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L’Espérance de Tunis championne

Le sacre de l’EST.

Par Chokri BEN NESSIR

* A 37 ans, Moine Chaabani devient le plus jeune coach à remporter la Ligue des champions
* C’est la 20e confrontation entre les deux clubs. La dernière, en phase de poules de la Ligue des champions était revenue au représentant égyptien.

 

L’Espérance a remporté vendredi dernier soir son troisième titre de champion d’Afrique après ceux de 1994 et 2011. Elle a gagné son billet pour la Coupe du monde des clubs. Mieux encore le public du stade de Radès a été parfait. Un match sans incidents, cela faisait un bon bout de temps que cela ne s’était pas produit. Les Egyptiens rentrent, pour la deuxième année consécutive, bredouilles à l’occasion d’une finale retour. L’année dernière ils avaient dû laisser le titre au Wydad Athélic Club de Casablanca. Le classique du foot continental, l’incontournable derby nord-africain s’est joué sous les yeux du président de la FIFA, Gianni Infantino. En remportant le match, le doyen des clubs tunisiens a donné le coup d’envoi des festivités marquant son centenaire en ajoutant une troisième étoile sur son maillot.

 

Les Tunisiens étaient rentrés d’Egypte le cœur lourd, avec le sentiment que l’arbitre avait plutôt joué contre eux. Vendredi soir au Stade de Radès, ils ont montré qu’il ne fallait pas les humilier car c’était avec ce sentiment qu’ils avaient regagné leur capitale. Un seul mot d’ordre : une victoire par deux buts, sans encaisser un seul. Deux buts d’écart, comme la victoire rocambolesque (4-2) obtenue le 24 octobre dernier en demi-finale retour contre les Angolais de Primeiro de Agosto.

En contrepartie, un gros handicap: l’absence de deux piliers, l’un en défense, Chamseddine Dhaouadi, et l’autre au milieu, le Camerounais Frank Kom.

La fierté, la détermination, la volonté des Tunisiens a balayé l’orgueil des Pharaons. Les hommes du club « sang et or » ont mis sur leur coupe les rois du football africain en balayant Al Ahly sur le score assez ahurissant de 3 buts à 0. Surprenant quand on sait qu’ils avaient perdu 3-1 au match aller à Alexandrie. Tout le monde les pensait mal partis, pas véritablement armés pour l’incroyable épopée.

 

Un stade plein à craquer

Après 1994 et 1911, il a remporté vendredi dans un stade de Radès plein à craquer et dans une ambiance de feu la Ligue des champions Total 2018. Tout le staff de la Confédération africaine de Football emmené par le président Ahmed Ahmad était là, en plus d’un invité de marque, le président de la fédération internationale (FIFA), Gianni Infantino. Les joueurs de l’Espérance Sportive de Tunis veulent y croire jusqu’au bout. Le great-event de ce vendredi 9 novembre, devant 60.000 supporters enthousiastes qui vont donner au stade de Radès des couleurs particulières,  ils le vivent pleinement dans la ferveur.

Pourtant, la tâche ne s’annonçait guère facile après la défaite (3-1) qui avait du mal à passer, une semaine plus tôt contre le géant continental, Al Ahly du Caire.

D’autant plus que durant les quarante-cinq premières minutes, rien ne laissait présager une chute aussi brutale des Egyptiens, très bien organisés défensivement et qui n’éprouvaient pas trop de peine pour endiguer les assauts désordonnés des Sang et Or, très crispés et parfois même perdus sur le terrain.

 

Moine Chaabani, entraineur de l’Espérance de Tunis.

Le but qui va tout changer

L’excellent arbitre éthiopien Bamlak Tessema décrète deux minutes de temps additionnel. Une belle combinaison au milieu permet à Khenissi, jusque-là complètement effacé, d’alerter Saad Beguir, le remplaçant de Frank Kom, suspendu. Bien placé, l’enfant du Stade Gabésien (Tunisie) glisse le ballon sous le ventre du keeper cairote, Mohamed El Shenawy qui n’a pas eu dans cette première période soporifique beaucoup à se déployer (45+2′). Mais ils y ont mis le temps, laissant passer une mi-temps, enfin presque, avant de trouver leur tempo. On s’achemine vers la pause quand Saad Beguir sur la première action bien construite ouvre la marque. Un but, à ce moment-là, contribue souvent à déstabiliser l’adversaire.

C’est le tournant. En rentrant aux vestiaires sur ce coup d’éclat, les hommes de Mouine Chaabani se débarrassaient du plus gros du fardeau qui les tétanisait. Plus rien ne pouvait les arrêter.

Ils enfoncent le clou

Ce qui se confirmera moins de dix minutes après le retour des vestiaires. Un centre de Sameh Derbali trouve la tête de Saad Beguir, encore lui.

A ce moment-là la couronne change de camp. Elle passe sur la tête des Espérantistes. Les Egyptiens, comme absents de la partie, en manque à la fois de créativité et de vitesse encaisseront, en fin de rencontre, un troisième but sur une magnifique frappe d’Anis Badri (86′).

Sur cette belle lancée, dès leur retour des vestiaires, ils enfoncent d’ailleurs le clou par le biais de l’inattendu Beguir qui bat de la tête à bout portant le portier ahlaoui sur un centre précis côté droit de Samah Derbali (54′).

La remontada est ainsi accomplie. Elle sera bonifiée par un superbe troisième but (86′) au terme d’un exploit individuel d’Anis Badri qui lui permet de terminer en tête du classement des buteurs de l’édition 2018 de la Ligue des champions (8 buts).

 

Le stade de Rades était plein à craquer.

Aucune réaction d’Al Ahly


En face, aucune réaction de Solimane, Mouhareb, Mohsen et Mido Gaber qui étaient carrément aux abonnés absents. On a rarement vu Al Ahly aussi faible et passif, errant comme une âme en peine et essuyant un revers aussi net (3-0).

Il aura fallu une approximation du gardien tunisois, Ben Cherifia pour donner de petites frayeurs au public qui pouvait donner libre cours à la fête.

Une prime de 2,2 millions d’euros

En s’imposant haut la main, l’Espérance Tunis empoche une prime de 2,2 millions d’euros, et représentera l’Afrique au Mondial des clubs, le mois prochain aux Emirats Arabes Unis. En quarts de finale, elle sera opposée au vainqueur du match Al Ain-Wellington. A 37 ans, Moine Chaabani devient le plus jeune coach à remporter la Ligue des champions. Un petit conte de fées pour l’ancien sobre défenseur axial de l’Espérance et du CS Hammam-Lif.

Un grand atout pour le club sang et or qui veut inaugurer les festivités marquant son centenaire par le trophée le plus prestigieux dont il puisse rêver, et qui lui ouvrira les portes de la Coupe du monde des clubs aux Emirats Arabes Unis: le retour côté gauche de la défense du pétillant Aymen Ben Mohamed, et l’envie de se réhabiliter qui habite l’avant-centre Taha Yassine Khenissi, en manque de réussite ces derniers temps. Sans oublier un facteur qui est souvent décisif dans le cas de l’EST: un public qui n’a pas son pareil pour pousser ses favoris.

« Avec Chaâlali et Coulibaly, nous avons suffisamment d’atouts pour trouver l’équilibre au milieu du terrain », assurait jeudi l’entraîneur-adjoint Mejdi Traoui dans le point de presse d’avant-match.

Dans la conférence de presse de jeudi, l’excellent Hossam Achour a tenu à remercier les responsables de l’EST pour la qualité de l’accueil qui a été réservé au club du Continent du XXe Siècle.  « On doit être concentrés, on sait qu’on va jouer contre un grand club. Les deux finalistes doivent sentir de la fierté pour être les deux meilleurs clubs d’Afrique. La partie sera difficile, mais avec notre expérience et notre envie, on peut ajouter un nouveau titre à notre palmarès », a-t-il relevé.

De son côté, l’entraîneur Patrice Carteron met l’accent sur la qualité d’un adversaire « au parcours remarquable. Un match formidable nous attend, un moment exceptionnel, et on s’est préparé pour cela. Entre Marwane Mohsen et Salah Mohsen, deux excellentes solutions pour relever Azaro, j’ai l’embarras du choix. Marwane est dans une grande forme. L’objectif est de préparer les joueurs pour faire face à ce genre d’impondérables ».

 

Le keeper d’Al Ahly a fini par succomber à trois buts.

Pour Moine Chaabani (entraîneur de l’Espérance), « Les Sang et Or se souviendront longtemps de ce sacre. Khaled Ben Yahia, mon prédécesseur,  a une part dans ce succès. Chacun de nous deux a son style. Pourtant, le parcours n’a pas été facile. Au départ, on n’était pas les favoris. Le président du club a accordé confiance à un staff technique très jeune. Mais au bout du compte, ce sont les joueurs qui ont voulu aller jusqu’au bout de l’aventure. Tout le mérite leur revient ».

Pour sa part, Khelil Chammam (capitaine de l’Espérance), a dit : « J’ai remporté beaucoup de titres dans ma carrière. Seulement, ce sacre a un goût particulier. On a su rester concentrés jusqu’au bout. Vraiment, il aurait été frustrant et bête de voir ce grand public repartir bredouille ».

Quand à Saad Beguir (auteur d’un doublé), « Ce trophée va marquer toute ma carrière sportive. On n’oublie jamais un tel exploit dans une finale continentale. Nous avons bien réagi, mus par l’injustice que nous avions ressentie après la première manche. Une dédicace particulière à notre ancien entraîneur Khaled Ben Yahia qui a une large part dans ce triomphe ». Le feuilleton tuniso-égyptien se poursuivra le 16 novembre au stade Borj El Arab avec le match opposant les deux sélections pour le compte de la 5e et avant-dernière journée des éliminatoires de la CAN-2019.

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