• Edition actuelle

Cover Story

Mali: Ibrahim Boubacar Keïta prête serment

L’armée française est présente au Mali depuis 2013 (DR © Pascal Guyot, AFP).

Par: Chokri ben nessir

Tout ce que la capitale malienne compte de personnalités semble s’être rassemblé au Palais de la culture pour l’investiture du président malien réélu Ibrahim Boubacar Keïta. Selon Jeune Afrique, sur les bancs politiques, l’ancien chef de l’État Moussa Traoré était présent, ainsi que d’anciens Premiers ministres. Il est à noter cependant qu’Alpha Oumar Konaré et Amadou Toumani Touré, qui se sont succédé à la tête du Mali entre 1992 et 2012, ont pour leur part boudé la cérémonie.

Ibrahim Boubacar Keïta, a donc prêté serment, mardi 4 septembre, devant plus de 3 000 personnes. La Cour constitutionnelle l’avait proclamé le 20 août vainqueur de la présidentielle avec 67,16% des suffrages au second tour du 12 août, contre 32,84% à son rival, l’ancien ministre des Finances, Soumaïla Cissé, alors que l’opposition continue à contester cette investiture, IBK a tenu un discours d’unité, tout en exigeant de la « loyauté » pour faire avancer la mise en place de l’accord de paix.

Boubou et bonnet blancs, IBK, 73 ans, réélu au second tour pour cinq années de plus à la tête de ce pays du Sahel, a lu le serment contenu dans la Constitution malienne devant la Cour suprême. Il a par la suite réaffirmé la paix comme « priorité absolue », lors d’une cérémonie contrariée dans l’après-midi par un rassemblement de l’opposition contestant sa victoire électorale.

Le président malien prête serment.

« Je jure devant Dieu et le peuple malien de préserver en toute fidélité le régime républicain, de respecter et de faire respecter la Constitution et la loi, de remplir mes fonctions dans l’intérêt supérieur du peuple, de préserver les acquis démocratiques, de garantir l’unité nationale, l’indépendance de la patrie et l’intégrité du territoire national », a dit M. Keïta, avant d’être installé dans ses fonctions de président de la République du Mali.
« J’ai fait le choix de placer le retour de la paix et de la sécurité au rang de priorité absolue », a déclaré Ibrahim Boubacar Keïta, dans son premier discours prononcé après son investiture.

« Beaucoup reste à faire » dans les efforts de l’Etat pour la sécurité et le développement, a dit M. Keïta, lors de la cérémonie organisée en présence des membres du gouvernement, de diplomates et du public.

« Je serai implacable avec tous ceux qui bafouent nos libertés et foulent aux pieds nos valeurs de tolérance. Rien ne résistera plus à la volonté suprême d’un peuple uni face au terrorisme », a-t-il poursuivi. M. Keïta faisait allusion aux attaques jihadistes dont la dernière a ciblé mardi un camp de l’ONU à Ménaka (nord) où un Casque bleu a été blessé à la suite de tirs d’obus, selon des sources de sécurité et administrative.

Une plainte

M. Keïta a tendu « la main à tous ceux qui veulent que le Mali réussisse » et « sans exclusive », en allusion à l’opposition dont le principal chef, son adversaire au second tour Soumaïla Cissé, n’a pas reconnu sa défaite, dénonçant « des fraudes » à la présidentielle.

En effet, le camp de M. Cissé a tenu mardi un meeting à Bamako ayant réuni « des milliers » de personnes, selon les organisateurs, pour réaffirmer qu’il ne reconnaissait pas IBK comme président.

« Je ne trahirai jamais ces milliers de personnes qui ont fait encore aujourd’hui le déplacement. Les élections frauduleuses n’ont jamais donné un président démocratiquement élu. Nous ne reconnaissons l’élection de celui qui a prêté aujourd’hui serment », a réaffirmé M. Cissé à la fin de la manifestation, au nom de « la coalition pour restaurer l’espoir », formée d’une une dizaine de candidats à l’élection présidentielle. 

Par ailleurs, le camp de M. Cissé a déposé plainte mardi auprès de la Cour suprême, de la Cour d’Appel et d’un tribunal d’une commune de la capitale pour « nullité de la proclamation des résultats par la Cour Constitutionnelle en raison de la violation de la loi » par sa Présidente et de forfaiture des autres membres de la Cour, selon un texte parvenu à l’AFP. Selon leur avocat, cette plainte devait entraîner un sursis de l’investiture d’IBK par la Cour suprême.

Les supporters d’IBK pendant la campagne électorale.

Former un nouveau gouvernement

Toutefois, dans un communiqué, la présidence malienne a annoncé que le Premier ministre malien Soumeylou Boubeye Maïga a été reconduit et chargé de former un nouveau gouvernement par le président Ibrahim Boubacar Keïta.

Ancien ministre de la Défense et figure de la vie politique malienne, Soumeylou Boubèye Maiga, 64 ans, avait été nommé à la tête du gouvernement le 30 décembre 2017 par M. Keïta, dont il est proche.

Il avait prôné la réconciliation nationale et la mobilisation contre les jihadistes lors d’une rare tournée en mars dans le nord et le centre du pays, toujours confronté aux violences malgré cinq années d’interventions militaires internationales.

Des manifestant contestent les résultats des élections.

Tâches prioritaires

Considéré comme un stratège, M. Maïga a eu un rôle déterminant dans la victoire de M. Keïta en redonnant confiance au camp présidentiel face au candidat de l’opposition Soumaïla Cissé, qui continue à contester sa défaite, estiment les observateurs maliens.

M. Keïta et son Premier ministre ont pour tâche prioritaire la relance de l’accord de paix conclu en 2015 avec l’ex-rébellion à dominante touareg. Sa mise en oeuvre accumule les contretemps et n’a pas empêché les violences de se propager du nord vers le centre du Mali et vers le Burkina Faso et le Niger voisins.
Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda, en grande partie chassés ou dispersés par une intervention militaire lancée en janvier 2013 à l’initiative de la France et qui se poursuit.

Article précédentArticle suivant

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *