélection de 2002 dans les circonstances particulières que l’on connaît » soulignet-il.

En France, le statu quo actuel désavantage objectivement les fidèles musulmans, selon ces propos. « Comme nous sommes dans une société de tradition catholique, les jours fériés sont liés aux fêtes chrétiennes. Pour les fidèles chrétiens, cela tombe bien ! Mais ce n’est pas le cas pour les juifs et les musulmans. La laïcité, ce n’est pas seulement la liberté de conscience ou la neutralité de l’Etat, c’est aussi un traitement équitable des cultes » assène-t-il.

Anaïd Lindemann, chargée de recherche en sociologie des religions à Lausanne, qui s’est penchée sur l’évolution du discours public depuis les années 1970, fait le même constat: dans le temps, on parlait “d’Italiens”, aujourd’hui, il est question de “musulmans”. Alors que tous les regards sont tournés vers les musulmans, les autres communautés religieuses comme les hindous du Sri Lanka, les bouddhistes de Thaïlande ou les divers groupes évangéliques des Etats-Unis, retiennent très peu l’attention.

 

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