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Les gitans : une guerre d’images…

Par Nasreddine Ben Hadid

L’exposition «Mondes tsiganes, la fabrique des images», qui se tient au Musée national de l’histoire de l’immigration jusqu’au 26 août 2018, démonte les clichés véhiculés sur les communautés romanès.

Si on revient aux documents historiques, on constate que les gitans ont connu plusieurs appellations : Manouches, Kalé, Roms, Romanichels, Gitans, Tsiganes, gens du voyage… de l’avis de tous les historiens, ce «peuple» a été considéré à part, mais lui aussi se considère de la même manière.

Cette image réductrice n’a pas attendu les photos pour se mettre à jour, et dresser une barrière contre les gitans : Selon Ilsen About, commissaire de l’exposition et spécialiste de l’histoire des sociétés romani : «Dès la fin du Moyen-âge et le début de l’époque moderne, les Tsiganes sont présentés comme des figures à la fois fascinantes et repoussantes», avant d’ajouter : «À l’époque romantique, l’itinérance incarne le rêve d’une autre vie et nourrit la poésie et le roman».

«À partir de 1880, l’anthropologie saisit ces populations pour les situer dans «l’échelle des races»». Déjà, à partir des années 1860, photographes amateurs et professionnels vont, à leur tour, être fascinés par les compagnies de chaudronniers venus d’Europe de l’Est et de Russie. Le regard curieux, parfois mis en scène, va rapidement devenir moins bienveillant. Certains ont même osé prendre des portraits face-profil, dans le but de tenter de tirer des généralités physiques.

Ilsen About explique que «les stéréotypes engendrés par la photo vont s’imposer dans la loi», avant d’ajouter que «Dès des 1895-1900, les Tsiganes deviennent une des cibles du contrôle du territoire par la police». L’exposition montre ainsi tout un mur de photographies judiciaires (face-profil) tirées des archives du ministère de l’Intérieur et plusieurs carnets anthropométriques instaurés en 1912 pour surveiller les déplacements des «nomades» sur le territoire français. Le commissaire de l’exposition estime que «L’invention d’une catégorie spécifique «nomade» relève d’une criminalisation de cette population».

La photographie pour les gitans, a été d’un grand apport pour les assimiler à des éternels étrangers et à des asociaux indésirables. Donc, ils représentent une population à surveiller… et surtout  à ficher.

Paradoxalement, certaines périodes ou événements manquent de photos : Comme celles de ces 6.500 Tsiganes internés sous Vichy dans une trentaine de camps sur tout le territoire français. Par ailleurs, très peu d’images montrent les Tsiganes français sédentarisés : «Ils n’intéressent pas, alors qu’une grande partie sont sédentarisés, dans le sud de la France notamment».

Les sociologues sont plus que certains : L’image actuelle des gitans, constitue la résultante de décennies et même de siècles, où l’accumulation de faux clichés a fini par l’emporter sur la réalité. Chose étrange : personne ne veut voir autre que ces images, au point de la considérer comme «identité». A l’inverse beaucoup de gitans ont fini par adapter ces images dégradantes comme images identitaires.

Certes, l’exposition concerne bien les gitans, mais serait réellement et avec exactitude la même pour d’autres populations. Aussi bien en France qu’ailleurs. Italiens, Polonais, et autres Arabes, ont fini par prendre place à coté du «peuple du voyage».

Aussi l’image que vihéculent ces photographies n’a rien à avoir avec la dimension techniques de ces documents. Tant du temps du pleinement numérique rien n’a changé.

Uniquement, d’autres populations sont devenues les «gitans» des temps modernes ?

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