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Mohamed Tlili Mansri: « La moitié des candidats aux élections municipales sont des femmes et 52% sont des jeunes »

Mohamed Tlili al-Mansri, président de la Haute autorité indépendante pour les élections (ISIE), s'exprime lors d'une conférence de presse à Tunis le 23 février 2018. (FETHI BELAID / AFP / Getty Images)
Mohamed Tlili al-Mansri, président de la Haute autorité indépendante pour les élections (ISIE), s’exprime lors d’une conférence de presse à Tunis le 23 février 2018. (FETHI BELAID / AFP / Getty Images)

Tunis – Boubaker Ben Amor

Mohamed Tlili Mansri, Président de l’Instance  Supérieure Indépendante pour les Elections en Tunisie (ISIE), a déclaré que 52 pour cent des candidats pour les élections municipales prévues pour le 6 mai prochain, sont des jeunes (moins de 35 ans) et que la moitié des candidats sont des femmes, et qu’il y a une grande vigilance quant à la neutralité de l’administration et une forte détermination à ce qu’il n’y ait pas une quelconque intervention des autorités publiques dans le processus électoral  notamment  dans les étapes restantes des élections.

Dans un entretien accordée spécialement à Majalla, Mohamed Tlili Mansri a déclaré que l’Instance  Supérieure Indépendante pour les Elections focalisera ses efforts sur  la mobilisation des électeurs en les sensibilisant quant à l’importance des prochaines élections municipales et en les exhortant à aller massivement  aux urnes. Il a par ailleurs révélé que le paysage politique en Tunisie a besoin d’adopter des mesures dissuasives pour prévenir les infractions liées aux élections et portant atteinte à la vie politique en général.  Il a ajouté que le monde suit le cours de la transition démocratique en Tunisie et veut être confiant du succès des prochaines élections locales. Ci-après l’interview:

Comment se présentent les préparations aux élections municipales et quelles sont les difficultés aux quelles est confrontée l’ISIE ?

Nous sommes à la deuxième étape du processus électoral qui comporte cinq échéances (Inscription des électeurs, présentation des candidatures, déroulement de la campagne, le vote, le dépouillement et l’annonce des résultats), et on vient de clôturer la phase de l’acceptation des candidatures  et leur vérification.

Cela s’est passé sans fautes et, après quelques oppositions, le nombre des listes présentées a été logique et seul cinq pour cent des listes a été rejeté. Ce rejet incombe à des défaillances constatées au niveau  du non respect des conditions et les candidats déboutés peuvent saisir le tribunal administratif s’ils estiment avoir été lésés par l’ISIE.

Quant aux difficultés, elles concernent essentiellement la charge de travail qui commande beaucoup de précision et la vérification  du degré de la conformité des candidatures aux conditions légales. La question de la parité horizontale soit le nombre d’hommes tète de listes auquel doit correspondre le même nombre de femmes tètes de listes pour chaque parti ou coalition à l’échelle nationale et malgré la clarté du texte de loi et les divers avis relatifs à cet effet, certain partis n’ont malheureusement pas respecté ce principe et c’est pourquoi on a été obligé de rejeter certaines listes qui n’ont pas observé cette condition.

En général et grâce à l’administration de l’ISIE, aux coordinateurs et aux membres des sections régionales et aux efforts de tous les agents de l’ISIE, qui grâce à l’expérience qu’ils ont acquise pendant les élections de 2011, et de 2014, le processus électoral avance sur la bonne voie.

 Qu’en est-il des préparatifs des étapes restantes de ce processus électoral?

Nous allons aborder  des étapes difficiles, en particulier celle de la campagne électorale en raison du grand nombre de municipalités (350 municipalités) et nous allons recruter 42 agents pour former dans la capitale une salle d’opérations centrale qui se chargera de surveiller et de suivre la campagne. Ainsi, dans les régions intérieures, 1500 agents seront répartis entre les municipalités à raison de 2 à 6 agents pour chaque municipalité et ce en fonction du nombre de listes présentées. Il s’agit d’agents spécialisés dans le droit, les finances et la gestion et leur mission sera de surveiller les activités organisées par les candidats durant la campagne électorale et le financement de ces activités.

Il faut signaler en plus la préparation logistique en vue de ces élections: impression des bulletins, recrutement des agents des bureaux de vote (environ 60 mille), ainsi que des moyens que commande l’opération de dépouillement des votes, qui est une étape difficile qui exige exactitude et précision sachant à cet effet que les résultats du scrutin seront publiés seulement 3 jours après le vote.

Quel est le taux de participation des jeunes, des femmes et des personnes handicapées dans les listes en lice pour ces élections?

Les jeunes (moins de 35 ans), représentent 52% des candidats aux élections. Les listes comportent  aussi plus de 1 700 personnes handicapées, alors que le nombre de femmes candidates représente près de la moitié du nombre total de candidats.

Certains partis déplorent la non-neutralité de l’administration et l’ingérence des autorités publiques dans la préparation de ces élections … Qu’avez-vous prévu pour assurer la neutralité de l’administration dans les autres étapes de ces élections?

Effectivement. Nous avons constaté des tentatives d’intervention et une forme non-neutralité de la part de l’administration et avons à cet effet décidé de tenir des réunions dans la capitale, Kairouan et Sfax,  en présence de responsables régionaux et locaux intervenants dans ces élections pour souligner la nécessité de l’impartialité et de leur rappeler les textes juridiques qui stipulent la non ingérence des autorités gouvernementales, régionales et locales dans toutes les étapes du processus électoral et les sanctions prévus par les lois à l’encontre des contrevenants.

Il y a une crainte quant à un taux de participation faible en raison d’une aversion pour la politique et les politiciens. Comment comptez-vous convaincre les gens de l’importance de ces élections pour les exhorter à mieux participer?

Nous travaillons sur ce sujet, qui n’est pas du seul ressort de la Haute instance indépendante des élections et nous sommes en train de préparer une campagne de sensibilisation pour inciter les citoyens à participer massivement. Et je suis optimiste quant au bon taux d’inscription qui se justifie par le fait que ces élections sont locales et proche des préoccupations des citoyens.

Ceci-dit, la question de la participation reste fortement liée au niveau de la prise de conscience du citoyen quant à l’importance de cette échéance électorale. Nous espérons, dans le même sillage, que les partis, les acteurs de la société civile et les médias, contribuent aux côtés de l’ISIE, à sensibiliser les citoyens à l’importance d’aller aux urnes.

Dans les élections de 2011 et 2014, les médias ont joué un rôle dans  l’influence de l’opinion publique en faisant campagne pour tel ou autre parti, avant et pendant la campagne électorale, en publiant les résultats des sondages, et avons entendu beaucoup parler de l’intervention de l’argent sale lors des élections. La situation sera-t-elle différente cette fois et comment?

Le dossier de l’intervention des médias dans les élections afin d’influencer les intentions de vote doit être ouvert et un dispositif juridique  qui dotera l’ISIE les pouvoirs qui l’habilitent à renforcer son pouvoir de surveillance en relation avec cette question et bien d’autres, doit être mis sur pied.

Car, il faut le reconnaitre, les mesures dissuasives en vigueur actuellement sont faibles, puisque l’instance n’est autorisée qu’à signaler au parquet les délits électoraux qui sont passibles uniquement d’amendes que le contrevenant est déjà en capacité de payer préalablement en toute quiétude. Quant à la publication des résultats des sondages d’opinion, elle s’est arrêtée depuis une période. En ce qui concerne l’argent sale, il est à signaler que plusieurs parties prennent part au contrôle tel que la Banque Centrale, la Cour des comptes et l’ISIE. Mais le problème réside dans le fait que personne n’observe les acteurs de la vie politique alors qu’il s’agit de veiller à garantir un climat politique sain et qu’on arrive à maintenir le principe de l’égalité des chances entre tous les candidats.  Cette question doit être débattue et traitée d’une manière sérieuse.

Selon quelles règles sera servi le financement public aux partis participant  à ces élections, et est-ce que tous les partis se sont acquittés de leur dus  au profit de l’État depuis les élections de 2014?

Dans ces élections, le mécanisme de remboursement des dépenses sera mis en œuvre, c’est-à-dire que chaque liste supportera les frais de sa campagne, et ne sera remboursée que si elle reçoit au moins 3% des voix. C’est une bonne solution pour éviter que les listes perdantes ne restent redevables de l’argent aux caisses de l’Etat, comme ce fut le cas pour de nombreux partis lors des élections de 2011 et de 2014. Le législateur a constaté cette défaillance et cette année, nous avons exigé que les partis doivent fournir les justificatifs du paiement de leurs dettes à l’État, parmi les pièces constitutifs de leurs dossiers de candidature  aux élections municipales.

Quand est-ce que le Code des collectivités locales sera-t-il prêt et est-ce que vous êtes en train de coordonner avec l’Assemblée des Représentants du Peuple pour accélérer son approbation avant les élections?

Nous avons tenu une réunion consultative avec les dirigeants des partis en présence des représentants de la Présidence de la République, de la Présidence du Gouvernement  et des représentants de l’Assemblée des Représentants du Peuple à l’issue de laquelle nous avons convenus de l’engagement de la Présidence du Gouvernement à promulguer le calendrier de la tenue des élections municipales au Journal Officiel de Tunisie et ce fut fait, de l’engagement de la Présidence de la République de promulguer le décret qui appelle à la tenue des élections, chose déjà faite, ainsi que de l’engagement de l’ARP à approuver dans les délais impartis le code des collectivités locales, ce que nous sommes encore en train d’attendre.

A notre connaissance, l’examen du Code des collectivités locales est en cours à l’ARP. Son examen est déjà à un stade très avancé et il y a une détermination au niveau de  l’ARP pour son approbation au cours des prochaines semaines, soit avant les élections.

Qu’en est-il de la participation des militaires et des agents des forces de la sécurité dans  ces élections?

Selon ce qui a été convenu dans le code électoral, les militaires et les forces de sécurité participeront aux élections le 29 Avril 2018, soit une semaine avant, le jour du suffrage publique, mais le dépouillement des voix aura lieu en même temps que ceux des autres citoyens.

De ce fait, les bureaux de vote ouvriront leurs portes spécialement à ces agents pour leur permettre d’exprimer leurs voix, tout en sachant que leur nombre est réduit. Ceci-dit, c’est la première fois en Tunisie que les militaires et les agents des forces de sécurité participeront au même titre que leurs concitoyens aux élections et s’acquitteront de leur devoir citoyen.

Le siège de la Haute Instance indépendante des élections (ISIE) a récemment accueilli une réunion du bureau directeur de l’instance avec l’ambassadeur de France en Tunisie, ce qui a suscité une controverse et des critiques à l’adresse du bureau directeur de l’Instance. Peut-on en savoir plus sur l’objet de cette réunion ?

L’Instance a tenu plusieurs réunions avec un certain nombre d’ambassadeurs (ambassadeur des USA, de la Roumanie, du Mali, de l’Algérie, de l’Inde et bien d’autres…).  Ce genre de réunion n’est pas nouveau et a eu lieu également pendant les élections de 2011 et de 2014.

L’instance a des relations avec les organismes internationaux en rapport avec les élections. Il y a un échange d’expériences et une de coopération en matière  de la formation. On participe également en tant qu’observateur  dans des opérations électorales dans plusieurs pays. Il  y a aussi des conventions signées avec plusieurs pays et des organisations internationales qui nous apportent aide et soutien sachant bien que la Tunisie est membre des Nations Unies.

Quant à la visite de l’ambassadeur de France, elle a fait suite à une demande formulée déjà au mois de décembre dernier.  Le ministère des Affaires étrangères en a été informé comme c’est le cas pour les autres rencontres avec d’autres ambassadeurs. La rencontre n’a durée qu’une demi-heure. Il faut garder à l’esprit que dans le monde on considère la Tunisie comme un modèle de démocratie dans le monde arabe, et on suit avec attention sa transition démocratique et on veut se rassurer quant au bon déroulement des élections municipales. De ce fait, le message de confiance ne peut parvenir que de la Haute instance indépendante des élections, la seule partie habilitée  légalement et constitutionnellement à superviser les élections et à garantir son succès et à protéger ainsi la démocratie en Tunisie.  Nous avons assuré à tous que la Tunisie est prête à ces élections, ni plus ni moins, et il n’y a, dans ce genre de rencontre, aucune ingérence ou atteinte à la souveraineté nationale. D’ailleurs, la rencontre a été ouverte et en présence de tous les membres de l’instance.

Êtes-vous réellement prêt pour ces élections?

Nous sommes vraiment prêts et il y a une grande préparation au niveau de l’Instance et de ses branches pour assurer le succès de ces élections et garantir son déroulement dans les meilleures conditions.

Et comme nous avons réussi à organiser les élections de 2011 et de 2014,  nous saurons aussi réussir cette fois-ci grâce à la bonne disposition et au dévouement  de tout le monde.

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