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Thaïlande et tourisme: Argent facile, et écosystème en péril

 

Nasreddine Ben Hadid

  • Le chiffre d’affaire engendré par l’industrie touristique, et la croissance du secteur, laissent planer un doute quant à la survie de l’écosystème.
  • La logique «de la poule aux œufs d’or» menacerait la Thaïlande : A force de regarder les dévises qui entrent, on a finie par en oublier la source.

Ce que la Thaïlande reçoit d’une main elle le perd de l’autre. Ou du moins, le gain et la perte ne sont pas de même nature. Des devises salvatrices de l’économie et même engendrant une croissance économique, contre un faune et une flore en état de dégradation.

Peut-on gagner au premier registre sans perdre au second. Ou moins, peut-on opérer des changements en rythmes et en cadences voulus, pour gagner encore plus de dollars, mais surtout faire que l’écosystème n’en paye pas les frais.

 

Une femme attend les clients assis devant son magasin le 12 octobre 2018 le long de la route de Bangla, près de la plage de Patong, à Phuket. (Getty Images)

Ceux et celles, en mal d’exotisme ne seront pas déçus. Tout au contraire, le royaume de Thaïlande est la quatrième destination touristique la plus rentable au monde. Bien loin devant les autres pays d’Asie, elle a généré l’année dernière pas moins de 57 milliards de dollars de recettes touristiques internationales.

En tête d’affiche les États-Unis, qui caracolent bien loin devant, avec 211 milliards de dollars. Vient ensuite l’Espagne avec 68 milliards. En troisième place la France avec 61 milliards.

Ces chiffes attestent le coté colossal de cette super-industrie nationale en Thaïlande. Industrie veut dire investissement, marché, employés, mais surtout intérêts, sans oublier stabilité socioéconomique et logique politique adjacente.

Cette logique mercantile ne peut faire oublier une vérité : Le tourisme dans ce pays, vit et se développent grâce à l’écosystème. Donc, sans cet écosystème pas de tourisme, ou du moyen, pas au niveau de la réussite actuelle.

D’une opposition entre intérêts mercantiles et visions utopiques, on est passé à la logique de «la poule aux œufs d’or», qu’on ne doit laisser mourir de peur de ne plus avoir de devises. Surtout que d’ici l’année prochaine, le nombre de touristes en goguette pourrait bien atteindre les 40 millions, soit plus de la moitié de la population du pays.


1- Un remorqueur passe le temple bouddhiste Wat Arun, le temple de l’aube, sur la rive ouest de Thonburi de la rivière Chao Phraya, le 27 juillet 2018 à Bangkok, en Thaïlande. (Getty Images)

Depuis trois ans, Bangkok tient la première place de l’index mondial des villes de destination publié par Mastercard: ville la plus visitée, elle est aussi celle où les touristes déboursent en moyenne 173 dollars par jour, et où l’on attend encore une hausse de 14% d’ici la fin de l’année.

Mais ce tourisme effréné n’est pas sans conséquences sur l’écologie. Les îles et les plages du pays sont les premières à en essuyer les plâtres: en février, la renommée baie de Maya avait dû annoncer la fermeture de son accès aux bateaux pendant quatre mois, le temps de régénérer son écosystème, et notamment ses récifs coralliens, fortement affectés par les déchets rejetés dans la mer et les allées et venues des bateaux. Début octobre, les autorités ont déclaré qu’elle resterait fermée, les dommages étant trop conséquents. À cela font écho les autres îles de Koh Khai et Koh Tachai, qui ont subi un sort similaire.

 

1- Un vendeur cherche des clients sur la plage de Patong à Phuket le 12 octobre 2018. (Getty Images)

À Phuket, c’est la population de tortues qui a fortement diminué, conséquence de la pollution des plages. Face aux monceaux de déchets qui n’ont de cesse de s’accumuler, 70 hôteliers se sont regroupés afin de mettre en place des mesures pour limiter les dégâts, et l’utilisation de plastique sur l’île.

Dans le nord de la Thaïlande, c’est la faune qui pâtit de la situation, tigres et éléphants premiers en ligne de mire: les animaux sont maltraités et font parfois l’objet de trafics pour constituer des attractions touristiques.

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