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Cover Story, Politique

L’Iran… Une grande prison et un couloir vers la mort.

 

Mahabad: Rashen Kassem

  • Anciens prisonniers: Nous subissons du chantage pour prouver au régime notre repentance à faire semblant d’avoir des remords et à payer de grosses sommes d’argent pour faire alléger les peines ou échapper à la peine de mort.
  • Le politicien iranien Karpasi: l’Iran n’est régi par aucune constitution… Les lois de la révolution iranienne sont toujours en vigueur et les tribunaux de la révolution disposent d’un pouvoir sans limites.
  • Le réalisateur iranien Nima Sarfistani à «Majalla» : je tente de documenter les crimes du régime iranien et internationaliser la cause d’un peuple vivant avec la mort et présenter cette cause devant un tribunal international, pouvant juger le régime qui m’a privé de prendre Rustom dans ses bras, et à privé des mères iraniennes de vivre en paix.
  • Le régime des mollahs de Khomeiny à Khamenei a essayé de détruire le système judiciaire et le substituer par le système du «Wilayet Faqih»
  • Hommes politiques iraniens: Les exécutions politiques pendant la période Rouhani, sont plus brutales et cruelles que ses prédécesseurs. On vise encore les minorités, et le régime fait usage encore de châtiments dans le cadre d’accusation du genre «lutte contre Allah et son messager», «complot contre la révolution», ou «ceux qui défassent sur terre». Des accusations prêtes à l’usage contre les opposants».
  • Homme politique kurde : le spécialiste en domaine du nucléaire, Shahram Amiri, est resté 10 ans en isolement jusqu’à son exécution sur ordre direct de Khamenei. Ainsi que le physicien Omid Kaoukabi, qui a lutté contre le cancer à la prison d’Evin, à Téhéran, tout au long les six ans de sa détention.
  • Un détenu : Les Gardiens de la Révolution utilisent de gros camions frigorifiques, dédiés à la distribution de la viande, pour transporter les fusillés, tandis que les gardes nettoyaient l’endroit en prévision du lendemain
  • «Khawaran» site de la fosse commune à l’ouest de Téhéran, qui contient les dépouilles de plus de 30.000 prisonniers politiques exécutés par le régime de Khomeiny en 1988
  • Le régime de Khamenei a essayé à plusieurs reprises de détruire le cimetière de Khawaran, qui est la preuve la plus importante prouvant le massacre de masse qu’il a commis, qu’il a dissimulé jusqu’à ce qu’il soit découvert par les proches des victimes.
  • En 2005, Ahmadinejad, en sa qualité de président de la République, a publié un décret visant à détruire les pierres tombales de certains prisonniers politiques exécutés lors de massacres de masse.
  • L’écrivain et chercheur Shahin Baloutchi: La plupart des exécutions ont lieu dans des prisons secrètes et certaines sur les places publiques devant le public, et il n’y a pas de tribunaux civils impartiaux.
  • Le chercheur Ahvazi Yousef Azizi à «Majalla»: Les sanctions imposées aux Ahvazi, Kurdes et Baloutches sont plus sévères que celles qui s’appliquent aux Perses pour des accusations similaires
  • Les autorités iraniennes ont exécuté le poète Ahvazi Hashem Shaabani, et l’instituteur Ahvazi Hashim Rachedi, pour actes de violence alors qu’ils étaient des militants culturels, dans le cadre d’une association de l’organisation du dialogue culturel, dans la ville de Khalfia sise dans la province d’Ahvaz en Arabistan.
  • 22 organisations de défense des droits de l’homme en Iran, ont exhorté par le biais d’un communiqué commun, la communauté internationale et les Nations Unies pour mettre en place une commission de vérité pour enquêter au sujet des exécutions politiques dont le nombre croit de jour en jour.

Rustom est vivant pas mort, parfois. Je l’envie parce que nous vieillissons et nous devenons des vieillards, alors qu’il ne grandit jamais. Il est resté à l’âge de dix-huit ans. Quand il est monté sur l’échafaudage pour l’exécution, il vivait toujours avec moi et ma mère. Les Pasdarans [Gardes de la Révolution], ont empêché sa mère de le prendre dans ses bras. Ont même poussé cette mère et fait tomber par terre, pendant que le juge prononçait la sentence de mort. Elle s’est levée, et l’a supplié pour réduire la peine. Ils nous ont emmenés. Lui avec une peine de mort. Moi par contre, j’ai pris 15 ans de prison.

Un retour de mémoire en 1981, Nima Sarfistani: «Tous ceux qui étaient avec nous à la prison d’Adelabad n’oublieront pas ce jour. Rustom était au rez-de-chaussée et s’apprêtait à l’exécution. J’étais conscient que c’était la dernière fois. Ma voix tremblait et il essayait de montrer sa cohésion. Un moment et le Pasdaran est venu, je l’ai pris dans mes bras, sans pouvoir rien dire. Sauf lui demander de ne pas avoir peur… Il a secoué la tête comme pour confirmer, et a souri. Le Pasdaran l’emmena».

Sarfistani, le réalisateur iranien, lors d’une interview à «Majalla» à Stockholm, a déclaré : «Après la proclamation de la République islamique en 1979 et la fatwa de Khomeiny concernant l’exécution de dizaines de milliers de militants politiques dans les prisons au cours des années quatre-vingt du siècle dernier, moi et Rustom étions parmi les milliers de personnes qui ont été détenus sous prétexte d’être des gauchistes. Alors que ma sœur et mon frère ont pu prendre la fuite, peu avant que les Pasdarans n’envahissent notre maison», ajoutant : «nous avons résisté, car nous ne voulons pas tout leur céder facilement. Nos requêtes revêtaient un caractère pacifique. Leurs réactions furent violentes, avec décisions de punir sévèrement tout détracteur. La mort fut le moyen le plus simple pour instaurer la peur et la crainte dans la société. Pour que des prisons comme Evin, Koher Dasht, Gazil Hesar, Kherizak, Adelabad et d’autres, deviennent des passages vers la mort».

Bien que 37 ans se soient écoulés, les cicatrices des crimes d’exécutions d’individus et de groupes, anti-mollahs continuent de hanter les survivants et les victimes, et Nima Sarfistani n’est pas le seul à vivre ces souffrances, plutôt des milliers.

 

Khawaran cimetière des victimes

En échange de sa libération, l’un des prisonniers, qui a préféré ne pas être nommé, se souvient du massacre en 1988, connu des Iraniens sous le nom «1367, exécution de Zandanian Siyasi Der Tabstan», qui ont débuté le 19 juillet 1988 et durant les cinq mois qui ont suivi, ont été exécutés des milliers prisonniers politiques à travers l’Iran. Les prisonniers étaient des partisans du parti «Moudjahidines du Peuple», ainsi que ceux de factions de gauche. Les autorités tenaient à garder secrètes ces exécutions et à tout nier. Mais l’ampleur de l’opération et sa cruauté, a permis aux rescapés de présenter leurs témoignages concernant ces évènements.

Le prisonnier révèle à «Majalla»: «Nous subissons du chantage pour qu’on démontre notre repentance, car il ne suffit pas de faire semblant de regretter, mais de prouver que vous êtes un vrai repenti. Ils vous demandaient si vous étiez prêt à exécuter un des condamnés. Au début, chacun pense être sujet à un simple test, et déclare sa volonté de le faire. Mais la surprise est de devoir le faire, ce n’était pas simplement un test.», puis notre interlocuteur s’excuse pour les détails de ce qu’il a du faire en échange de sa libération.

Il continue, décrivant ce qui se passait dans la prison, où il était détenu : «Ils ont mis les prisonniers appartenant aux «Moudjahidines du Peuple» dans des cellules séparées des cellules de ceux de la gauche… Un gardien vient tard dans la nuit à énumère une série de noms qu’il emporte avec lui. Bientôt vient après un autre muni d’une autre liste et s’en va avec un autre groupe de prisonniers. En deux ou trois jours, les cellules étaient presque vides», soulignant qu’il a «entendu d’un prisonnier qui se trouvait dans sa cellule, avec une petite fenêtre donnant sur la cour de la prison, que les prisonniers ont été pris dans les petits bus qui retournaient vide après une heure. Et qu’il n’a pas revu ces prisonniers. Les gardiens s’éclipsaient pour revenir au petit matin», ajoutant : «J’ai appris plus tard, qu’ils utilisaient de gros camions frigorifiques, dédiés à la distribution de la viande, pour transporter les fusillés. Chaque camion transportait 60 dépouilles en plein nuit, tandis que les gardes nettoyaient l’endroit en prévision du lendemain.»

«Jusqu’au dernier moment, nos amis qui ont eu la potence autour du cou n’en savait pas la raison. Toutes les questions étaient basées sur la tromperie. Par exemple, ils en posaient aux «Moudjahidines du Peuple», de façon à porter vers des réponses attestant que ces prisonniers combattaient le bien. Raison de leurs excusions. Aux marxistes, ils demandaient s’ils étaient musulmans ou marxistes. La réponse distinguait le mort de celui qu’en échappe. Tous ceux qui ont défendu leurs convictions politiques sont maintenant morts et enterrés à Khawaran.

«Khawaran» est plus qu’une fosse commune située à l’ouest de Téhéran, qui contient les dépouilles de plus de 30.000 prisonniers politiques exécutés par le régime en 1988, le régime a tenté plus d’une fois de détruire ce cimetière, qui est considéré comme la preuve la plus importante attestant les massacres de masse commis. Que le régime ait caché jusqu’à ce que lieu ne soit découvert par les familles des victimes. Les directives de sa destruction, ont été émises pour la première fois, Khamenei personnellement, a été inscrite à l’ordre du jour d’Ahmadinejad quand il était Maire de Téhéran, et a dû geler le processus après les protestations des familles des victimes. En 2005, Ahmadinejad en sa qualité de Président de la République a publié un décret pour la destruction des pierres tombales concernant certains prisonniers politiques qui ont été exécutés lors des massacres de 1988.

La période de Rouhani est encore plus atroce.

En Iran, il ne se passe un jour sans l’exécution d’un condamné à mort. Selon le politologue iranien Fah Rezin Karpasi, l’Iran n’est régi par aucune constitution ou loi, car ils considèrent qu’ils sont toujours en révolution et que la révolution islamique en Iran se poursuit, ce qui rend la validité des tribunaux révolutionnaires éternelle. Karpasi ne voit aucune différence entre ce qui s’est passé après la révolution en 1981 et 1988.

Il explique son point de vue dans une interview à «Majalla», en disant que «trois procureurs et le chef de la sécurité uniquement dans le pays organisaient l’assassinat en masse pendant ces années. Le régime a tout mis en œuvre pour l’exécution de deux objectifs : La destruction du système judiciaire et sa substitution par le leur. Et que l’ayatollah Khomeiny soit «Wali al-Faqih», ce qui en fait une référence suprême et incontestable, bien au-dessus de la loi et la Constitution promulguée les premiers mois de la révolution islamique en 1979, sur la base des lois de la charia, y compris la définition de la lutte contre (anti) Dieu et la loi concernant «ceux qui défassent sur terre», qui ne disposent d’aucune interprétation claire dans les lois. Uniquement, la charge est du ressort du juge, et cette interprétation ne peut prendre que quatre versions : la mise à mort, la mise sur la croix, l’amputation de la main droite, ou du pied gauche et la déportation, qui peut être convertie en une année de prison au moins. Selon la même législation, une condamnation collective est possible, sur la base d’une fatwa de Khomeiny, qui stipule : «si une organisation combat le régime actuel, toute personne en liaison ou associée, sera considérée comme responsable solidaire de tous les crimes de cette organisation. Cela signifie que tout individu appartenant à un groupe couvert par cette fatwa peut être exécuté sans aucun interrogatoire supplémentaire».

Il poursuit: «en comparant le passé au présent, on peut dire que les autorités judiciaires iraniennes ont mis en place de nouveau des simulacres de tribunaux pour un grand nombre de prisonniers politiques qui avaient pour la plupart étaient jugés et condamnés à des peines d’emprisonnement et purgeaient encore leurs peines d’emprisonnement, mais la plupart d’entre eux ont été exécutés suite à de nouveaux jugements, à l’instar de l’exécution des Kurdes sunnites, accusés de salafisme. Sachant qu’ils ont été arrêtés avant l’avènement de Daech», poursuivant : «Il va de soi que le régime n’a pas changé, car tous les acteurs impliqués dans ce crimes sont encore aux  postes de direction dans le système, et tous les Hauts responsables de l’autorité judiciaire sont ceux qui ont été directement impliqués dans ces crimes», expliquant : «Le régime dispose de plusieurs méthodes lui permettant de pousser les prisonniers au suicide. Concernant les prisonnières, les vierges sont violées avant la sentence, car selon la croyance chiite, les vierges vont au paradis. Pour cela, on les viole sur la base d’un contrat de «mariage de jouissance». Sans oublier le viol dans la prison de Kahrizak au sud de la capitale iranienne, connue sous le nom de Guantanamo Téhéran, d’hommes et de femmes, parmi les réformateurs arrêtés suite aux émeutes qui ont suivi la victoire aux élections d’Ahmadinejad, au dépend du candidat réformiste Mehdi Karroubi, considérant que des fraudes ont entaché ces élections.»

Karpasi continue : «Les exécutions politiques en Iran, sous Rouhani sont pires que sous ses prédécesseurs, même plus atroces encore, sachant que les excusions en Iran s’appliquent avec et sans raisons politiques. Et ce depuis la victoire de la Révolution en 1979, passant par le massacre d’opposants à la fin de la guerre avec l’Irak, jusqu’aux deux années dernières, qui ont présenté l’autre face du gouvernement, dirigé par Hassan Rouhani, décrit réformatrice et modérée, par rapport à son prédécesseur, Mahmoud Ahmadinejad appartenant à la ligne dure fondamentaliste. On vise encore les minorités, et le régime fait usage encore de châtiments dans le cadre d’accusation du genre «lutte contre Allah et son messager», «complot contre la révolution», ou «ceux qui défassent sur terre». Des accusations prêtes à l’usage contre les opposants».

Il souligne que «pendant la période Rouhani rien n’a changé, même en ce qui concerne les scientifiques qui passent leur vie en prison, et sont poursuivis et inculpés, selon les caprices du régime». Il précise à cet égard: «L’exécution du scientifique nucléaire, Shahram Amiri, s’est faite sur un ordre direct du Guide suprême, Ali Khamenei. Sachant qu’Amiri est kurde et spécialiste en physique nucléaire à l’Université Malek Ashtar. Né à Kermanshah, ouest de l’Iran, et resté 10 ans en isolement jusqu’à son exécution, qui a s’est fait dix ans après. Il y  a bien des cas semblables, traités d’une manière similaire par le régime iranien. A l’exemple du physicien Omid Kaoukabi, qui a lutté contre le cancer à la prison d’Evin, à Téhéran, tout au long les six ans de sa détention», soulignant que «Rouhani est incapable d’agir, car il est à la merci du chef suprême Ali Khamenei, des gardiens de la révolution iranienne et des tribunaux révolutionnaires du pays».

 

Le boucher de la révolution.

Les premières condamnations à mort prononcées par la République islamique d’Iran ont eu lieu deux jours seulement après la victoire de la révolution en février 1979. Les premières personnes à être jugées et exécutées étaient: le chef du SAVAK Nematollah Nasiri, le commandant de l’armée de l’air Manouchehr Khosroudad, le Gouverneur militaire d’Ispahan Reza Naji, le gouverneur militaire de Téhéran et le chef de la police du pays, Mehdi Rahimi. Tous sur ordres direct de Khomeiny.

A émergé à l’époque le nom de Sadek Khalkhali après la révolution islamique en Iran, comme étant le «magistrat légal», qui a joué le rôle  du magistrat des tribunaux révolutionnaire, qui ont été instaurés après la victoire de la révolution pour juger les responsables du régime de Mohammad Reza Pahlavi. Il a prononcé des sentences expéditives et répressives à l’encontre d’un grand nombre de ces responsables à travers des jugements qui n’ont accordé à aucun le droit de se défendre. Des tribunaux ne jouissant d’aucune norme de transparence. Khalkhali a condamné à mort dés sa nomination 2.000 fonctionnaires de l’ancien régime.

Selon Karpasi, «Khalkhali était en tournée dans toutes les régions d’Iran et a instauré des tribunaux pour juger ceux qui s’opposaient au système. A été promu pour être le premier procureur général en république d’Iran. Les Iraniens l’ont appelé «le boucher de la révolution». Interviewé en 2003, par des médias locaux et étrangers. Il a déclaré ne sentir aucun regret pour le grand nombre de condamnations à mort qu’il avait prononcées, regrettant de ne pas avoir eu l’occasion de condamner davantage». Chose que Karpasi considère comme base sanglante sur laquelle repose le système judiciaire iranien.

 

Exécutions selon l’identité

L’opération d’exécution en Iran passe par diverses étapes de torture et même avant la mise à mort, au cours de laquelle le détenu condamné à mort est torturé. Les familles des prisonniers des Kurdes sunnites exécutés collectivement par l’Iran le 2 août passé, ont confirmé que les agents de renseignement avaient brutalement torturé leurs enfants, et brisé leurs corps avant l’exécution par pendaison.

Selon des organisations kurdes des droits de l’homme à Sanandaj, chef-lieu de la province du Kurdistan, 36 activistes Kurdes sunnites dans la prison Rjaaii shahar, sis dans la ville de Karaj ouest de Téhéran, ont été emmenés par des éléments en cagoules, appartenant aux unités spéciales de la sécurité iranienne. Par la suite, s’est répandue la nouvelle de l’exécution de 25 d’entre eux. Indiquant que les familles ont constaté des traces de tortures sur les corps de leurs enfants. Et que les services de renseignement les ont menacés de représailles en cas de déclaration aux médias. Ces mêmes services ont tenté d’inventer des accusations et fomenter des preuves, contre ces prisonniers, les liants à des organisations extrémistes à l’instar de «Daech». Sachant qu’ils sont détenus depuis 2009 pour «propagande contre le régime.

Le phénomène des exécutions s’est accru dans les rues d’Iran à l’encontre des minorités non persanes, un certain nombre de résistants kurdes, Ahvazi et baloutches. Chose que les mouvements de libération de ces peuples considèrent comme pratiques répressives et tentatives pour soumettre ces peuples à un régime injuste.

Le chercheur et écrivain Ahvazi Youssef Azizi Bani Tarf, dans une interview accordée à «Majalla» confirme que «les sanctions qui sont appliquées à l’encontre des Ahvazi, Kurdes et Baloutches, sont plus sévères que ce qui est appliqué aux Perses pour charges similaires. Les autorités iraniennes font usage de divers prétextes tels que «activités» ou «appartenance à un groupe armé», pour porter ces accusations à l’encontre d’organisation œuvrant dans le domaine politique ou culturel. Chose qu’on constate concernant l’exécution du prédicateur kurde Shahram Ahmadi, qui a été exécuté avec ses camarades récemment en Iran. Idem pour le cas du poète Ahvazi Hashem Shaabani, ou l’instituteur Ahvazi Hashim Rachedi, que les autorités iraniennes ont exécuté pour actes de violence alors qu’ils étaient des militants culturels, dans le cadre d’une association d’organisation de dialogue culturel, dans la ville de Khalfia sise dans la province d’Ahvaz en Arabistan».

Il explique «Si l’Iran est le premier pays pour le nombre d’exécutions au monde, les provinces du Kurdistan et d’Arabistan sont les premières dans le pays après la capitale de Téhéran, suivie par la province du Baloutchistan à majorité sunnite», ajoutant que «Le peuple d’Ahvaz est sujet à une purification ethnique, culturelle et politique, et même humaine, aussi bien sous la monarchie que sous le régime islamique actuel. En plus de la liquidation physique en dehors des prisons, résultant d’accidents de voitures volontaires, dans lesquelles des activistes arabes sont tués, des militants sont assassinés sous la torture dans des prisons ou empoisonnés, sans aucune trace des tueurs.»

Il considère que «les exécutions dans les places publiques relève d’une politique menée par le régime autoritaire en Iran dans le but d’intimider les gens, en particulier les non-persans», soulignant «la répression continue du régime des peuples iraniens, des sunnites, et des minorités religieuses et ethniques, y compris les massacres contre les opposants, y compris l’exécution d’environ 33.700 personnes 1988 selon Rida Malek, ancien procureur au Ministère du renseignement iranien, qui a passé plusieurs années en prison et vit actuellement à Téhéran. Il se rappelle que les victimes des massacres des prisons étaient 3.000. D’autres considère que le nombre oscille entre 5.000 et 31.000. Sachant que l’Iran est le premier pays pour les exécutions par rapport à son nombre d’habitants. Ce pays poursuit ces massacres, tant il n’appartient pas sur le plan moral à la communauté international. Ne respectant ni les législations ni les conventions internationales que le pays ait bien ratifiées au sujet des Droits de l’Homme. Ce régime va continuer dans sa politique, tant il est dirigé par les Mollahs et leurs alliés les Gardiens de la Révolution, et n’a pas été l’objet d’une action dissuasive au niveau international».

Concernant les réformateurs, Bani Tarf les considère comme «une continuité de ce système. Dans les années quatre-vingt, n’existaient ni réformateurs ni conservateurs. La bataille se faisait entre les forces de gauche et libérales, d’une part, et un régime religieux et totalitaire d’autre part, où les réformateurs font partie intégrante de l’organe directeur en Iran. Pour preuve, Saïd Hajjarian, l’idéologue des réformes sous Khatami (1997 – 2005), est un des fondateurs du ministère du renseignement, et son premier vice-ministre à sa fondation en 1983, tout comme Mohammad Khatami, qui est devenu président de la République en 1997 et était ministre à l’époque de Hachemi Rafsandjani (1989 – 1997). On peut citer des dizaines de réformistes impliqués dans des opérations de répression, qui a touché l’opposition dans les années quatre-vingt du siècle dernier, et en particulier le massacre des prisons en 1988. Qui sont devenus plus tard ministres et hauts fonctionnaires à l’époque de Khatami, ainsi que dans sous Hassan Rouhani».

Il précise que «rares d’entre eux, comme Mustafa Tajzadeh – Vice-ministre de l’Intérieur sous Khatami – a demandé au régime iranien récemment de présenter des excuses aux familles des victimes du massacre et les réhabiliter. Mais des extrémistes et certains modérés, à l’instar des neveux de Khomeiny n’ont pas répondu à la demande. Ils ont par contre insisté quant à la légitimité de ce qu’ont commis Khomeiny et les responsables en cette période, de massacres et exécutions dans les prisons iraniennes, même contre ceux qui purgeaient leurs peines», ajoutant que« ceux qui faisaient partie du comité judiciaire des exécutions spéciales tripartites (connu sous le nom de la Commission de la mort) et perpétré le massacre horrible dans les prisons iraniennes à l’été 1988 sur ordre de Khomeiny, assument actuellement des responsabilités importantes. A l’exemple du Président de la commission de la mort, Hussein Ali Neri, actuellement vice-président de la Cour suprême du pays et leader du sanctuaire Razavi (responsable des affaires financières, sociales et économiques du sanctuaire du huitième Imam selon la croyance chiite, l’Imam Reza à Mashhad) et un candidat pour succéder à Ali Khamenei. Ainsi que Mostafa Pour-Mohammadi, ministère de la Justice dans un gouvernement Rouhani et Murtada Ashrachi dirigent un cabinet d’avocats à Téhéran.»

 

Exécution en masse.

22 organisations de défense des droits de l’homme en Iran, ont exhorté la communauté internationale et les Nations Unies pour mettre en place une commission de vérité pour enquêter au sujet des exécutions politiques dont le nombre croit de jour en jour. Selon une déclaration commune, au moins 915 prisonniers politiques croupissent actuellement dans les prisons iraniennes, et des dizaines d’entre eux sont condamnés à mort, à leurs têtes, des militants de nationalités Kurdes, Arabes, Ahvazi et Baloutches… Et que depuis le début d’Août 2016 et sur bases de preuves crédibles, la peine de mort a été appliquée d’une manière aussi arbitraire qu’aléatoire contre des dizaines de prisonniers politiques appartenant à des minorités ethniques. L’Organisation des droits de l’homme a mis en garde l’Iran en Août 2016 contre l’exécution de sept prisonniers mineurs, au moment de l’accomplissement de l’acte incriminé. Ils sont éparpillés à l’heure actuelle entre les prisons des villes de Sakhz, Bokan, et Miandoab et Sanandaj, alors qu’il existe 160 prisonniers, les mineurs sont en attente de la peine de mort en Iran, selon un précédent rapport d’Amnesty International. En 2015, le nombre d’exécutions en Iran était plus élevé que partout ailleurs dans le monde.

Au Baloutchistan, le régime a exécuté tous les hommes adultes dans un village du sud de l’Iran, accusés de trafic de drogue.

L’écrivain et chercheur Shahin Baloutchi, dans une brève interview à «Majalla» considère que «le gouvernement iranien prétend disposer plusieurs raisons pour justifier les exécutions, y compris sectaires et religieuses. Le fait que les Baloutches soient sunnites, les accuse d’être wahhabites salafistes et djihadistes. Ce qui contraire à la doctrine imposée par le régime. Aussi, on les accuse d’être des trafiquants de drogue». Ajoutant qu’ils sont «souvent accusés d’appartenir à des groupes et organisations terroristes tels que l’Armée de la justice, l’Armée de la victoire et le Fourkan.

Baloutchi souligne que «la plupart des exécutions ont lieu dans des prisons secrètes. Certaines sur des places publiques, et il n’existe pas de tribunaux civils impartiaux. De ce fait, les gardiens et les responsables désignés par les services de sécurité intérieure (Basij) et des membres de la Garde Révolutionnaire sont ceux qui assument la décision concernant le sort de chaque prisonnier. Bien sûr, après la torture, la mutilation et  l’exécution. Parfois la dépouille est remise à la famille.

Il dévoile que «Les familles des victimes sont généralement intimidées, en particulier les parents de prisonniers politiques. Elles sont réduites au silence par peur des exécutions perpétrées contre leurs enfants. Et tel serait leur sort s’ils osaient parler ou dévoiler la vérité à quiconque. Ceci relève d’une pratique généralisée. Des organisations et partis basés hors de l’Iran bataillent sans arrêt, dans le but de faire entendre la voix des victimes auprès des organisations internationales de défense des droits humains, notamment en Suisse et en Grande-Bretagne.  »

 

Défier la mort.

Tout ce qui précède place l’Iran au deuxième rang mondial en termes de nombre d’exécutions dans le monde, et la première par rapport à sa population, et la persistance du régime dans son approche criminelle. Chose qui a poussé Nima Sarvestani et des milliers d’Iraniens, victimes de massacres à l’encontre de politiciens, à faire face au silence et au mutisme de la communauté internationale et l’absence de réactions internationales. Ce silence a été compris par les Mollahs comme un laissez-passer pour accomplir toutes les atrocités sans rende compte à quiconque.

«Le régime a réellement constaté le manque de sérieux de la communauté internationale au niveau des violations du droit international, car il estime que les massacres contre des milliers de prisonniers politiques ne sera pas sujet à aucune opposition ou condamnation de la part de la communauté internationale. Le régime et tous les hauts responsables du système judiciaire sont directement impliqués dans ce crime», toujours selon Nima Sarvestani.

Sarvestani a risqué en s’infiltrant en Iran, a eu une interview en 2005 avec Hussein Ali Montazeri, un dignitaire bien connu, élu au poste second du «Walii al-Faqih», après la révolution. Mais a été mis à l’isolement du fait de son opposition aux exécutions en Iran en 1988. A été mis en résidence surveillée dans sa maison dans la ville de Qom, en 1999, en raison de ses critiques acerbes contre le dirigeant actuel. Ces restrictions furent levées il y a cinq ans.

Sarvestani a réussi à documenter certains des crimes du régime à travers un documentaire intitulé «Ceux qui ont dit non aux mollahs», retraçant les crimes commis par le régime en Iran après la déclaration de la République islamique de 1979 et la fatwa de Khomeiny autorisant l’exécution de dizaines de milliers de militants politiques dans les prisons au cours des années quatre-vingt du siècle dernier

Il a filmé dans des circonstances extrêmement dangereuses, à savoir recueillir le témoignage d’un homme dans le cimetière de Khawaran à propos de son implication dans l’inhumation des restes des victimes des exécutions de 1988.

Le réalisateur iranien Nima Sarvestani conclut son interview avec «Majalla» en évoquant ses efforts pour documenter les crimes de ce régime et internationaliser la cause d’un peuple vivant avec la mort et présenter cette cause devant un tribunal international, pouvant juger le régime qui a privé sa mère de prendre Rustom dans ses bras, et à privé des mères iraniennes de vivre heureuses.

Le film a remporté le premier prix du Festival de documentaires sur les droits de l’homme de Prague qui s’est tenu ce mois-ci.

Le documentaire «Ceux qui ont dit non aux mollahs» contient les récits de 25 témoins importants, qui ont été emprisonnés, torturés ou ceux ont perdu leurs proches suite à les tortures et d’exécutions. Ces témoignages ont été choisis parmi une centaine semblable.

Le film présente également le document de la «Fatwa secrète» promulguée par Khomeiny de sa propre main, condamnant à l’exécution tous les accusés classés comme ennemis de Dieu.

Le film dépeint le destin de ceux qui ont supervisé les interrogatoires et les exécutions, et en retrace certains avec la caméra. Il découvre qu’ils sont montés en échelon dans les sphères du pouvoir, et occupent maintenant des positions élevées. Un d’entre eux a même représenté son pays à une conférence des droits de l’homme à Tokyo.

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