• Edition actuelle

Société

L’accès à l’université en France : un droit pour tous ?

Par Nasreddine Ben Hadid

Deux écoles, et deux points de vue sont en confrontation, et à chacun ses arguments : Pou les uns, l’université constitue l’ascenseur social par excellence. Et de ce fait, doit être ouverte pour tous les étudiants ayant le bac, où chacun peut choisir librement la filière voulue. A l’inverse, les adeptes de la sélection, avancent l’argument de l’obligation de faire hausser le niveau universitaire, tout en évoquant le devoir, et même l’obligation de faire baisser les dépenses, et faire épargner de l’argent pour l’Etat.

«Le gouvernement s’apprête à mettre en place une sélection qui ne dit pas son nom», telle a été la décision prise par 21 voix pour et une contre, du Conseil d’administration de l’Université Paris 1ère, qui a décidé le 9 janvier de refuser de mettre en place la réforme sur l’orientation en université, ajoutant que «c’est un changement complet de la politique d’accès des bacheliers à l’enseignement supérieur». L’université estime aussi qu’elle «n’a pas les moyens d’assurer la rentrée». Cette université parisienne n’est pas un cas unique : Elle est suivie par tant d’autres, telles Poitiers, Dijon, Aix-Marseille récemment. Une pétition contre la sélection à l’université, a été même lancée par L’ASES (Association des sociologues de l’enseignement supérieur).

La Loi vidal, est en fait une nouvelle réforme de l’enseignement supérieur annoncée par les ministres Frédérique Vidal et Jean-Michel Blanquer. Pas encore adopté, le projet de loi  vise «officiellement» à remédier à «l’échec» en licence à l’université et à mieux informer les lycéens et les lycéennes des «attendus» des formations universitaires. Selon ce projet de loi, les personnels du lycée et de l’enseignement supérieur doit formuler des avis sur les nombreux choix et projets (jusqu’à 10) formulés par les lycéens au cours de leur année de terminale.

Les avis sont de types : «Oui», «oui si», «en attente» et «non». Dans le premier cas, le jeune pourra choisir cette formation. Dans le deuxième, il sera aussi accepté mais il devra effectuer un «parcours personnalisé», par exemple des enseignements supplémentaires dans les matières où il ne présente pas suffisamment de garanties. Les avis «en attente» ou «non» renverront le lycéen à un éventuel accord que lui donnerait finalement l’établissement ou un autre qu’il aurait sollicité. Faute de quoi une commission présidée par le recteur aurait pour responsabilité de lui proposer une autre formation.

Les étudiants, et futurs bacheliers, ont considéré cette loi, comme une attaque contre le droit d’accès à l’université de toutes les personnes détenant le baccalauréat ou un équivalent. De quoi faire régner la peur de deux choses : Les étudiants n’auront plus les choix voulus. Deux, le nombre des étudiants, va baisser.

Des fuites d’échanges de messages électroniques révélés par Wikileaks le 31 juillet dernier, mettent en lumière dans quelle mesure la loi Vidal fait partie d’un projet qui combine soutien aux «formations courtes professionnalisantes». Sans oublier une hausse des frais d’inscription et développement des prêts étudiants.

Cette loi intervient dans une logique de conflit social, mais aussi de malaise généralisé. Avec une peur grandissante d’un désengagement de l’Etat, des secteurs aussi bien de l’enseignement, que de la santé, essentiellement. Certes, l’Etat avance ses atouts concernant les bienfaits de cette nouvelle forme d’orientation. Mais aussi contre ce qu’elle considère comme gâchis, essentiellement, les étudiants qui perdent une année ou deux à l’université, sans trouver la branche qui peut réellement les intéresser.

Nul doute, cette réforme est à prendre comme prolongement de la réforme du Code du travail. Une reformulation totale de la société. Essentiellement les secteurs de l’enseignement et celui du travail. Avec plus de «flexibilité» en premier. Mais aussi, avec moins d’engagements pour l’Etat, qui par la Loi Vidal, ne fait que pousser en plus d’étudiants vers l’enseignement privé. De quoi alléger les universités publiques, et par conséquence faire baisser le budget alloué.

Article précédentArticle suivant

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *