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La femme en Iran gagne-t-elle son combat contre la ségrégation? - Majalla Magazine
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La femme en Iran gagne-t-elle son combat contre la ségrégation?

Une femme iranienne, cachant son visage pour ne pas être identifiée, dresse une pancarte lors d'une manifestation devant le bâtiment judiciaire le 22 octobre 2014 à Ispahan, à 450 kilomètres au sud de Téhéran, en solidarité avec des femmes blessées dans une série d'attaques à l'acide. (Getty)
Une femme iranienne, cachant son visage pour ne pas être identifiée, dresse une pancarte lors d’une manifestation devant le bâtiment judiciaire le 22 octobre 2014 à Ispahan, à 450 kilomètres au sud de Téhéran, en solidarité avec des femmes blessées dans une série d’attaques à l’acide. (Getty)

Londres – Hanane Azizi

L’information est surprenante : Une jeune fille connue plus tard sous le nom de «la fille de l’Avenue de la révolution» a enlevé son voile à la Place putsch (de la Révolution), un peu avant les manifestations massives qui ont secoué l’Iran entre décembre 2017 et janvier 2018, pour protester contre l’obligation faite à la femme par la République Islamique Iranienne de porter le voile.

Wida Mouahd (son nom) en tenue noire très simple, est montée sur une estrade, et a enlevé son voile. Puis a commencé à l’agiter avec un bâton, en signe de droit de refus de porter le voile.

Cette information a eu l’effet d’une bombe dans le pays et sur les réseaux sociaux en Iran, et a été le point initiateur pour des femmes de tous âges à Téhéran et dans les villes iraniennes, pour refuser le port obligatoire du voile.

Le mouvement a été vu en genèse d’un mouvement de désobéissance civile, en refus du port obligatoire du voile. Mouvement qui a pris de l’ampleur, en touchant différentes régions iraniennes.

La République islamique a commencé ses politiques discriminatoires contre les femmes en imposant le soi-disant «voile islamique» et en jetant les bases d’autres pratiques discriminatoires contre les femmes après la révolution islamique de 1979.

Khomeiny a émis des ordonnances interdisant l’entrée des femmes dans les ministères sans le voile islamique 24 jours après la révolution. De ce fait le port du voile est devenu un fait accompli et une réalité dans tous les lieux publics en 1981. La loi iranienne prévoit une peine de 10 jours à deux mois ou 74 coups de fouet, à l’encontre de toute celle qui ne porte pas le voile. De la sorte, l’imposition du voile pour les femmes a constitué la première violation et pratique, discriminatoires, contre les femmes sous la République islamique.

Le terme «voile» en Iran est synonyme de la tenue islamique appropriée pour les femmes, et en conséquence toutes les femmes doivent couvrir toutes les parties de leur corps, à l’exception du visage et des mains.

Ce mouvement montre le mécontentement et la protestation qui en découle, d’un grand nombre de femmes contre le gouvernement religieux. Elles sont colère par qu’il n’y a pas de séparation entre la religion et l’État. Pire encore, l’Etat impose la religion dans toutes les questions de la vie, et restreint les libertés civiles.

Le mouvement anti-voile a commencé en même temps que l’imposition du voile par la République islamique, une répression généralisée contre les opposants politiques et une vague d’exécutions à travers le pays. Les femmes qui s’opposent au port du voile, ont recours à différentes façons de refus et de résistance. Un grand nombre de femmes ont exprimé leur refus de porter le foulard de différentes façons. A l’instar de l’usage de couleurs claires pour le foulard. Sachant que les autorités considéraient ces couleurs comme non islamiques, ou faire reculer le foulard et laisser apparaitre une mèche de cheveux. Sans oublier les tenues jugées subversives et non conformes aux règles islamiques.

Les autorités ont nommé cette rébellion «la non-conformité au voile», et ont alloué des sommes considérables du budget dans le but de discréditer ces femmes qui ne se conforment pas au voile islamique. Aussi des patrouilles de la police des mœurs, ainsi que la police religieuse, avec pour mission d’arrêter toute femme qui n’observe pas le voile islamique. Sachant que ces femmes subissent bastonnade, brimades, ainsi que des insultes. Sans oublier les amendes et l’incarcération.

En 2007, un haut responsable de la police de Téhéran, a déclaré que la police des mœurs avait arrêté en moyenne 150 femmes chaque jour pour non-conformité au voile islamique, et avait mis en garde 1 500 femmes.

À la galerie Ashianeh à Téhéran le 28 février 2018, une femme regardant des œuvres d'art réalisées par des victimes iraniennes d'attaques acides. (Getty)
À la galerie Ashianeh à Téhéran le 28 février 2018, une femme regardant des œuvres d’art réalisées par des victimes iraniennes d’attaques acides. (Getty)

Selon les statistiques officielles publiées par les médias iraniens, rapportant des autorités policières et judiciaires, 30.000 femmes ont été arrêtées et autres 500 000 autres ont été mises en garde pour non-conformité avec le voile islamique, durant toute la décennie 2003-2013. Des dossiers judiciaires ont été instruits concernant 4.500 femmes dans le cadre de poursuites en raison du non-respect des lois islamiques, concernant le voile islamique.

Les observateurs considèrent qu’en parallèle de ce qu’on appelle les «filles de la rue de la Révolution», les protestations des femmes sont passées au stade de la confrontation publique, sans peur de se mettre de contre toutes les formes de la tyrannie religieuse dirigeante et misogyne en Iran.

Des pratiques discriminatoires à l’égard des femmes se manifestent dans d’autres secteurs, tels que le sport, où les femmes sont empêchées d’accéder aux stades. Les autorités exigent que les joueuses de football en salle portent le foulard et la tenue islamiques. Sachant que les hommes ne peuvent accéder à ces salles. Aussi, ces matchs ne sont pas transmis à la télévision. Toutes ces pratiques constituent une entrave à l’encontre des femmes douées qui veulent pratiquer en professionnelles.

Selon Majid Abhari, un conseiller de commission économique du parlement iranien : «Il y a des emplois que les femmes ne peuvent pas exercer». Cette déclaration explique pourquoi les femmes n’occupent pas des postes élevés en République islamique, car le système est fondé sur une vision discriminatoire à l’encontre de la femme.

Le système éducatif discriminatoire est l’un des défis auxquels sont confrontées les femmes en Iran: La séparation entre les sexes est une pratique observée depuis le primaire. Chaque sexe dispose de ses propres écoles. Cette pratique iranienne a montré qu’en absence de lieux à l’instar de l’école, où les sexes cohabitent, de nombreux problèmes sociaux surgiront, centrés sur le manque de la connaissance mutuelle et sur la base des fausses images de l’autre. La séparation des sexes a atteint aujourd’hui les universités sous prétexte d’islamisation. Selon le Guide iranien Ali Khamenei : «L’islamisation des universités comporte des significations profondes et globales, et elle est devenue un besoin nécessaire, et même vital».

La question de la séparation entre les sexes dans les universités, remonte à près de huit ans et a été appliquée dans un certain nombre d’universités, comme l’Université du savant Tabatabaii à Téhéran.

l’agence étudiante «ISNA» rapporte les propos d’un membre du comité d’enseignement à l’Université du savant Tabatabaii, qui lui a déclaré en 15 avril 2014 : «Ce projet n’a eu aucun impact positif sur l’université, car il a entraîné une réduction significative de la concurrence entre les étudiants».

Ajoutant : «Lorsque les étudiants des deux sexes sont placés dans des classes séparées, l’étudiant considère son collègue comme une simple marchandise, mais si les étudiants des deux sexes se rencontrent en une seule classe, cette image sera réduite et les étudiantes seront considérés comme des femmes disposant d’un savoir-faire».

Ne serait-il pas préférable pour les autorités de la République islamique d’améliorer les systèmes éducatifs dans les écoles et les universités, d’offrir des emplois aux diplômés, de réhabiliter l’élite, et d’empêcher la fuite des cerveaux Iraniens. Mieux que dépenser toute l’énergie dans la séparation des deux sexes. Les autorités n’ont pas essayé de trouver des solutions à ces problèmes. Pire encore, elles imposent des restrictions plus draconiennes aux étudiantes dans les universités depuis 2012, où les filles n’ont pas le droit d’étudier dans la plupart des branches de l’ingénierie et certaines branches de la médecine dans les universités.

Les adeptes de la séparation entre les sexes considèrent que le fait de mélanger les deux, conduit indiscutablement à la corruption morale et empêche les étudiants d’étudier. Le pourcentage de femmes disposant du droit d’entrée à l’université, a dépassé depuis une décennie celui des hommes, sachant qu’en 2009, 7062 étudiantes ont pu accéder à l’université, contre 3030 pour les étudiants. La République islamique a adopté des mesures pour changer cette équation, y compris des restrictions concernant les filles. A l’instar de l’interdiction aux filles de s’inscrire dans 77 universités. Chose qui a provoqué des manifestations monstres en Iran.

L’Article 2 de la Déclaration universelle des droits de l’homme stipule que toute personne a droit à disposer de tous les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration sans distinction d’aucune sorte, en particulier fondée sur la race, la couleur, le sexe et autres. Les lois de la République islamique ne respectent pas ces principes qui ont ouvert la voie à un système injuste basé sur la discrimination sexuelle.

Le Code pénal islamique en Iran fixe l’âge de la majorité légale à 9 ans pour les femmes et 15 ans pour les hommes. Chose qui signifie que si une fille de 9 ans ou plus commet un délit punissable, la même peine s’applique aux hommes de 15 ans. Le code pénal islamique de la République islamique d’Iran stipule également que le rang des femmes est inférieur à celui des hommes.

Le code pénal ne prévoit pas de sanctions sévères pour un père qui tue sa fille, qui a commun un adultère ou un mari qui tue sa femme pour la même raison. Par exemple, un homme a tué sa fille de 16 ans à Téhéran en 2008 et a déclaré à la police qu’il la soupçonnait depuis un certain temps. Ajoutant qu’elle avait quitté la maison tôt le matin, pour la tuer à son retour, en tirant deux balles sur elle. La police a déclaré dans son rapport que la famille avait l’air, heureuse parce qu’elle s’est débarrassée de la fille qui lui a apporté la honte. Un parent peut être condamné à 3 à 10 ans de prison si la famille n’est pas satisfaite.

Les lois iraniennes ont maintenu la condamnation à mort pour punir l’adultère. Cette punition concernerait les femmes plus que les hommes. En 1998, les exécutions ont été nombreuses, 7 personnes, dont 5 femmes, qui ont été lapidées. Ce châtiment ne s’applique que rarement aux hommes, car peuvent prétendre au mariage temporaire. Les lois iraniennes autorisent la polygamie pour un homme, qui peut à la fois conclure un mariage permanent et à un mariage temporaire.

La pauvreté, la toxicomanie et la violence domestique sont les raisons les plus importantes pour les femmes de pratiquer ce que les lois iraniennes appellent l’adultère, qui en résulte la lapidation. Selon les lois iraniennes, la valeur de la vie d’une femme, est la moitié de la valeur de la vie d’un homme. Par exemple, la mort d’un homme par accident de la circulation, fait disposer sa famille d’une assurance, qui est le double de ce que peuvent toucher les parents d’une femme morte dans des circonstances analogues. La législation iranienne considère qu’une femme est dépositaire d’une raison, qui est la moitié de ce qu’un homme peut en disposer. Pour cette raison la même proportion est observée par les tribunaux pour les témoignages. Cette vision discriminatoire est un obstacle pour les femmes iraniennes à occuper des postes de responsabilité dans le système judiciaire. Juge par exemple.

En Iran, en tant qu’État chiite, il existe un système de mariage sous le titre de «mariage temporaire» ou de mariage de jouissance, qui permet à un homme d’épouser temporairement un nombre illimité de femmes, en plus de son épouse. Ce modèle de mariage est encore pratiqué dans l’islam chiite et en Iran. Le modèle a longtemps été sujet de controverse entre partisans et opposants, en particulier les militants des droits des femmes et les intellectuels.

Il existe en Iran de nombreux pratiques et lois injustes contre les femmes. Comme la nécessité d’obtenir l’autorisation du mari pour se faire délivrer un passeport et voyager à l’étranger.

Les lois iraniennes accordent la garde des enfants – en cas de séparation – à la mère jusqu’à ce que l’enfant atteigne l’âge de sept ans et transfèrent automatiquement la garde au père.

Les femmes iraniennes n’ont pas pu accéder au poste de juge, où un grand nombre de femmes, dont Shirin Ebadi, lauréate du prix Nobel de la paix, ont été empêchées d’exercer les fonctions de juge après la révolution islamique de 1979. La plupart des juristes pensent que Les femmes ne peuvent pas être juges en raison de leur handicap et de autres insuffisances.

Il convient de noter que les femmes iraniennes, malgré la participation aux élections et le droit de vote et la liberté d’exister dans des lieux publics sans la présence d’un parent accompagnateur, connaissent des taux élevés de participation et de succès aux examens d’entrée universitaires. Par contre, elles subissent des pratiques discriminatoires ancrées dans les législations et les institutions du pouvoir. Les législations iraniennes considèrent la femme toujours dépendante de l’homme. Et en besoin de la protection de l’homme et de l’Etat. Par conséquence elle est citoyenne de seconde position.

La nomination de 9 femmes ministres au gouvernement des Emirats Arabes Unis en 2017 a soulevé une vague de réactions entre les activistes des droits des femmes et les activistes des réseaux sociaux en Iran, où la situation des femmes en Iran et aux EAU a été comparée. Certains ont souligné d’un ton vif le déclin du rôle des femmes en Iran par rapport à leurs homologues des EAU, critiquant le gouvernement du président Rouhani et ses politiques concernant les femmes. Mais la question posée par cette catégorie est la suivante: Ce changement dans la situation des femmes dans un certain nombre de pays arabes, y compris l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, conduit-il à une vague de changements de la situation des femmes iraniennes? Un certain nombre d’observateurs croient que la réponse à cette question peut être positive. Le mouvement des femmes en Iran est dans un état de désespoir en raison de l’atmosphère sécuritaire et policière qui réprime tout mouvement de femmes civiles. Mais quand la femme iranienne voit que ses homologues saoudiens ou émiratis ont accompli de grandes choses qui ont amélioré leur situation, cela les incite à ne pas céder et à continuer à revendiquer leurs droits et à réaliser maintenant que leurs droits ne sont pas impossibles à concrétiser.

 

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