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Jérusalem : Erreur stratégique de Trump - Majalla Magazine
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Politique

Jérusalem : Erreur stratégique de Trump

Par Ahmed Charai

Depuis 20 ans, les différents présidents américains ont usé de leur pouvoir de dérogation pour ne pas appliquer la décision du congrès de transférer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. Donald Trump a décidé le faire.

Il faut sortir des anathèmes faciles et poser les vrais problèmes. La question de Jérusalem-Al Qods, est la question la plus déstabilisatrice, la plus épineuse du conflit palestino-israélien, parce qu’elle le confessionnalise à outrance. C’est pour cela que la communauté internationale a refusé depuis la résolution 242, de reconnaître la suprématie israélienne sur Jérusalem. Le statut de cette ville, qui est aussi sainte pour les chrétiens, on l’oublie souvent, ne peut-être le point de départ d’une solution diplomatique. Il ne peut-être discuté qu’en fin de parcours, dans le cadre d’une solution globale, et le statut international de la ville, prévu en 1948, n’est pas une impossibilité.

Par son choix, Donald Trump n’a rendu service ni à ses alliés, ni à la lutte contre les velléités iraniennes, encore moins à Israël et surtout pas à un projet de paix déjà évanescent.

Ce qui rend ce geste encore plus incompréhensible, c’est le contexte. Pour la première fois, depuis le début du conflit, Israël a réussi à être intégrée comme un acteur régional par des puissances sunnites telles que l’Arabie Saoudite, Les Emirats et les pays et d’autre pays arabe. L’alliance anti-iranienne prenait forme. Israéliens et arabes de la région, apprenaient à se connaître à travailler ensemble. Ce qui aurait pu déboucher sur une facilitation du dialogue autour d’un conflit territorial, régional .

L’acte de TRUMP fragilise, risque de mettre un point final et dynamite cette vision moderniste pour la région qui est porté  par le jeune Prince héritier Mohamed Ben Salmane.

C’est malheureusement les mouvements radicaux qui vont utiliser la sacralité des lieux-saints, partagée par un milliard et demi de musulmans, pour encore enfoncer plus Le différent entre Israéliens et palestiniens, voir les musulmans.

Les réactions ont été unanimes, dès l’annonce de l’information. Les grandes puissances, y compris la Grande-Bretagne et la France, puissances amies d’Israël, ont appelé au risque de déflagration. Tous les observateurs sérieux craignent le déferlement de violences, mais surtout le retour au nihilisme.

Le Roi du Maroc, Mohamed VI , président du Comite Al Quds a envoyé une missive très dure à Donald Trump, lui rappelant le caractère multi-confessionnel d’Al Qods, qui ne peut être qu’un havre de tolérance et de convivialité.

Le drame c’est que cette décision peut saper toutes les politiques encours. Les Etats-Unis seront alors définitivement disqualifiés pour jouer le moindre rôle dans le processus de paix.

Ensuite, il renforce ses ennemis. Le Hamas était en perte de vitesse, il le remet en selle parce que les appels à la négociation de Abbés, ne seront plus audibles en terre palestinienne. Pire, c’est l’Iran, le Hezbollah, le Hamas, la prétendue ligne de la résistance, qui en profitera. Ce n’est assurément pas une bonne nouvelle pour la sécurité d’Israël.

Dans les pays sunnites, cela fragilise les gouvernements et les tendances modérées. Il faut noter que dans tous ces pays, les manifestations les plus importantes ont eu lieu, non pas pour la démocratie, mais pour Al Qods, des millions de gens manifestent à chaque accrochage sur l’esplanade du temple. Souvent avec des mots à la clé, dure et extrémiste .

Voilà donc une décision qui  est contraire aux résolutions de la communauté internationale, qui fragilise l’espoir de paix, qui déconstruit l’alliance naissante face à l’Iran et qui ne renforce pas la sécurité d’Israël.

Le Président Trump a fait de la lutte idéologique contre le Jihadisme en terre d’Islam, à raison, une priorité. Alors que Daesh est vaincue militairement, il vient de donner un nouveau souffle à son idéologie. ‘’L’Occident veut spolier le troisième lieu saint de l’Islam et le donner aux juifs’’, voilà un slogan qui va prospérer et inciter à des vocations mortifères.

Le President TRUMP doit revoir sa décision , sinon il va renforcer la confessionnalisation du conflit. C’est la pire des choses pour le processus de paix.

Ahmed Charai est président du groupe Média Marocain ( Global Média Holding) , il est membre du Conseil d’administration de l’Atlantic Council et Center for Strategic and International Studies à Washington.

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