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Une plaie qui ne se refermera jamais

 

Londres – Hanan Azizi

L’annonce du harcèlement sexuel de plus de 16 étudiants par le directeur adjoint d’un lycée masculin à Téhéran, a suscité la controverse parmi les étudiants, la presse et les médias iraniens.

Les médias iraniens ont rapporté que le directeur adjoint d’une école privée située dans le deuxième arrondissement de la capitale, excitait sexuellement les élèves en envoyant et distribuant des films pornographiques dans la mosquée de l’école et dans sa chambre à l’école, puis les agressait sexuellement. L’accusé a cherché à encourager les étudiants à participer à des voyages scolaires qui visaient à assurer des révisions collectives, sachant qu’un certain nombre de cas de ces «agressions sexuelles» ont eu lieu pendant ces voyages.

Ces incidents ont été révélés il y a environ un mois, par la mère d’un élève: «Mon fils est devenu très agressif il y a quelques mois et nous pensions qu’il souffrait d’une maladie. Nous l’avons emmené chez le médecin et continué son traitement avec le psychiatre jusqu’à ce qu’il révèle ce qui lui est arrivé à l’école.»

Bien qu’il n’y ait pas d’informations précises concernant le nombre de victimes du harcèlement sexuel, 17 étudiants suivent actuellement un traitement psychiatrique, dont 16 ont subi des abus sexuellement et connaissent des problèmes psychologiques. Selon d’autres rapports, le nombre de victimes de ces agressions est d’environ 40 élèves.

La police a arrêté l’accusé le 26 mai dernier, après un rassemblement de protestation des parents et une altercation avec l’accusé.

Selon les aveux préliminaires de l’accusé, qui se nomme «Haeri Zadeh», il a nié les accusations d’agression sexuelle et de harcèlement contre les élèves: «Cette affaire remonte à l’année dernière (mars) où quatre ou cinq élèves sont venus dans ma chambre. Malheureusement, je gardais sur mon téléphone portable des films pornographiques, qu’ils ont visionnés. Ensuite nous avons prononcé certains mots à caractère sexuel, par plaisanterie pas plus. La relation s’est limitée à ce niveau ».

Le procureur général de Téhéran, Abbas Jafari, a déclaré, que l’accusé a admis au parquet qu’il avait «gardé des films pornographiques pendant un certain temps sur son téléphone portable et les avait envoyés à un certain nombre d’étudiants», mais a nié les autres accusations portées contre lui.

Selon la mère d’un de ces élèves, dans l’une des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux iraniens : «Le directeur de l’école a été très hésitant à suivre cette affaire et n’a pas pris au sérieux les plaintes des parents contre l’accusé». Ajoutant qu’elle a du porter l’affaire au ministre de l’Éducation et de l’Enseignement. Précisant que «Bien que des caméras soient dispersées dans toute l’école, les responsables de l’établissement ont négligé de les superviser et de suivre ce qui se passait dans l’école en regardant leur contenu».

Le père d’un autre élève, qui a souffert de la même agression, a accusé le directeur de mensonge et le considère impliqué avec son adjoint. «Le directeur et son adjoint faisaient éteindre les caméras dans des endroits où le directeur adjoint harcelait les étudiants. Le directeur a une expérience similaire où il a été expulsé pour les mêmes raisons d’une autre école».

Suite à la controverse et le choc provoqués par la diffusion de ces séquences sur les réseaux sociaux, le ministre de l’Education et de l’Enseignement Mohammad Btahai a déclaré que le directeur de l’école a été suspendu de ses fonctions pour deux ans. Et que la décision finale quant à la poursuite ou non de l’école, est du ressort du Conseil de Surveillance des écoles dans cette zone.

Le Guide sur la ligne de crise

Le 29 mai, le Guide de la Révolution, l’Ayatollah Ali Khamenei, s’est adressé au chef suprême de la magistrature : «L’affaire du crime dans une école de Téhéran a provoqué une grande tristesse. Des mesures urgentes doivent être prises pour juger l’accusé et lui infliger la sanction appropriée». Mais que pousse le Guide à entrer sur la ligne de cette crise à travers ces déclarations sans précédent?

Certains pensent que les commentaires du Guide ont à voir avec un autre cas lié au harcèlement sexuel, dans lequel le principal suspect était Saïd Tusi, le célèbre lecteur du Coran en Iran, soutenu par la du Guide.

Le lecteur du Coran, soutenu par le Guide, a été acquitté de l’accusation de viol d’un grand nombre de ses étudiants

Saïd Tusi largement reconnu par les médias iraniens comme étant un lecteur du Coran de niveau mondial, ainsi qu’expert au Conseil suprême du Coran. Tient aussi des séances pour enseigner le Coran aux adolescents en mettant l’accent sur l’importance de l’éducation des jeunes. Saïd Tusi, le célèbre lecteur du Coran à la Chambre des Conseillers, n’a bénéficié que de commentaires positifs jusqu’à ce que Voice of America publie en octobre 2016 un rapport révélant le visage caché de ce dignitaire de 46 ans, révélant des détails sur l’agression sexuelle du Haj Saïd Tusi Selon ses étudiants.

Le choc était alors grand, car cette personne était proche du chef du système et considéré comme le meilleur lecteur du Coran dans le pays, sachant qu’il a remporté des prix internationaux dans les concours du Coran et se rendait dans 20 pays pour promouvoir la culture coranique et enseigner la lecture du Coran.

Le rapport indique que Saïd Tusi récitait le Coran dans la maison du guide car était meilleur lecteur du Coran en Iran. Aussi, il a accompli la même tache pour l’inauguration de la Xème session du parlement. Cette impression est cependant très différente de celle que portent de lui certains de ses étudiants.

Pendant de nombreuses années, Haj Saïd Tusi a harcelé et agressé sexuellement ses étudiants, qui sont parmi les meilleurs lecteurs du Coran dans le pays. le système judiciaire a constitué un dossier contre Saïd Tusi, avec accusation de harcèlement sexuel. Ce dossier n’a pas trouvé de suivie. Au contraire, un acquittement sur la base de directives émises par le Guide. Tout simplement le dossier initié en 2013 est clos. Pour être divulgué en 2016, sur directives directes du pouvoir suprême.

Au moment où Tusi risquait d’être condamné à la peine capitale, pour «avoir commis des actes contraires à la chasteté et des actes indécents avec des adolescents», selon le code pénal de la République islamique, vient une décision qui empêche sa poursuite.

Alors que les autorités judiciaires n’ont pas réussi à accomplir la justice réclamée par les enfants et adolescents victimes, le traumatisme de ces attaques ne peut s’effacer de l’esprit de ces victimes.

Le père de l’une des victimes a déclaré à Voice of America: «Quand le Guide est au courant de ce dossier et ne bouge pas un doigt, nous ne savons que faire ensuite?».

Le scandale sexuel impliquant le meilleur lecteur du Coran en Iran a été révélé il y a seulement cinq ans: des enfants et adolescents innocents qui ont grandi dans des familles pieuses et croyantes, engagées en faveur du régime iranien, où ils prenaient des leçons coraniques et les fondements de la religion. Cependant, cette personne, qui était censée être leur professeur et leur exemple, les exploitait sexuellement.

Ces événements douloureux frappent les adolescents et les enfants, alors que l’Iran ne dispose pas de législations garantissant une protection aux enfants qui sont exposés à toutes sortes de violations dans le pays.

En 2015, une école primaire pour garçons a connu des expériences similaires, qui ont mené au procès du directeur adjoint pour harcèlement sexuel contre 3 élèves, et a été condamné à deux ans d’exil et deux ans de suspension de tout travail culturel et éducatif, et à 100 coups de fouet.

La nouvelle de l’agression subie par une écolière handicapée, de la part du conducteur du bus scolaire la même année a suscité la controverse dans le pays.

Dans un autre incident, un professeur de sport a été arrêté dans une école du sud de Téhéran à la suite d’une plainte déposée par 14 étudiants pour harcèlement et abus sexuels. Le plus pénible et douloureux dans ce cas, l’accusé forçait les élèves à se mettre à nu collectivement. Il semble que le domino du harcèlement sexuel des enfants et des adolescents n’est pas prêt à s’arrêter, suite à l’agression récente de plus de 16 étudiants.

De nombreux observateurs et psychologues iraniens estiment que l’éducation et la sensibilisation des enfants à la façon de se comporter face au harcèlement sexuel sont plus qu’importantes. Sauf que, une large frange de la classe politiquement et religieusement conservatrice, considère que telle promotion est signe de dégénérescence morale, en négation avec la culture. Islamique.

Bien qu’il n’existe de statistiques officielles, mensuelles ou annuelles, concernant les agressions sexuelles et le harcèlement à l’encontre des enfants en Iran, les gouvernements du pays n’accordent nullement d’intérêt aux conséquences psychologiques de ces agressions contre les adolescents et les enfants, sans évoquer les dommages physiques.

Le site Internet persan de la BBC en persan, a publié un rapport, qui selon le représentant de l’UNICEF en Iran, Christian Salazar qu’en octobre 2007, en dépit du carence d’études au sujet du harcèlement sexuel et des abus contre les enfants en Iran, ces études indiquent que 31% des enfants âgés de 1 à 3 ans, 21% entre 6 et 10 ans et 9% entre 12 et 18 ans ont été harcelés ou sujets à des abus sexuels en Iran.

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