BETA MODE
Le féminin en français, une affaire masculine...  - Majalla Magazine
  • Edition actuelle

Société

Le féminin en français, une affaire masculine… 

Le ministre de l'Interieur Nicolas Sarkozy (G) et la ministre de la Defense Michele Alliot-Marie passent en revue un peloton de gendarmerie, le 10 novembre 2003 dans la cour de la caserne de Lorient, lors de la ceremonie en hommage au gendarme Jean-Luc Paul.(AFP/Getty)
Le ministre de l'Interieur Nicolas Sarkozy (G) et la ministre de la Defense Michele Alliot-Marie passent en revue un peloton de gendarmerie, le 10 novembre 2003 dans la cour de la caserne de Lorient, lors de la ceremonie en hommage au gendarme Jean-Luc Paul.(AFP/Getty)
Le ministre de l’Interieur Nicolas Sarkozy (G) et la ministre de la Defense Michele Alliot-Marie passent en revue un peloton de gendarmerie, le 10 novembre 2003 dans la cour de la caserne de Lorient, lors de la ceremonie en hommage au gendarme Jean-Luc Paul.(AFP/Getty)

Par Majalla

Depuis quelques années, toute la France intellectuelle et même académique, se pose des questions de natures linguistiques. Fini le temps de la certitude grammaticale apprise sur les bancs de l’école. Il faut mieux se mettre au diapason, et connaitre les dernières trouvailles linguistiques, qui au-delà de la France, concernent toute la francophonie.

Le jeu/enjeu est une guerre entre masculin et féminin. Ou plutôt cette supériorité ancestrale du féminin sur le masculin. Comprendre suprématie de l’homme sur la femme.

La langue française a tracé, ou plutôt ceux qui détenaient le pouvoir de la langue, ont tracé via la féminisation, ou encore l’absence de féminisation, les limites possibles du champ d’action accessible aux femmes.

Auteure et professeure, n’existaient pas, car aucune femme ne pouvait accéder à l’une comme à l’autre de ces deux fonctions. Par contre, Infirmière, épicière, caissière, pâtissière, paysanne, institutrice, actrice, chanteuse, serveuse, aide-soignante, et bien d’autres métiers connaissaient la féminisation, car des métiers subalternes, qui ne pouvaient déranger à l’image sexiste que le pouvoir voulait pour l’un comme l’autre des sexes.

Mêmes des métiers rares à l’image d’éboueur, trouvait preneuse au féminin, à savoir éboueuse. Idem pour technicienne, travailleuse, policière, maçonne et même franc-maçonne. En revanche: auteur, écrivain, médecin, professeur, ingénieur, ambassadeur, n’avaient pas de féminin, ou une extrapolation récente. Chose surprenante encore, on dit bien travailleuse pour féminin de travailleur, mais très rarement employeuse pour la femme qui fait office d’employeur.

Chose encore plus surprenante : De la guerre entre adeptes du refus du changement, et partisans d’une féminisation à outrance, on est passé à une confrontation, qui sévit à l’intérieur de ces derniers. Qui ne sont pas du même mot, concernant certaines ou même la plus part des féminisations. Doit-on dire «professeuse» comme chanteuse ou coiffeuse, car on ne dit pas «chanteure» ou «coiffeure»… Tout en sachant que «Professeuse» était pourtant employé au XVIIIe siècle, et «procureuse» dès le XVIe, comme l’atteste le lexique des anciens féminins par la Société internationale pour l’étude des femmes de l’Ancien régime (Siefar).

Chose plus étrange encore, certaines féminisations qui existaient déjà, n’étaient que des «titres» octroyés à la femme de celui qui exerçait la fonction. Car pour des métiers fermés aux femmes, on procédait à ce que le linguiste Bernard Cerquiglini appelle le «féminin conjugal» :

«Le mauvais usage de la langue, c’est celui-là: celui qui consiste à interférer dans le parallélisme des formes masculine et féminine d’un même mot en y introduisant cette dimension conjugale. Ce sous-entendu de «femme de…» est un parasitage de la vraie nature de la langue.»

Pour l’histoire, il faut noter que ces métiers masculins qui ne se féminisait que par le mariage, ont perdu ce conversion, du moment où des femmes ont commencé à exercer ces fonctions. Ainsi «Ambassadrice» n’est plus du tout, ou obligatoirement la femme de l’ambassadeur, mais une femme qui exerce ce poste. Idem pour présidente et même pharmacienne.

Pour l’anecdote, la France a attendu 1972, pour nommer la première ambassadrice, Marcelle Campana au Panama. Chose plus étrange et même frappante, les premières à exercer ce métier, tenaient fermement à garder le titre au masculin. De peur, d’être prise pour des femmes d’ambassadeurs et non des femmes exerçant pleinement cette tache…

Même question s’est posée en Allemagne à la victoire d’Angela Merkel. Le titre «chancelière» était celui de la femme du chancelier. Merkel a fini par être pleinement «chancelière» mais son mari mérite-il le titre de «chancelier» pour suivre à la lettre ce «masculin conjugal» ?

Ce combat, qui a connu ses premières étincelles, avec le mouvement féminin des années soixante-dix, ne fait que commencer. Et il sera déterminé tout au long de son cheminement, non pas par les décisions académiques, mais plutôt par la pratique usuelle, et surtout les prises de positions. Sans oublier que le français ne concerne plus la France uniquement, mais tout le monde francophone. Chaque payait aurait si volonté, à définir sa propre féminisation.

 

Article précédentArticle suivant

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *