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Opium et cocaïne : «Excellente» année !

Jeune homme renifle de la cocaïne à travers le billet de banque roulé (Getty)

Par Nasreddine Ben Hadid

A des milliers de kilomètres l’une de l’autre, l’industrie de l’opium et celle de la cocaïne, connaissent un présent très florissant. La production mondiale d’opium et de cocaïne atteint des chiffres record selon l’ONU.

L’annonce a été faite par l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC) dans son rapport annuel publié mardi 27 juin, en termes d’alarme : La production mondiale de cocaïne et d’opium a explosé pour atteindre son plus haut niveau historique en 2016-2017.

En plus de cette «belle saison» en terme de production, l’agence onusienne s’inquiète aussi de voir les médicaments antidouleurs à base d’opiacés, détournés à usage de drogue, devenir «une menace majeure pour la santé publique mondiale», aussi en Amérique du Nord que sur le continent africain.

Depuis les premières estimations de l’ONUDC au début des années 2000, la production mondiale d’opium a bondi de 65 % de 2016 à 2017, à 10 500 tonnes, chiffre «le plus élevé». L’Afghanistan, avec 9.000 tonnes, soit 87 % de plus qu’en 2016, occupe de loin la première place à l’échelle mondiale.

Avec 420.000 hectares, soit une progression de 37 % au niveau mondial entre 2016 et 2017, cette surface de culture de pavot à opium se situe pour les trois quarts en Afghanistan.

Concernant la cocaïne, la fabrication mondiale en 2016 «a atteint son niveau le plus élevé», à savoir 1.410 tonnes, soit 25% de plus qu’en 2015. La Colombie, premier producteur mondial, avec une augmentation entre 2015 et 2016, de 866 tonnes, à savoir une hausse de production de plus d’un tiers. La culture de feuille de coca, ingrédient de base de la cocaïne, couvre 213.000 hectares au niveau mondial dont 69% se trouvent en Colombie. Selon l’ONUDC, Il s’agit d’«un défi à la mise en œuvre de l’accord de paix» avec l’ex-guérilla des Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie), impliquée dans le trafic de drogue.

Quand l’offre augmente, toute industrie doit élargir le champ de sa distribution. De ce fait, une offre est déjà constatée sur les marchés classiques, à savoir l’Amérique du Nord et l’Europe occidentale. Encore plus important, est cet effort d’en créer de nouveaux. Essentiellement, les grandes économies d’Asie.

Les conséquences de cette augmentation de la production des deux «blanches» à savoir l’opium et la cocaïne, les deux drogues «dures» sont d’une grande importance. Car ces deux drogues, traditionnellement plus apparentées aux «riches» et à une classe huppée, qu’à la classe moyenne plus portée sur le cannabis et autres drogues synthétiques. Les drogues des riches, grâce à cette superproduction vont connaitre une démocratisation forcée.

De quoi augmenter la rente des mafias, et par conséquence un blanchiment plus frénétique. Et une masse financière plus grande sur le marché de la finance mondiale.

Aussi, la carte de la délinquance va connaitre une mutation. L’élargissement des marchés, nécessaire à l’écoulement de cet excès de la production, réclame une réorganisation de la distribution. Qu’il soit entre bandes et mafias, que l’équilibre entre les différentes drogues sur le marché.

Le flux de transport de ces drogues des régions de production vers les zones de distribution et de consommation, nécessitera une logistique mieux étoffée. D’où la nécessité d’un effort plus important qu’avant. Les polices des frontières et des aéroports, ainsi que les services des douanes sont portés à doubler de vigilance pour faire face à ce fléau.

La question qui se pose et s’impose : Cette superproduction est occasionnelle ou va s’inscrire comme donnée stratégique pour la prochaine décennie ?

De la réponse dépend sans faute la stabilité mondiale.

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