• Edition actuelle

Santé

Intelligence humaine contre intelligence artificielle : un combat déjà perdu ?

(Getty)

 

Par Nasreddine Ben Hadid

Depuis une vingtaine d’années, le QI moyen serait en voie de régression (du moins dans les pays occidentaux). L’humanité serait-elle forcément plus bête pour autant ?

Après avoir constaté que la moyenne des scores obtenus aux tests dits d’intelligence augmentait au cours du temps (effet Flynn), on scrute aujourd’hui avec inquiétude sa stagnation, voire sa baisse (inversion de l’effet). Doit-on craindre une «stupidisation» de l’humanité? Un examen critique de la conception de l’intelligence véhiculée par le débat actuel sur sa progression et sa chute s’avère nécessaire.

On constaterait, dans les pays occidentaux, une élévation du QI (quotient intellectuel) de trois à sept points par décennie. Ce constat est le fruit des travaux du néo-zélandais James Flynn qui a mis en évidence un accroissement, au XXe siècle, des scores aux tests de QI aux États-Unis, puis dans quatorze pays développés.

Mais une nouvelle étude réalisée en 2016 par Richard Lynn, Dimitri van der Linden et Edward Dutton est venue montrer que depuis 1995, dans un certain nombre de pays, le QI avait tendance à régresser –le QI moyen des Français et Françaises, par exemple, aurait ainsi baissé de quatre points entre 1999 et 2009.

La question, ou plutôt le questionnement ne concerne ni la hausse de jadis en soi, ni la baisse constatée actuellement. Les causes intriguent plus que le constat : Dans les deux cas, des causes environnementales et des causes génétiques. On replonge dans la fameuse querelle de l’inné et de l’acquis.

L’enjeu est fort: il s’agit en somme de dire si l’intelligence est une donnée naturelle, auquel cas les possibilités de développement intellectuel de certaines personnes seraient réduites du fait de leur faible dotation individuelle (théorie du don) ou collective (conception racialiste), ou bien si elle est au contraire le résultat d’une construction sociale, ce qui ouvre à tous et à toutes l’espoir d’un bon développement intellectuel, si les conditions en sont réunies.

La question est de savoir ce que mesure le QI. La possibilité d’apprécier le niveau de certaines aptitudes, capacités ou de certains facteurs (par exemple le facteur verbal ou le facteur numérique) à l’aide d’épreuves dédiées n’est plus guère contestée aujourd’hui.

Depuis les premières avancées dues à Binet et Simon, les tests ont fait la preuve de leur pertinence et de leur utilité. Mais pour mesurer quoi? En fait: des niveaux de performance, dans des domaines spécifiques, en les situant par rapport à ceux de l’ensemble des autres individus constituant une population.

Faut-il continuer à utiliser le terme d’intelligence, si ce terme ne renvoie à aucun donné naturel? On ne peut pas se contenter de dire que l’on ne mesure, avec le QI, que des facettes de l’intelligence. Il faut aller plus loin, en refusant les courts-circuits qui font remonter d’une performance constatée à une capacité intellectuelle induite, puis de celle-ci à une intelligence générale postulée. L’intelligence n’est pas un organe; il est important de s’abstenir de la tentation d’en faire une chose, de la réifier.

L’intelligence a un bel avenir devant elle si les êtres humains décident d’exercer le pouvoir qu’ils ont de se montrer intelligents, c’est-à-dire décident de sauvegarder et de faire fructifier leur pouvoir de penser; sinon, on risque de voir triompher ce que l’on peut appeler la connerie. Finalement, l’intelligence ne chute que si l’on ne s’en sert pas!

Article précédentArticle suivant

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *