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Les chantiers africains en point de mire - Majalla Magazine
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Les chantiers africains en point de mire

Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, Emmanuel Macron, Idriss Deby, Roch Marc Christian Kabore, mahamoudou Issoufou et Ibrahim Boubacar Keita du G5 Sahel réuni en séance de travail lors d’une réunion du Réunion du CDS du Collège de défense du G5 Sahel du G5 Sahel à Nouakchott le 2 juillet 2018. (Getty)

Par Chokri Ben Nessir

Parallèlement aux questions de sécurité liées aux crises sur le continent, dont celles en République démocratique du Congo, au Sahara occidental, à la guerre civile au Soudan du Sud, les dirigeants africains, réunis à Nouakchott dans le cadre du 31è sommet de l’Union africaine, ont  discuté de la zone de libre-échange continentale (ZLEC), de la présidence de l’Organisation de la Francophonie ainsi que de la création d’un observatoire africain sur la migration. « C’est un sommet historique qui s’ouvre aujourd’hui pour la première fois dans ce pays fondateur de l’Union africaine qu’est la Mauritanie », a déclaré le président Mohamed Ould Abdel Aziz, dont le pays accueille ce sommet qui s’est achevé lundi.

Quand bien-même, c’est un sommet qui s’est tenu dans une ambiance assombrie par une multiplication d’attaques jihadistes dans des pays du Sahel. Dix soldats nigériens ont été tués et quatre sont portés disparus dans une attaque attribuée au groupe islamiste nigérian Boko Haram contre une position militaire dans le sud-est du Niger, a indiqué le ministère nigérien de la Défense.

Quelques heures plus tôt, au Mali voisin, des soldats français de l’opération Barkhane ont été visés par une opération « terroriste » à Gao (nord), qui a fait quatre morts et une vingtaine de blessés civils, selon les autorités maliennes. L’armée française a fait état à Paris de quatre blessés dans ses rangs. Un autre attentat perpétré vendredi au Mali contre le QG de la force anti-jihadiste du G5 Sahel lancée en 2017, avait fait trois morts, dont deux militaires de cette force.

Une force conjointe

Ce qui fait que sur le volet sécurité, Emmanuel Macron a parlé avec ses homologues du G5 Sahel de la lente montée en puissance de la force conjointe mise en place par cette organisation régionale siégeant à Nouakchott pour lutter contre les jihadistes.

La France soutient ce projet, y voyant un possible modèle de prise en main par les Etats africains de leur propre sécurité. Mais sa mise en œuvre est pour l’instant marquée par les problèmes de financement et les accusations de violations des droits humains par les troupes de la force conjointe. Avant l’ouverture du sommet de l’UA dimanche, le président mauritanien Mohamed Abdel Aziz, a appelé à plus d’efficacité dans la lutte anti-jihadiste. « Il y a encore énormément de failles » dans la sécurité qui doivent être « corrigées », a-t-il déclaré à la chaîne France 24.

Réduire la dépendance

Après six mois sous la présidence de Paul Kagame, les chefs d’Etat africains cherchent encore à affranchir le budget de l’institution des donateurs extérieurs, selon le journal Le Monde. Au sommet, le président rwandais Paul Kagame, par ailleurs président de l’UA, a présenté  un rapport de plaidoyer sur une réforme institutionnelle de l’UA visant notamment à assurer l’autonomie financière de l’organisation.

C’est une question de taille car le budget de l’UA provient à plus de 50 % des bailleurs étrangers et ses programmes sont financés à 97 % par les donateurs. Pour réduire cette dépendance, la réforme prévoit le prélèvement dans chaque pays d’une taxe de 0,2 % sur les importations.

Intégration africaine

De ce fait, la création d’une zone de libre-échange (ZLEC), lancée le 21 mars à Kigali et qui pourrait toucher un marché de plus de 1,2 milliard de personnes en Afrique, pourrait fournir la solution du financement.

Le but est d’accroître les échanges commerciaux sur le continent. Il est à noter qu’en mars dernier, 44 pays y ont adhéré à Kigali, au Rwanda mais plusieurs Etats restent réticents, comme le Nigeria.

« Il y a beaucoup d’incompréhension, explique à RFI, Albert Muchanga, commissaire de l’UA pour le commerce. Les gens spéculent sur l’absence de l’une des plus grosses économies. Pour nous, le Nigeria est déjà partie prenante. Il a simplement besoin de temps pour faire accepter ce projet au niveau de ses instances institutionnelles ».

Ce sommet fut donc l’occasion de faire le plaidoyer de ce projet. « Des pays comme l’Afrique du Sud, qui n’avait pas signé à Kigali, vont signer aujourd’hui l’accord de libre-échange continental et les ratifications sont en train d’être enregistrées », se félicite le président du Niger, Mahamadou Issoufou.

Et de poursuivre que « Nous attendons d’ici la fin de l’année le minimum de 22 ratifications pour que l’accord entre en vigueur. On a l’espoir de les obtenir d’ici la fin de l’année ». L’UA espère, elle, obtenir une adhésion totale de tous les pays membres d’ici mars 2019.

Autre sujet phare évoqué lors du sommet, la corruption en Afrique. En effet, selon l’ONU, la corruption fait perdre fait au continent 25 % de ses richesses annuelles. C’est donc une question de bonne gouvernance qui a été débattue lors de ce sommet.

Ramener l’OIF en Afrique

La présence du président français Emmanuel Macron au sommet de l’UA, est aussi un signal fort que Paris appuie une présidence africaine pour l’Organisation internationale de la Francophonie. Cette démarche, que Paul Kagame, président de l’UA et également président du Ruanda a entamé  en indiquant qu’il tenterait de s’assurer du soutien de ses pairs à la candidature de sa ministre des affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en octobre.

Ce qui permettrait de ramener la direction de l’OIF en Afrique, après quatre ans de mandat de la Canadienne Michaëlle Jean, candidate à sa propre succession, selon le journal Le Monde. En outre, les dirigeants de l’UA ont officiellement décidé de soutenir la candidature du Rwanda pour diriger la Francophonie.

« Nous avons adopté la candidature (….) de Louise Mushikiwabo (chef de la diplomatie rwandaise) au poste de secrétaire général » de la Francophonie », a déclaré à l’AFP le président namibien, Hage Geingob.

Un observatoire de la migration

L’exode de centaines de milliers d’Africains, essentiellement vers l’Europe, ne figure pas au programme officiel. Cependant, les dirigeants africains veulent également mieux « coordonner » avec l’Europe au sujet des migrants, a déclaré le président de la commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, faisant allusion à la mise en place d’un Observatoire sur la migration basé à Rabat, décidée par le sommet. Les dirigeants de l’Union africaine (UA) ont créé un Observatoire sur la migration et le développement lors de leur sommet à Nouakchott, a annoncé le ministre marocain des Affaires étrangères.

L’Observatoire africain pour la migration et le développement (OAMD), dont « la mise en place a été proposée par le Maroc, sera basé à Rabat », a déclaré le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, au cours d’une conférence de presse à Nouakchott, en marge du sommet de l’UA de deux jours.

« Les dirigeants africains ont pris cette décision et confié à ce nouvel outil important la mission de fédérer les stratégies nationales des Etats africains et de mieux interagir avec leurs partenaires » étrangers, a t-il précisé.

Le ministre marocain a rejeté la proposition faite récemment par l’Union européenne (UE) d’ouvrir aux migrants la possibilité de demander l’asile dans l’UE depuis des « plateformes régionales de débarquement » de personnes secourues dans les eaux internationales que les dirigeants des 28 envisagent de créer hors du continent européen.

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