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La sortie par le haut

Par Ahmed Charai

«Le politicien se préoccupe de la prochaine élection, l’homme d’Etat de la prochaine génération», disait Chateaubriand, écrivain et homme politique français. La vacuité du débat national rend morose l’ambiance, avec en plus quelques acteurs qui se rejettent les responsabilités et, in fine, distend la relation entre les institutions et les citoyens, sapant les bases de la construction démocratique et de la confiance des investisseurs.

Pourtant le Roi Mohammed VI avait demandé la réflexion autour d’un modèle de développement. On s’attendait à ce que les partis politiques mobilisent leurs militants, organisent des colloques avec des experts locaux et internationaux et fassent des propositions concrètes autour d’un modèle de développement inclusif, qui ferait reculer le chômage et réduire les disparités sociales et territoriales.

Seul le PPS de Nabil Benabdelah annonce tenir une telle réunion en septembre. On en évaluera les résultats, le temps venu, mais c’est déjà un premier pas.

L’Ersatz de débat qu’on nous sert n’assure pas une sortie par le haut, une perspective, mais nous ramène au passé.

Le Parti de l’Istiqlal propose une réconciliation avec le Rif sur les événements de 1958. C’est une réponse à côté de la plaque…. Comme si ce retour dans l’histoire va résoudre les problèmes, nombreux, mais surmontables, de la jeunesse de cette région.

La réponse de ce parti aurait dû être concentrée sur les problèmes de développement, sur les problèmes d’une classe moyenne appauvrie , abandonnée par le gouvernement.

Ne faut-il pas penser à faire de la région du Rif une zone franche pour attirer les La investisseurs, notamment européens et plus particulièrement ibériques ? Nos agronomes ne peuvent-ils pas proposer de nouvelles méthodes aux paysans comme le font d’autres nations, pour améliorer les rendements ? Quelle aide fiscale pour relancer le tourisme dans la région ?

Voilà des pistes pour les politiques, parce que l’investissement public, même massif, n’améliorera pas la situation de la classe moyenne, ne réglera pas la question du chômage, même si des services publics de bonne qualité sont nécessaires au développement.

Le constat sur la situation actuelle est alarmant. Le Haut-commissaire au Plan, Ahmed Lahlimi, n’hésite pas à tirer la sonnette d’alarme sur l’état de l’économie. La perte de pouvoir d’achat est sensible chez les salariés, justifiant des mouvements sociaux, épars et nombreux.

La paupérisation des classes moyennes est une faute politique à tous les niveaux. C’est un facteur de stabilité que l’on fragilise. C’est un idéal de promotion sociale par le travail que l’on obstrue au profit d’une vision patrimoniale, qui fait des ravages au niveau du référentiel des valeurs. Le Maroc post-indépendance doit énormément à ces couches de la classe moyenne qui ont eu une grande influence sur les plans politique, culturel et économique.

Le projet de modernisation de la société ne peut que s’appuyer sur cette classe sociale parce qu’il coïncide avec ses intérêts et ses valeurs. En fragilisant les classes moyennes, les politiques actuelles vont à l’encontre de tous les objectifs annoncés. Ces politiques répondent à des contraintes ponctuelles en créant des déséquilibres structurels.

Le gouvernement actuel a une très grande responsabilité, mais il n’est pas le seul. Les instances élues, collectivités locales, régions et Parlement ont aussi des responsabilités à tous les niveaux.

Il faut tracer une perspective pour redonner de l’espoir au citoyen marocain.

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