BETA MODE
France : le chômage en baisse sa baisse, à quel prix ? - Majalla Magazine
  • Edition actuelle

Economie

France : le chômage en baisse sa baisse, à quel prix ?

Le logo du Pôle Emploi  (Getty)
Le logo du Pôle Emploi (Getty)

 

Par Nasreddine Ben Hadid

Concernant le chômage en France et partout en Europe, toute baisse est non seulement bien vue, mais considérée comme une réussite et même une prouesse. Car la peur d’une augmentation est plus gênante et même plus stressant encore. Les chiffres du 1er trimestre 2018 publiés mercredi par Pôle emploi confirment la légère baisse du chômage au premier trimestre. Sur un an, le chômage a baissé de 1,2%, mais le nombre de travailleurs précaires est en hausse.

Certes, tout l’arsenal politique et médiatique est unanime ou presque : Travailler est mieux que vivre le chômage. Mais rares sont ceux qui comparent avec méthodologie et en usant des outils scientifiques, entre le chômage et la précarité grandissante d’une partie grandissante aussi de la population.

Le Pôle emploi indique dans ses derniers chiffres que le nombre de chômeurs inscrits, a baissé au 1er trimestre de 32.100 (-0,9%), pour s’établir à 3,70 millions de personnes en France, soit son plus bas niveau depuis le 3e trimestre 2014.

Dans les détails, de janvier à mars, le chômage a baissé en métropole de 1,0%, mais a augmenté dans les Outre-mer de 0,4% (hors Mayotte).

Fait marquant et révélateur, une hausse significative du nombre de demandeurs d’emploi exerçant une activité (+1,5%), qui a atteint 2,23 millions. Un chiffre en hausse ininterrompue depuis la crise de 2008. Chose qui prouve une augmentation de ceux et celles qui considèrent que l’emploi présent, ne peut leur offrir une vie respectable.

Plus que les statistiques, il faut se demander quant aux postes offerts à ces demandeurs, et chercher à établir les causes de cette précarité qui touche de plus en plus l’emploi. Car le nombre de demandeurs d’emploi, avec ou sans activité, est resté stable ou presque sur le trimestre, à 5,93 millions. Cette situation illustre, pour certains syndicats, une précarisation du marché du travail.

Le Gouvernement veut exploiter un fait, le mettre en exergue et surtout en face le socle de sa communication politique : Sur un an, le chômage a baissé de 1,2%. Oubliant de rappeler ou d’ajouter que le nombre de demandeurs d’emploi, petite activité comprise, a augmenté de 2,1 %.

Les grèves à répétition que vit la France actuellement et le malaise social ambiant, montre et démontre, que la stabilité socioéconomique ne peut être tributaire uniquement d’une «régression» du chômage uniquement.

La preuve : Le chômage de longue durée a fortement augmenté au 1er trimestre : en incluant les demandeurs d’emploi ayant exercé une activité, 2,74 millions étaient inscrits depuis plus d’un an. Un chiffre en hausse de 1,9 % sur le trimestre et de 6,5 % sur l’année.

Si chômage est synonyme de précarité qui risque de conduire à l’exclusion de la société, avoir un emploi ne peut parfois guère améliorer l’ordinaire ou assurer une vie décente. De ce fait, sur le plan psychologique, mais aussi social, la nature de l’emploi, le salaire, et la forme du contrat, jouent à la fois un rôle déterminant pour savoir si travailler peut conduire à une forme comme une autre de respectabilité de soi en premier. Mais aussi de dignité que les chômeurs pensaient être les seuls à ne pas en disposer.

Avec la nouvelle version du Code du travail, travailler n’a plus la même valeur, mais aussi ne peut apporter cette certitude que sentait la classe ouvrière d’antan. Certes, les chiffres comptent et peuvent apporter des renseignements importants. Mais faut-il placer ces informations dans leurs contextes et surtout analyser le nouveau rapport de force, qui se joue actuellement entre un patronat toujours avide et une classe ouvrière certes, agitée et même tendue, mais surtout en mal de paix social et de quiétude…

Article précédentArticle suivant

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *