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Société

Comment réduire les inégalités en Europe ?

Les navetteurs sont vus en train de banlieue à la gare de Lyon le 3 avril 2018 à Paris, le premier jour d’une grève de deux jours des employés de la SNCF (Getty)

 

Par Nasreddine Ben Hadid

En Europe, plus qu’aux États-Unis d’Amérique. Dans les pays latins plus que dans les pays anglo-saxons, mais mis en pratique dans les pays scandinaves, le rêve d’une vie digne garantie pour tous, a été, et reste un des moteurs de l’action sociale.

Le rapport récemment publié par l’OCDE, L’ascenseur social en panne ? Comment promouvoir la mobilité sociale (juin 2018), montre tout d’abord à quel point, quel que soit le pays considéré, même si des différences persistent, le processus de réduction des inégalités sociales sur longue durée est lent. D’après les calculs des auteurs du rapport, il faudrait, pour un «pays-type» de l’OCDE (représentatif d’une moyenne européenne) entre quatre à cinq générations pour que les enfants situés dans le niveau inférieur des revenus se hissent au niveau du revenu moyen.

Ce très lent processus du phénomène bien connu de « convergence vers la moyenne » (comprendre une baisse avec les années, des revenus relatifs des familles aisées et hausse de ceux des familles modestes qui se rapprochent de la moyenne) est compatible avec une forte mobilité ascendante en valeur absolue qu’on constate dans la plupart des pays de l’OCDE. Les revenus progressent, le niveau d’étude s’accroît, l’accès aux biens de consommation se développe, les conditions de vie s’améliorent (au niveau du logement surtout). Sans observer qu’une réduction minime des écarts entre groupes sociaux qui profitent tous de cet enrichissement. Le rattrapage des moins favorisés par rapport aux plus favorisés est très lent, les écarts relatifs restent très importants, notamment si l’on compare, comme le fait le rapport de l’OCDE, les moins favorisés, le niveau inférieur des revenus, aux plus favorisés.

De nombreux facteurs contribuent à cette persistance sur la durée des inégalités, mais l’éducation joue certainement un rôle essentiel. Les inégalités cognitives se cristallisent très tôt dans la vie et les handicaps accumulés au tout début de la vie sont très prédictifs de la suite des parcours. Il est donc indispensable, si l’on veut améliorer l’égalité des chances, que chacun puisse disposer, dès le début de la scolarité, des meilleures conditions possibles d’enseignement. Idéalement, il faudrait que les enfants des familles défavorisées bénéficient de conditions privilégiées (des classes moins nombreuses, des professeurs bien formés et motivés) pour compenser de possibles handicaps culturels qui peuvent se former très tôt dans l’enfance, avant la scolarité obligatoire.

Or les inégalités territoriales et sociales en matière de qualité de l’éducation restent très fortes. Comme le note l’OCDE, dans la majorité des pays, les enseignants les plus expérimentés ont davantage tendance à travailler dans les établissements les moins difficiles. Les enfants des zones où se concentre la partie de la population la plus pauvre, qui souffrent dès le début de leur vie de désavantages cognitifs et culturels du fait d’un environnement familial moins stimulant, n’ont donc que très peu de chances de combler leur retard. Pour qu’ils puissent le faire, il faudrait que les établissements scolaires de ces zones en difficulté sortent radicalement du cadre routinier de l’enseignement ordinaire.

A ce sujet, le rapport de l’OCDE cite quelques expériences que nous avons déjà évoquées dans Telos ; par exemple, les charter schools aux Etats-Unis, situées dans des quartiers défavorisés et qui disposent d’une grande autonomie dans le recrutement des professeurs, les programmes et l’organisation de l’enseignement, tout en étant évaluées sur leurs résultats. La question de l’autonomie des établissements situés dans les quartiers défavorisés est importante : elle peut permettre de recruter des enseignants motivés, de former des équipes soudées, d’adapter la pédagogie et le rythme de l’enseignement aux profils des élèves. Cette souplesse octroyée doit s’accompagner de moyens supplémentaires. Le rapport cite ainsi la Corée qui octroie de nombreux avantages (salaire, taille des classes, temps de travail, possibilités de promotion) aux professeurs qui enseignent à des élèves de milieu modeste.

 

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