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Politique

Mueller s’attire les foudres de Trump

Par Chokri BEN NESSIR

* Aucune preuve directe n’a été dévoilée et le président demande avec insistance la fin rapide de cette enquête qui empoisonne son mandat.

* Robert Mueller est « devenu hors de contrôle » et a « fait un mal immense à notre système judiciaire », a jugé Trump qui dénonce une nouvelle fois une « chasse aux sorcières ».

* Dans une série de tweets, le président des États-Unis avait avancé les raisons qui expliquent, selon lui, la «chasse aux sorcières» menée par le procureur spécial, qu’il accuse notamment de vouloir régler d’anciens différends.

 

L’enquête, tentaculaire, qui tente de déterminer depuis 18 mois l’existence d’une collusion entre la Russie et l’équipe de campagne de M. Trump pour favoriser l’élection du candidat républicain en 2016, s’est élargie avec des soupçons d’entrave à la justice visant M. Trump mais jusqu’ici, aucune preuve directe n’a été dévoilée et le président demande avec insistance la fin rapide de cette enquête qui empoisonne son mandat.

Au lendemain de nouvelles accusations contre l’ex-directeur de campagne de M. Trump, Paul Manafort, déjà condamné pour association de malfaiteurs et obstruction à la justice, le président américain a fait monter la pression d’un cran en s’en prenant au procureur indépendant Robert Mueller « devenu hors de contrôle » alors que celui-ci resserre l’étau sur les anciens collaborateurs du président américain.

« Mueller et sa bande de démocrates en colère ne regardent qu’un côté, pas l’autre. Attendez que soit révélée la façon horrible et vicieuse dont ils traitent les gens, ruinant leur vie parce qu’ils refusent de mentir », a menacé sur Twitter le président Trump, qui a plusieurs fois accusé le procureur de partialité.

Robert Mueller est « devenu hors de contrôle » et « fait un mal immense à notre système judiciaire », a-t-il jugé, dénonçant une nouvelle fois une « chasse aux sorcières ».

Un bras de fer

Il est clair que le bras de fer, entre le président américain et le procureur spécial chargé de l’enquête russe dont la confrontation passionne les Américains, s’intensifie de jour en jour. À présent que leur confrontation semble inévitable et elle pourrait aboutir à une fracture politique encore plus profonde ou porter un coup fatal à la présidence, les deux septuagénaires (Trump a 71 ans, Mueller 73 ans) agissent comme ils l’ont fait toute leur vie : le président fulmine et parle de “chasse aux sorcières”, tandis que le procureur spécial reste muet, s’exprimant uniquement à travers son enquête.

Les mois passent et l’heure de vérité approche. Dans une série de tweets, le président des États-Unis avait avancé les raisons qui expliquent, selon lui, la «chasse aux sorcières» menée par le procureur spécial, qu’il accuse notamment de vouloir régler d’anciens différends. C’est la première fois que Donald Trump détaille publiquement ses accusations.

En effet, le président des États-Unis avait accusé le procureur spécial de faire face à des «conflits d’intérêts» qui devraient lui interdire de mener l’enquête sur les soupçons d’ingérence russe dans l’élection présidentielle de 2016.

 

Une crédibilité écornée

Le président a ainsi attaqué la crédibilité du procureur spécial. Il explique avoir eu au cours des années «une relation d’affaires très mauvaise et conflictuelle» avec Robert Mueller. «Je l’ai refusé comme chef du FBI (un jour avant sa nomination comme procureur spécial) et Comey est son ami proche», avait écrit Donald Trump dans un tweet. James Comey a été démis de ses fonctions de directeur du FBI en mai 2017 par Donald Trump et se montre, depuis, très critique envers le président.Donald Trump a par ailleurs répété que l’ouverture de l’enquête que dirige Robert Mueller avait été déclenchée par un dossier controversé contenant des allégations non prouvées sur le candidat républicain et rédigé par un ancien membre des services de renseignement britanniques, Christopher Steele.

«La Chasse aux Sorcières Truquée de Robert Mueller, menée à présent par 17 Démocrates en Colère (contre 13 auparavant, dont un avocat de la Maison-Blanche d’Obama), a été lancée par un Dossier frauduleux, payé par Hillary la Crapule et le DNC, (le Comité national démocrate, NDLR). Par conséquent, la Chasse aux Sorcières est une Arnaque illégale!», a écrit le président.

Le chef d’État s’est aussi demandé pourquoi le procureur spécial n’enquêtait pas sur les démocrates: «Et pourquoi Mueller ne regarde-t-il pas toute l’activité criminelle et la vraie Collusion Russe du côté démocrate – Podesta, Dossier?». Le démocrate John Podesta était le directeur de l’équipe d’Hillary Clinton pendant la campagne électorale de 2016. Le New York Times a affirmé en janvier que Donald Trump avait voulu limoger Robert Mueller en juin 2017 mais avait reculé après qu’un conseiller juridique de la Maison-Blanche, Don McGahn, avait menacé de démissionner s’il le faisait. Le New York Times a écrit à l’époque que le président avait évoqué trois conflits d’intérêts qui affecteraient le procureur spécial et le disqualifieraient, selon lui, pour mener l’enquête sur les accusations d’ingérence russe. Il s’agirait d’un différend sur les tarifs au National Golf Club, que possède Donald Trump, du travail de Robert Mueller pour un cabinet juridique qui avait représenté le gendre du président, Jared Kushner, et d’une entrevue que les deux hommes auraient eue pour examiner une candidature de Robert Mueller à la tête du FBI, la veille de sa nomination comme procureur spécial.

Muller reste silencieux

Robert Mueller, ancien directeur respecté du FBI, est resté silencieux depuis le début de l’enquête qui a débouché sur une trentaine d’inculpations et plusieurs condamnations. Les nouvelles poursuites contre Paul Manafort pourraient lui permettre de boucler son enquête avec des accusations plus précises. Lundi dernier, George Papadopoulos, éphémère conseiller diplomatique de M. Trump en 2016, a été incarcéré pour deux semaines après avoir été condamné pour avoir menti au FBI dans l’enquête russe. Il avait demandé sans succès un report de son incarcération.

Au début du mois, M. Trump avait provoqué des inquiétudes sur une possible reprise en main de cette investigation, en limogeant son ministre de la Justice Jeff Sessions et en le remplaçant par Matthew Whitaker, qui a dans le passé critiqué l’étendue de l’enquête russe.

Le président américain a également transmis la semaine dernière ses réponses écrites au procureur Mueller après plusieurs mois de tergiversations.

Selon certains commentateurs, Donald Trump se montre de plus en plus nerveux alors que les conclusions de l’enquête pourraient être sévères.

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