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Le verdict des urnes a été dur

Souad Abderrahim (C), membre du parti tunisien Ennahdha, jubile après avoir remporté les élections municipales devant le siège du mouvement à Tunis, le 6 mai 2018. - Le mouvement islamiste Ennahdha revendique la victoire, après les premiers résultats élections depuis la révolution de 2011. (Getty)
Souad Abderrahim (C), membre du parti tunisien Ennahdha, jubile après avoir remporté les élections municipales devant le siège du mouvement à Tunis, le 6 mai 2018. – Le mouvement islamiste Ennahdha revendique la victoire, après les premiers résultats élections depuis la révolution de 2011. (Getty)

 

Par Chokri Ben Nessir

Les résultats préliminaires des premières élections municipales après 2011, ont fait ressortir un faible taux de participation. C’est au fait un vote sanction contre la classe politique, qui après sept ans après la chute du régime de Zine El-Abidine Ben Ali, ne fait qu’entretenir le désenchantement des citoyens entre hausse des prix, crises politiques à répétition, corruption, chômage élevé et une économie qui cale.

De ce fait, seul un électeur sur trois seulement s’est rendu aux urnes dimanche dernier pour les premières élections municipales de post-révolution. Soit une abstention massive de l’ordre de 66% qui sonne comme un désaveu cuisant pour la classe politique aux manettes depuis le Printemps arabe. En effet, pour le quatrième scrutin organisé dans le pays depuis la révolution, et le premier au niveau local, la participation n’a atteint que 33,7% au niveau national et seulement 26% à Tunis, selon l’instance en charge des élections, l’Isie. Lors des dernières élections nationales de 2014, le taux de participation avait dépassé les 50%.

Les indépendants en tête

Et même si les résultats officiels ne seront connus que dans les jours à venir, les listes indépendantes ont réalisé une grande percée (33%), damant le pion aux partis. C’est ainsi que Ennahdha (parti islamiste) a raflé 28% des voix alors que Nidaa Tounès (parti du président Beji Caïed Essebssi, fondé en 2012) n’a réussi qu’à avoir 20% des voix.

Il est à signaler que ces deux partis ont perdu plus de deux millions d’électeurs par rapport aux élections législatives et présidentielle de 2014. Pour le secrétaire général de la puissante syndicale UGTT, Noureddine Taboubi, « les Tunisiens sont en colère contre tous les politiciens ». M. Taboubi a de nouveau appelé à un remaniement, estimant « nécessaire de pomper du sang neuf dans les articulations de l’Etat ».

En effet, il estime que les électeurs ont adressé un message clair envers les partis établis et note que la fuite de l’électorat vers des listes ne s’affichant pas comme partisanes » et « une abstention de sanction », devrait montrer la voix.

Pour les analystes, cette percée des indépendants, bien qu’éparpillés, montre qu’un renouveau politique se met en place, même si les partis sont parvenus à maintenir leur assise.

Alliés de circonstance

Il n’empêche, se réjouissant de leurs scores respectifs, qui les conforte dans leur position de principales forces politiques du pays, les deux principaux partis, Ennhdha et Nidaa Tounes, alliés de circonstance depuis plus de trois ans, sont bien partis pour croiser les armes puisque la bataille pour élire les maires des grandes villes en Tunisie, dont la capitale Tunis, a bel et bien commencé.

Même s’ils se classent en tête des partis à l’issue de ce scrutin, Ennahdha et Nidaa Tounes, sont incapables de gérer à eux seuls les conseils municipaux. Pour cela, Ennahdha a exprimé son souhait de maintenir la coalition avec Nidaa Tounes sur le plan local. Tandis que Wissem Saïdi, un responsable à Nidaa Tounès, a affirmé qu’ « Il n’y a aucune intention de faire des alliances avec Ennahdha pour les municipales » et que son parti serait en mesure de « constituer une majorité » autour de son candidat Kamel Idir, « futur maire de Tunis », selon lui.

« Le peuple tunisien a élu une femme, » a clamé la candidate d’Ennahdha dans la capitale, Souad Abderrahim, en estimant sur les ondes de Radio Med qu’elle était en bonne voie pour accéder à ce poste jusque-là attribué par le président de la République. Elle deviendrait ainsi la première femme à administrer Tunis.

« Je ne pense pas que le consensus (entre les principaux partis) aille à l’encontre de la volonté du peuple », a-t-elle par ailleurs commenté. Un éventuel bras de fer pourrait peser sur l’équilibre politique au niveau national, qui repose depuis les scrutins nationaux de 2014 sur une alliance de circonstance entre Nidaa Tounès et Ennahdha.

Un scrutin crédible

Pour sa part, la mission d’observation de l’Union européenne a estimé que les premières élections municipales démocratiques en Tunisie avaient été « un scrutin crédible », tout en déplorant des « faiblesses techniques » et une importante abstention, notamment chez les jeunes, a déclaré à la presse le chef de cette mission, Fabio Massimo Castaldo, vice-président du Parlement européen. « Les électeurs tunisiens ont pu exprimer leur choix librement, au cours d’un scrutin crédible », a-t-il déclaré.

Ces élections, dont les résultats n’ont pas encore été officialisés, se sont déroulées « dans le calme » et « constituent un pas historique dans la réalisation de la décentralisation prévue par la Constitution », a-t-il souligné.

La mission d’observation s’est néanmoins montrée un peu plus critique que lors des élections législatives et présidentielle de 2014, estimant que ce premier scrutin local depuis la révolution de 2011 avait pâti d’un manque de visibilité et d’une importante abstention.

Mohamed Tlili Mansri (C), président de la Haute Autorité indépendante pour les élections (ISIE), participe à une conférence de presse à Tunis le 9 mai 2018 pour annoncer les résultats définitifs des premières élections municipales libres depuis la révolution de 2011. (Getty)
Mohamed Tlili Mansri (C), président de la Haute Autorité indépendante pour les élections (ISIE), participe à une conférence de presse à Tunis le 9 mai 2018 pour annoncer les résultats définitifs des premières élections municipales libres depuis la révolution de 2011. (Getty)

« Le scrutin a été marqué par certaines faiblesses techniques et une participation assez modeste dont il faudra tirer les leçons. En particulier, la faible participation des jeunes est un sujet de préoccupation », a remarqué M. Castaldo.

Castaldo, a exprimé l’espoir de voir une meilleure participation des jeunes « pas seulement en tant que candidats, mais aussi comme électeurs », tout en disant comprendre « leur déception, sept ans après la révolution, face aux difficultés économiques et sociales ».

Une campagne peu dynamique

La campagne électorale est restée peu dynamique et sa couverture médiatique « généralement équilibrée mais faible », a déploré M. Castaldo. En cause, selon les observateurs européens: des plafonds bas de dépenses de campagne, l’interdiction aux élus nationaux de participer à la campagne municipale, et des règles complexes imposées aux médias pour respecter l’équité du temps de parole.

Un soulagement partagé par l’Isie, qui a organisé ce scrutin sans précédent en moins de cinq mois, et a dû compter sur l’adoption tardive d’un Code précisant les prérogatives des municipalités, qui n’a été voté qu’après le début de la campagne électorale.

« Le plus important pour nous, c’est que les élections municipales ont eu lieu, c’est un moment historique », a déclaré à l’AFP Mohamed Tlili Mansri, président de l’Isie. Pour l’abstention, « nous ferons mieux la prochaine fois », a-t-il ajouté.

« Cette abstention représente une forme de punition pour la coalition au pouvoir, Nidaa et Ennahdha, parce qu’ils ont fait des promesses sans les tenir, surtout envers les jeunes », a de son côté clamé Hamma Hammami, responsable du Front populaire, principale formation de gauche, dans l’opposition.

Et la grande inconnue ou la surprise n°1, ces listes indépendantes qui ont glané 33% des voix comptabilisées jusqu’ici parvenant à battre aussi bien Ennahdha que Nida Tounès et à s’imposer comme la première force du pays qu’on va essayer de courtiser, de séduire et d’attirer dans ses rangs, en contrepartie, à coup sûr, de promesses ou d’assurances.

Les indépendants courtisés

Et même si Borhène Bsaïes, le chef du département politique de Nida Tounès, a déjà sauté le pas en déclarant que son parti négocie déjà avec les listes indépendantes proches de ses thèses la possibilité de coaliser au sein de certaines municipalités où ils ont gagné des sièges, rien n’indique que les indépendants vont foncer tête baissée dans les coalitions que leur proposent les nidaistes ou les nahdhaouis qui jusqu’ici gardent le silence et refusent de se prononcer sur ce qu’ils réservent aux listes indépendantes dites proches de Montplaisir.

Il n’empêche, au-delà de ces municipales, les tensions dans chaque parti et entre les principales formations risquent de s’exacerber à l’approche des échéances électorales (législatives et présidentielle) de 2019.

 

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