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Tunisie… La démocratie s’érode

Le président tunisien Béji Caïd el Essebsi.

Par: Chokri ben nessir

Si la Tunisie a pu accomplir de grands progrès démocratiques au cours des dernières années, accédant au statut « libre » de Freedom House et ayant amélioré grandement son rang par rapport à l’Indice de Démocratie de l’agence Economist Intelligence Unit, passant de 144è en 2010 à 69è en 2018, l’association des persistantes difficultés économiques et sociales du pays et d’une série de problèmes au sein de la commission électorale (Isie) assombrissent l’avenir du processus démocratique du pays, surtout à l’approche des élections législatives et présidentielles prévues pour 2019.

En effet, selon de nouveaux résultats de l’enquête Afrobaromètre, présentés à Tunis le lundi 3 septembre 2018, le soutien à la démocratie poursuit sa tendance baissière en Tunisie, et la moitié des citoyens sont insatisfaits du fonctionnement de la démocratie.

Selon M.Youssef Meddeb, directeur général de l’agence de sondage One to One for research and polling, la proportion des Tunisiens qui affirment que le pays « n’est pas une démocratie » a doublé depuis 2015.

L’étude d’Afrobaromètre en Tunisie, menée par One to One for Research and Polling, s’est entretenue avec 1.200 adultes tunisiens entre le 1er avril et le 5 mai 2018. Un échantillon de cette taille produit des résultats d’ordre national avec une marge d’erreur de +/-3 points de pourcentage pour un niveau de confiance de 95%. Des enquêtes ont été précédemment menées en Tunisie en 2013 et 2015.

Une perception négative

L’enquête révèle également que les tunisiens ont une perception négative de la situation économique nationale et restent largement critiques dans leurs appréciations des efforts du gouvernement tendant à résoudre les trois problèmes prioritaires des citoyens d’une vague à une autre. Quand bien même la majorité des Tunisiens soutiennent les élections régulières, libres, et transparentes, ils ont montré peu d’intérêt aux dernières élections municipales, et la confiance populaire envers la commission électorale est sur le déclin.

C’est ainsi que presque huit Tunisiens sur 10 (79%) affirment que le pays se dirige dans « la mauvaise direction », marquant un accroissement de 12 points de pourcentage par rapport à 2013. De plus, une grande majorité (72%) qualifient la situation économique du pays de « plutôt mauvaise » ou « très mauvaise ».

M.Youssef Meddeb, directeur général de l’agence de sondage One to One for research and polling.

Mauvaises notes

Ce qui fait que les citoyens continuent d’attribuer de mauvaises notes au gouvernement par rapport à ses performances dans la gestion des trois plus importants problèmes du pays, tels que perçus par les répondants à l’enquête – gestion de l’économie, création d’emplois, et lutte contre la corruption.
Ainsi, le soutien populaire à la démocratie plutôt que tout autre système politique est toujours sur le déclin, chutant à 46% de 71% en 2013. La proportion des Tunisiens qui rejettent les alternatives à la gouvernance démocratique a également baissé. Selon la même source, six Tunisiens sur 10 (62%) affirment que le pays est « une démocratie avec des problèmes majeurs » ou n’est « pas une démocratie ». La proportion des répondants qui affirment que le pays n’est pas une démocratie a doublé depuis 2015, passant de 14% à 29%.

La moitié (51%) des Tunisiens ne sont « pas très satisfaits » ou « pas du tout satisfaits » du fonctionnement de la démocratie dans leur pays. Quand bien même presque deux-tiers (64%) des Tunisiens soutiennent que « les élections régulières, libres, et transparentes » sont le meilleur mécanisme de choix de leurs dirigeants, cela représente un déclin de 30 points de pourcentage par rapport à 2013. La majorité (57%) des répondants ont affirmé qu’ils n’étaient « pas du tout intéressé » ou « pas vraiment intéressé » aux dernières élections municipales, et la plupart (84%) ont affirmé qu’ils n’avaient que peu ou pas d’informations relatives à ces élections. En outre, la confiance envers la commission électorale a régressé de 18 points de pourcentage par rapport à 2015.

Vue du panel lors de la présentation des résultats de l’enquête.

L’enquête a été menée par Afrobaromètre qui est un réseau de recherche panafricain indépendant qui conduit des enquêtes sur les attitudes du public envers la démocratie, la gouvernance, les conditions économiques, et des questions connexes dans les pays d’Afrique. Six rounds d’enquêtes ont été conduits dans 37 pays entre 1999 et 2015, et les enquêtes au titre du Round 7 s’achèvent en 2018. Afrobaromètre réalise des entretiens face-à-face dans la langue choisie par le répondant avec des échantillons représentatifs nationaux.

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