• Edition actuelle

Cover Story

Guerres commerciales : Avec ou sans limites…

Donald Trump et Xi Jinping (Getty)

Par Nasreddine Ben Hadid

Si une promesse faite pendant la campagne électorale, a été réellement tenue par le président Trump, est celle de ses guerres commerciales, déclenchées contre presque tous les partenaires économiques des Etats-Unis d’Amérique, essentiellement les plus importants.

Après quelques semaines de paix apparente, le président Trump a repris sa guerre personnelle contre la politique commerciale internationale. Après la tenue d’un sommet du G-7 sur au Canada début juin, l’Administration américaine a établi au milieu du mois une liste de produits chinois de haute technologie qui pourraient être soumis à des droits de douane de 25%, pour une valeur estimée entre 50 et 60 milliards de dollars.

La réaction chinoise, ne s’est pas faite attendre. Elle était immédiate et mesurée, assez pour répondre à l’action américaine, mais annonçant à la fois une envie de ne pas céder à l’escalade. Pour l’instant les attentes ne sont cependant pas celles d’une guerre commerciale complète entre la Chine et les Etats-Unis. Au lieu de cela, le sentiment des observateurs est que l’Administration américaine pratique très classiquement une politique de risque calculé, c’est-à-dire l’art de danser au bord d’un gouffre pour tirer le maximum de bénéfices d’une négociation, à des fins électorales internes (les mid-term de novembre, aux États-Unis, verront le renouvellement d’une partie de la Chambre et du Sénat).

Ce soupçon découle du fait qu’au cours des dernières semaines, l’Administration américaine a modifié la liste des produits en provenance de Chine soumis à des droits de douane par rapport à celle annoncée en avril, éliminant effectivement les biens finaux et concentrant 95% des nouveaux droits sur les biens d’équipement ou les biens intermédiaires. L’objectif, très politique, est d’atténuer l’effet immédiat des droits de douane sur les prix à la consommation en Amérique et de limiter ainsi les dommages politiques de la manœuvre, au moins à court terme.

Comme toute guerre, Trump la veut courte, décisive et surtout victorieuse. Il la veut la moins couteuse et la plus courte. Cependant, à moyen terme, il est inévitable que les tarifs seront répercutés sur les coûts des entreprises par le biais des chaînes de valeur mondiales, ce qui entraînera une augmentation des prix, une perte de compétitivité et d’emplois et, en fin de compte, une baisse de la croissance et du bien-être pour le pays qui a imposé la protection.

Chose importante, et même déterminante. Les exportations représentent aujourd’hui, contrairement au passé, un poids sans précédent dans le PIB mondial : environ 30%. Par ailleurs, la production est beaucoup plus intégrée au niveau international : la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) estime qu’entre 70 et 80% des flux commerciaux mondiaux impliquent au moins une entreprise multinationale, engagée d’une manière ou d’une autre dans une chaîne de valeur mondiale. Par conséquent, beaucoup plus que par le passé, une politique protectionniste risque d’entraîner une augmentation des coûts internes sur une gamme beaucoup plus large de produits indirectement affectés.

De plus, de l’importance des exportations dans le PIB mondial, la dimension douanière n’est plus déterminante. Car dans le nouveau contexte des chaînes de valeur mondiales, il est relativement plus facile pour une entreprise de contourner les droits de douane en déplaçant simplement la production vers d’autres usines déjà opérationnelles de son système de production.

A la suite des contre-tarifs européens imposés en réponse aux droits américains sur l’aluminium et l’acier, Harley Davidson a annoncé qu’elle déplacera une partie de sa production vers des usines en dehors des États-Unis, avec des pertes d’emplois US.

Article précédentArticle suivant

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *