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Jusqu’où ira Erdogan ? - Majalla Magazine
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Politique

Jusqu’où ira Erdogan ?

Par Chokri Ben Nessir

L’armée turque mène depuis le 20 janvier dans le nord de la Syrie une offensive contre une milice kurde, les Unités de protection du peuple (YPG), considérée comme « terroriste » par Ankara, mais alliée des Etats-Unis dans la lutte antijihadistes.

Baptisée « Rameau d’olivier », cette offensive terrestre et aérienne contre les YPG dans la région d’Afrine, dans le nord de la Syrie, considérés par Ankara comme la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui mène une rébellion dans le sud-est de la Turquie depuis plus de 30 ans.

L’offensive intervient après l’annonce par la coalition anti-jihadistes emmenée par Washington de la création d’une « force frontalière » composée notamment de combattants kurdes, un projet qui a suscité la colère d’Ankara. La Turquie qui s’inquiète des intentions séparatistes des Kurdes Syriens, chose qui pourrait conduire à réveiller les revendications séparatistes des Kurdes Turques qui sont au nombre de 15 millions, a indiqué par la voix de son premier ministre que l’objectif est d’établir une « zone de sécurité » d’une profondeur de 30 km à partir de la frontière.

Evoquant de possibles plans d’expansion Turques par le biais de cette offensive, RFI rapporte selon Jean Marcou,  directeur du Master Méditerranée/Moyen-Orient à Sciences Po Grenoble, que face à une absence de réactions internationales, la Turquie compte étendre son opération militaire en Syrie et même à ses frontières avec l’Irak. « Erdogan est en train finalement de prendre confiance et de développer une opération qui, au départ, paraissait être une opération plutôt transfrontalière, et qui, au fur et à mesure qu’elle se développe – du fait – je dirais – de cette configuration diplomatique c’est-à-dire d’une absence d’opposition véritable des autres pays qui comptent dans la région – Erdogan est en train de faire un petit peu, maintenant,  des plans sur la comète qui dépassent très largement la zone d’Afrin », explique-t-il.

Et bien que le président turc semble profiter de l’inertie des grandes puissances, cette offensive s’est heurtée à une grande résistance. Depuis le 20 janvier, les combats ont coûté la vie à sept soldats turcs, selon Ankara, tandis que 76 rebelles pro-turcs et 78 combattants kurdes ont été tués dans les affrontements, d’après l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Selon l’AFP, la Maison Blanche aurait exhorté la Turquie à « réduire et limiter ses actions militaires » et aurait demandé à son homologue d’éviter « toute action qui risquerait de provoquer un affrontement entre les forces turques et américaines ».

Un froid sur Sotchi

Pour sa part, la Russie, qui se déclare « préoccupée », a indiqué que les militaires russes ont quitté la zone d’Afrine pour « empêcher d’éventuelles provocations » ou menaces. La Russie semble, selon RFI, s’accommoder de cette nouvelle situation. « Stratégiquement, on voit bien que la situation actuelle profite à la Russie puisque cette opération va permettre d’affaiblir les Kurdes dans la perspective  de rétablir le régime de Bachar Al Assad. D’un autre côté, finalement, comme elle n’a pas donné son approbation à cette intervention, elle pourra le moment venu reprendre ses distances. », explique Jean Marcou.

Sur le plan diplomatique, cette offensive a jeté un froid sur la conférence de Sotchi sur la paix en Syrie qui se tient aujourd’hui. Alors que l’opposition syrienne avait déjà annoncé qu’elle la boycottait, ce sont les Kurdes qui ont aussi jetés l’éponge. Ils ont mis en avant l’offensive turque en cours sur l’enclave d’Afrin, qui se poursuit et prend de l’ampleur. « Nous avions dit auparavant que si cette situation persistait à Afrin nous ne pourrions pas être présents à Sotchi », a déclaré à l’AFP une responsable des autorités kurdes.

La réunion de Sotchi, devait réunir des représentants du gouvernement et des rebelles syriens, à l’initiative de Moscou et Téhéran, alliés du régime de Damas, et d’Ankara, soutien des rebelles.

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