• Edition actuelle

Cover Story

L’Umuganda : travail communautaire obligatoire au Rwanda

 

Par Majalla

Le mot «Umuganda» n’existe dans aucun dictionnaireة d’aucune langue au monde, sauf au Rwanda. Un mot qui pèse lourd et qui risque d’entrainer des sanctions. Il concerne un travail communautaire obligatoire que tout citoyen doit accomplir sans recevoir de salaire ou prime en échange. Les absents, récalcitrants et retardataires, sont sujets à des sanctions.

Un fois par mois, sous peine d’amende, les Rwandais sont priés de travailler gratuitement au service de la communauté. Ces travaux obligatoires visent officiellement à renforcer l’unité nationale. Pas uniquement : Aussi, instaurer la discipline, sans oublier un gain net pour les caisses de l’Etat.

En clair : Le dernier samedi de chaque mois, de 8 heures à 11 heures, chaque Rwandais doit participer au travail communautaire afin de servir la collectivité. Ou porter aide et soins à une personne en situation difficile.

Les travaux se programment au gré des besoins de chaque communauté (en construisant un pont, une école, un centre de soins…). L’Umuganda est inscrit dans la Constitution rwandaise et une absence non justifiée peut être sanctionnée par une amende allant de 1.000 à 5.000 francs rwandais (entre 1 et 5 euros). Mais le fait de ne pas participer au travail communautaire pourrait surtout faire passer le contrevenant pour «un lâche», ce qui est plus grave qu’une amende. Il pourrait aussi se faire blâmer lors d’une réunion publique et perdre sa crédibilité.

La participation au travail communautaire est obligatoire pour toute personne considérée comme apte, homme ou femme, entre 18 et 60 ans. Il existe quelques possibilités d’aménagement, comme pour les adventistes qui ne travaillent pas le samedi, mais toute absence doit être justifiée par l’envoi d’un SMS ou d’un coup de téléphone à une autorité locale.

Même au sommet de l’Etat, la participation est obligatoire, mais surtout symbolique. Le Président  Paul Kagamé donne du sien, et offre l’exemple d’une action collective, fédératrice, mais surtout qui outrepasse les postes et ne peut tenir compte du rang social ou politique.

En plus de l’importance des Gacaca (ces tribunaux populaires qui ont jugé près de 2 millions de personnes jusqu’en 2012) et l’importance du fait religieux, l’Umuganda vient en outil socio-psychologique qui participe à faire vivre les Rwandais ensemble. Surtout après des génocides qui ont fait plus de 800.000 victimes, entre avril et juillet 1994. Certes le temps est passé, mais ce sang est encore présent dans les mémoires et ne peut être de l’histoire ancienne.

Il faut noter que l’Umuganda ne date pas d’hier et n’a pas été inventé par le régime en place, qui en fait son cheval de bataille. Elle revient à des temps anciens, bien avant la période colonial.

L’ Umuganda veut dire «le pilier de la maison» en dialecte du kinyarwanda, se décide par un comité local composé d’élusة mais doit émaner des citoyens. Les outils et autres ustensiles, sans oublier les matériaux, sont payés par la collectivité.

Cette tâche communautaire fait-elle le bonheur des gens qu’y participent, tant ils offrent leurs labeurs et leurs efforts à la communauté ? Ou bien, il s’agit d’une forme comme une autre de «travaux forcés» qui outrepasse la propre conviction de chaque participant ?

Les avis divergent essentiellement concernant les finalités qui sont derrière cette obligation communautaire. Son caractère obligatoire et même les amendes concernant les absents, en font un outil d’Etat par excellence, essentiellement pour installer son autorité et surtout assurer un meilleur contrôle de la population.

Aussi, son caractère ancestral et surtout son ancrage entant qu’héritage national allant dans l’histoire bien avant la présence coloniale, pousse beaucoup à y participer de plein gré.

En tout cas le pouvoir y compte beaucoup afin d’impliquer le commun des citoyen dans un œuvre fédératrice et en plus identitaire au premier degré…

Article précédentArticle suivant

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *