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Politique

Ruée des Frères Musulmans en Mauritanie : Un congrès qui en cache un autre ?

Tewassoul (Getty)
Tewassoul (Getty)
Tewassoul (Getty)

Par Chokri Ben Nessir

Crée  en 2007, le parti du Rassemblement National pour la Réforme et le Développement (Tawassoul) est à son  troisième congrès. Ce congrès représente une occasion pour les frères musulmans au Maghreb et ceux du Moyen-Orient pour se retrouver loin des projecteurs. Une telle rencontre  est devenue impossible après que l’Arabie Saoudite ait réussi à resserrer l’étau sur leurs activités dans la région du Golfe.

D’ailleurs des analystes politiques estiment que ce troisième congrès de Tawassoul  servira de couverture pour un rassemblement des frères musulmans et dans le quel seront débattus les scénarios de remise sur pied des partis islamistes et de définir les pistes à même de limiter les dégâts occasionnés par l’ascension fulgurante de ces partis après le Printemps arabe marquée par leur tentative d’accéder au pouvoir dans des pays comme l’Egypte ou la Tunisie.

C’est qu’une telle  rencontre, qui rassemblera le Gotha des responsables de la nébuleuse islamiste, est devenue quasi impossible en Turquie ou au Qatar car elle cause une gêne pour ces régimes qui essayent de se voiler la face après avoir été pointé du doigt comme un giron de ces mouvements extrémistes. Les analystes indiquent par ailleurs que le choix de la Mauritanie confirme la nouvelle tendance des frères musulmans qui cherche à prendre ses marques en Afrique subsaharienne et en Afrique de l’ouest où ils pensent être à l’abri.

Cependant ils risquent de ne pas jouir de la tranquillité dans ces contrées où l’Arabie Saoudite entend jouer un rôle important dans l’éradication des forces extrémistes que ce soit à travers l’appui aux forces G5 sous commandement  francais ou à travers une action saoudienne forte qui vise à endiguer la campagne de mobilisation et de polarisation multipartite conduite par les frères musulmans, l’Iran et Boko Haram dans cette partie du monde.

D’ailleurs des sources concordantes proches du parti Tawassoul, présidé par Mohamed Jamil Ouled Mansour, ont confirmé la présence de quelques leaders de la confrérie des frères musulmans, tout au long de ce congrès qui va durer trois jours. Parmi ces noms on retrouve l’ex-premier ministre marocain Abd el Ilah Benkirane, le responsable des relations extérieures à Hamas, Oussama Hamdane, le vice-président du mouvement Ennahdha en Tunisie, le cheikh Abdelafaatah Mourou, Hamad Sammoud de Libye et le secrétaire général des ulémas d’Afrique cheikh Said Silla, en plus de responsables islamiques d’Algérie, du Kuweit, du Mali et du Sénégal et d’autres pays.

Les observateurs seraient unanimes quant  aux objectifs de leurs meeting en marge de ce congrès et s’attendent à ce que les recommandations à la fin des travaux préconisent une temporisation  des ardeurs et de repousser tout risque de confrontation avec les régimes en place sur le plan  régional et international surtout avec le royaume d’Arabie Saoudite, désormais chef de file des forces de coalition arabe et qui guette leurs mouvements.

Ainsi, les observateurs avancent que ces recommandations focaliseront sur l’exhortation des partis islamistes à composer avec l’état civil et exhorteront les participants à adopter les valeurs laïques même si elles sont en parfaite contradiction avec leur vision dogmatique. Il est évident dans ce contexte de fragilité ambiante qu’ils essayeront de tirer profit aussi les leçons pragmatiques des expériences marocaine (Parti de la Justice et du Développement)  et tunisienne (Parti d’Ennahdha) qui ont réussi à s’intégrer dans la vie politique en tant qu’acteurs de second degré quitte à déclarer leur distance avec l’identité religieuse de leurs mouvements pour se transformer en partis politiques civils nationaux et locaux.

Il n’empêche, des personnalités réputées pour leur opposition à la mouvance des frères musulmans, affirment que les concessions opérées par le parti de Saad Eddine Othmani au Maroc et celui de Rached Ghannouchi en Tunisie, ne présentent pas une réelle transformation politique de ces partis mais reflètent plutôt une tactique employée par ces partis pendant les crises et qui consiste à adopter un profil bas jusqu’à ce que les vents contraires se dissipent.  De ce fait, l’enrôlement de ces partis dans la vie politique ne servirait qu’à remettre sur pieds leurs forces éparpillées et à la recomposition de leurs troupes. C’est que cette politique de repli permettrait aux islamistes de s’infiltrer dans les rouages de l’état et de ses institutions publiques à travers l’activation des réseaux dormants non encore repérés et de nouer des rapports avec les lobbies financiers, médiatiques et sécuritaires pour mieux se prémunir et se préparer à une future prise de pouvoir comme ce fut le cas du temps de Hosni Moubarak en Egypte.

En effet, dans ces Etats Nord-africain et subsaharien, trop imprégnés de laïcité et d’ouverture, la confrérie islamiste prônant un discours radicalisé et extrémiste est quasiment impossible à accepter, en raison de la culture occidentale très enracinée, présentant des sociétés qui ressemblent dans tous les aspects de leur train de vie à celles des pays européens.

C’est d’ailleurs pourquoi les partis islamistes en filiation directe avec les Frères Musulmans veulent accroître leur influence au sein des mouvements civils en exploitant la brèche de contestation en Mauritanie où le Rassemblement national pour la réforme et le développement (Tawassul) se présente comme deuxième force d’opposition dans le pays, soigne à dessein son image et cultivant une identité moderne.

Il est à noter qu’en Mauritanie, la première association qui se réclame des Frères musulmans est la Jemaa Islamiyya. En août 2007, le courant des Frères musulmans se regroupe dans un parti politique autorisé sous l’intitulé «  Rassemblement national pour la réforme et le développement (Tawassoul) ».

Le leader du parti islamiste Mohamed Jemil Mansour, a longtemps vécu en exil, en Belgique. Comme ses confrères égyptiens. Il  explique que la situation est particulière et qu’il ne fera pas l’erreur de ses aînés. Tawassoul signe des accords de coopération en 2011 avec plusieurs partis politiques. Notamment avec le Parti Baas syrien et avec le Hezbollah. A ceux qui pourraient s’étonner de cette alliance, rappelons qu’il existe au sein des Frères musulmans une frange favorable au régime des Mollahs et admirative du Hezbollah. Quand au parti Baas, avant le déclenchement de la révolution et sa mise à l’index par Youssef Al Qaradhawi, il n’hésitait pas à soutenir les filiales des Frères musulmans à l’étranger.

Mohamed Jemil Mansour, comme de nombreux frères musulmans manie l’art de la litote concernant l’appartenance de son mouvement aux Frères musulmans.

Depuis sa création, le Parti Tawassul a obtenu de remarquables réalisations et acquis politiques et électoraux. En effet, l’arrivée de ce mouvement au rang de deuxième formation de l’opposition marque une évolution dans l’histoire des rapports entre le pouvoir mauritanien et les islamistes.

Aujourd’hui, Tawassoul qui s’est imposé sur l’échiquier mauritanien, comme véritable champion du pragmatisme politique, est l’une des formations la plus structurée dans le paysage politique mauritanien. Elle œuvre non seulement en politique mais dans la bienfaisance. Il s’agit de la seule formation qui aide activement les familles et personnes nécessiteuses ou en situation difficile. D’ailleurs, elle assiste les malades au cours des campagnes médicales à travers le pays de façon régulière. Tawassul possède ses propres journaux en ligne (Alkhabar et Sirradj) et vient d’obtenir l’agrément pour la création d’une chaîne de télévision. Le parti a investi le terrain humanitaire – il gère plusieurs centres de santé et a son propre réseau associatif.

Son premier congrès fut l’occasion de relever les défis de la fondation et surmonter les difficultés liées à la présence efficace et honorable au niveau de la scène politique nationale et régionale où il est devenu un acteur important et un ajout qualitatif dans le domaine des partis politique au niveau national.
Quant au deuxième congrès, il offrit une nouvelle opportunité pour développer la performance institutionnelle, renforcer la structure organisationnelle, dynamiser la performance politique et améliorer le système juridique et intellectuel du Parti.

Son troisième congrès sonne l’heure de la mobilisation et du recrutement tous azimuts. Cependant, les autorités de Nouakchott suivent attentivement les activités de ce parti trop connecté avec la nébuleuse des Frères Musulmans et qui leur servent de couverture pour leur rassemblement.

A maintes reprises, les autorités mauritaniennes ont étudié les voies et moyens pour dissoudre le parti du Rassemblement national pour la réforme et le développement (Tawassoul), ou de suspendre l’ensemble de ses activités sur le sol mauritanien.

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