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Opinion

Le régime d’Assad et son parrain iranien ne sont pas un butin

Par Denis ROSS

La Russie s’est imposée en tant que maître des événements en Syrie. Son intervention militaire et son recours à des bombardements intensifs lui ont permis de modifier l’équilibre des forces sur le terrain et de sauver le régime d’Assad. Mais le régime d’Assad et son agent iranien n’est pas un butin. En fait, les Iraniens cherchent à éliminer toute trace d’influence américaine au Moyen-Orient, ce qui cadre avec les objectifs de Vladimir Poutine.

Cependant, l’objectif de l’Iran d’augmenter la pression et les menaces sur Israël ne correspond pas à la vision de Poutine. C’est pourquoi les Russes ont laissé libre court aux Israéliens, du moins jusqu’à présent, de frapper des cibles iraniennes et chiites en Syrie. Mais la question qui se pose maintenant, est de savoir si cela va continuer après la perte d’un avion et de quinze soldats russes.

Les ministères de la Défense et des Affaires étrangères Russes, font porter la responsabilité de cet incident à Israël, affirmant que les israéliens ont mené des attaques sur des cibles syriennes à Lattaquié, alors qu’un avion russe opérait dans la région.

Et lorsque les défenses antiaériennes syriennes ont riposté par un tir intensif de roquettes, ils avaient touché l’avion russe. Alors que Poutine a évoqué plusieurs erreurs qui ont conduit au crash de l’avion russe, faisant endosser la responsabilité notamment aux Israéliens, aux Syriens et à  ses forces armées, la délégation militaire israélienne qui s’est rendue à Moscou a déclaré que les avions israéliens étaient déjà revenus en Israël lorsque l’avion russe avait été abattu.

Deux points doivent être pris en compte cette fois. D’abord, les Russes se sont mis au milieu du conflit. Ainsi, je me réfère non seulement à la guerre en Syrie, mais également à la manière de confrontation entre l’Iran et Israël.

C’est que l’Iran est déterminé à reproduire en Syrie ce qu’il a fait au Liban: contrôle du gouvernement et plus de 100 000 missiles. Chose qu’Israël est déterminé à empêcher. Jusqu’à présent, les Russes ont laissé les Israéliens et les Iraniens libres d’agir. Ceci mène au deuxième point. Les Russes vont-ils essayer maintenant de restreindre la liberté de mouvement israélienne? Si tel est le cas, l’Iran cherchera-t-il à exploiter cette avancée décisive pour envoyer des missiles plus perfectionnés en Syrie? En effet, l’armée israélienne indique qu’elle mènera des frappes, si nécessaire, pour empêcher la livraison d’armes iraniennes et le développement de l’infrastructure militaire.

Ce débat n’implique pas les États-Unis. Tout au long de son histoire, la position d’Israël était de pouvoir faire face seule à toute menace territoriale, mais elle comptait sur les États-Unis pour faire face ou empêcher toute action ou agression émanant de pays étrangers à la région. Aujourd’hui, l’administration Trump a laissé non seulement les Israéliens se confronter aux milices iraniennes et chiites en Syrie, mais aussi le soin de traiter avec les Russes.

Paradoxalement, les actions de Tsahal procurent aux États-Unis plus de pouvoir  sur les Russes. Et l’administration Trump, compte l’exploiter. Le message adressé  à Poutine, est que la Russie est maintenant engluée au centre de la Syrie.

Et que les États-Unis sont prêts à atténuer la situation et à coopérer avec la Russie, à condition que la Russie s’efforce d’imposer une série de lignes rouges aux Iraniens en Syrie.

Ceci comporte l’interdiction des bases militaires pour l’Iran ou les milices chiites en Syrie, le non livraison de missiles sol-sol aux forces syriennes ou iraniennes en Syrie, et de garantir qu’il n’y ait point  d’usines, en Syrie ou au Liban, capables de fabriquer des systèmes avancés de guidage de missiles dans les deux pays; et de créer des zones tampons débarrassés des forces iraniennes ou des milices chiites, pouvant confronter Israël, la Jordanie et la Turquie.

Les Russes peuvent-ils imposer ces restrictions? Ils ont certainement le pouvoir de le faire. Supposons par exemple, la réaction des Russes si les Iraniens ne respectent pas ou s’ils violent ces restrictions. Dans ce cas, la Russie ne fera rien pour entraver les opérations israéliennes, elle n’utilisera pas son radar de défense aérienne pendant ses raids, elle ne fournira aucune couverture aérienne à des opérations ou mouvements des forces iraniennes, des milices chiites ou de l’armée syrienne, elle ne permettra pas non plus le stationnement des forces iraniennes ou les milices chiites à proximité des bases russes.

Etant donnée les réponses sévères des ministères de la Défense et des Affaires étrangères russes aux Israéliens après le crash de l’avion, qui ne se sont pas apaisées même après la déclaration plus modérée de Poutine, qui soulignait la survenue d’un certain nombre d’erreurs, il est probable qu’Israël sera confronté aux intentions de l’armée russe à imposer des restrictions sur l’endroit et le moment et comment Israël peut agir.

Au moins, il est probable que les russes exigent d’Israël d’envoyer un préavis avant toute frappe. Mais dans ce cas, les Russes ne pourront-ils pas avertir les Syriens et les Iraniens de telles opérations ?

Les dirigeants israéliens ne feront pas de compromis sur leur capacité d’empêcher l’Iran d’établir un corridor terrestre à travers la Syrie et n’accepteront pas le transfert de nouveaux systèmes d’armes sophistiquées d’Iran et qui constitueraient une menace inacceptable pour l’État juif. Car c’est cette puissance qu’ils vont devoir céder.

Mon conseil est que l’administration  Trump doit sortir de la périphérie et exploiter son influence. Il convient de rappeler aux Russes les dangers auxquels ils peuvent actuellement être confrontés et que nous sommes prêts à travailler avec eux en Syrie, à condition d’imposer de réelles restrictions aux Iraniens. Il est vrai que les Russes ne peuvent pas et ne vont pas essayer de forcer les Iraniens à partir. Mais ils peuvent imposer des restrictions – et même imposer des restrictions bilatérales par le biais desquelles Israël pourrait mettre fin à ses raids si l’Iran  honore les engagements susmentionnés.

Il est possible de lancer un processus politique en Syrie, à partir de ces lignes rouges restrictives. Rien ne changera de sitôt en Syrie, mais il n’est pas mauvais d’entamer les pas qui pourraient éviter un affrontement israélo-iranien.

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