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Politique

Kiev décrète la Loi martiale

Des navires des gardes-côtes ukrainiens, à Odessa, le 26 novembre. VOLOKIN YEVGENY / REUTERS.

 

Par Chokri BEN NESSIR

 

* Les tensions entre l’Ukraine et la Russie connaissent une flambée sans précédent et se rejettent la faute autour de cet incident.

* Kiev assure avoir averti la Russie à l’avance de l’itinéraire de ses navires et réclame des sanctions contre son voisin alors que la Russie maintient avoir arraisonné les navires ukrainiens en stricte conformité avec la législation.

*Le président russe a demandé à la chancelière allemande de dissuader Kiev de tout acte « irréfléchi ».

 

La marine ukrainienne a accusé la Russie de s’être emparée de trois de ses navires, après leur avoir tiré dessus dans le détroit de Kertch, qui marque l’accès à la mer d’Azov, située entre l’Ukraine et  la Crimée annexée en 2016 par la Russie.

Depuis, les tensions entre les deux pays connaissent une flambée sans précédent.En effet, depuis dimanche 25 novembre, l’Ukraine et la Russie se rejettent la faute autour de cet incident sans précédent. Kiev assure avoir averti la Russie à l’avance de l’itinéraire de ses navires et réclame des sanctions contre son voisin alors que la Russie maintient avoir arraisonné les navires ukrainiens «en stricte conformité avec la législation, à la fois avec le droit international et avec le droit national», selon le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov.

«Ces navires de guerre étrangers ont pénétré dans les eaux de la Russie, ne répondant à aucune sommation de nos gardes-frontières», a-t-il poursuivi. Il a également annoncé qu’une «enquête criminelle pour violation de la frontière russe a été ouverte». Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a parlé de «provocation». La Russie accuse Kiev délibérément provoqué l’incident afin de créer un prétexte pour que la Russie soit soumise à de nouvelles sanctions. L’Europe reste très divisée sur cette dernière question.

 

Les tirs auraient eu lieu dans le détroit de Kertch, séparant la Crimée de la Russie et marquant l’accès à la mer d’Azov. Image: Keystone.

Riposte

En réponse à ce qu’il qualifie «d’attaque», le chef de l’État ukrainien, Petro Porochenko, a signé, lundi 26 novembre, un décret instaurant la loi martiale à partir du 28 novembre et pour une durée de trente jours, sur la zone littorale de la mer d’Azov. Le président Petro Porochenko s’est engagé à ce qu’elle n’interfère pas dans le calendrier électoral, l’élection présidentielle étant prévue le 30 mars 2019. Au final, les députés de la Verkhovna Rada se sont donc prononcés sur une version édulcorée du texte, alors qu’une une version dure de la loi martiale aurait pu conduire à la rupture des relations diplomatiques avec la Russie, mais également à des restrictions des libertés publiques et de l’activité politique, un contrôle de la presse renforcé et un report de la présidentielle.

Un acte irréfléchi

Après l’instauration en Ukraine de la loi martiale, le président russe, sollicité par Angela Merkel, a demandé à la chancelière allemande de dissuader Kiev de tout acte « irréfléchi ».

Vladimir Poutine et Angela Merkel se sont entretenus au téléphone dans la nuit de lundi à mardi 27 novembre, « à l’initiative allemande », pour discuter de l’« incident dangereux », qui a eu lieu dimanche en mer Noire. Lors de cet entretien avec la chancelière allemande, le président russe « a exprimé une sérieuse préoccupation en raison de la décision de Kiev de placer ses forces armées en état d’alerte et d’instaurer la loi martiale », précise un communiqué du Kremlin.

 

Trois navires de la marine ukrainienne et un navire de patrouille russe au large des côtes de Crimée le matin du 25 novembre 2018.

Des actions de « provocations »

Le président russe a dénoncé des « actions de provocation de la partie ukrainienne et une violation grossière des normes du droit international par ses navires militaires », souligne-t-il. M. Poutine a également « dit espérer que Berlin pourra influencer les autorités ukrainiennes afin de les dissuader d’actes ultérieurs irréfléchis », ajoute le communiqué.

En vue d’apaiser la situation, l’Union européenne et l’Otan ont appelé les deux parties à la «désescalade» et demandé à Moscou de «restaurer la liberté de passage» dans le détroit de Kertch. L’Otan, lors d’une réunion extraordinaire en présence de l’ambassadeur ukrainien, a réclamé la libération immédiate des marins ukrainiens. La militarisation russe de la mer d’Azov et du détroit de Kertch pose une menace pour la région, selon son secrétaire général Jens Stoltenberg. «Ce que nous avons vu hier était très grave», a ajouté ce dernier à l’issue d’une réunion entre l’Otan et l’Ukraine.

A l’initiative des Etats-Unis, une session du Conseil de sécurité de l’Onu demandée lundi matin par Moscou et intitulée «Violation des frontières de la Russie» a tourné court. Lors d’un vote de procédure, le Conseil de sécurité a rejeté la tenue de cette session par sept voix (Etats-Unis, Européens et Koweit) sur ses 15 membres. La Russie n’a été épaulée que par la Chine, la Bolivie et le Kazakhstan.

 

Plusieurs voix s’élèvent

Au sein de l’Europe, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer la situation. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a condamné sur Twitter «l’usage de la force par la Russie en mer d’Azov». Le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a lui aussi appelé à la «désescalade», jugeant la situation «inacceptable». Même son de cloche du côté de Paris qui a demandé la libération des navires et marins ukrainiens «dans les plus brefs délais».

Washington, par la voix de sa représentante permanente aux Nations unies, Nicky Haley, a dénonce une action «illégale» et une «violation scandaleuse du territoire souverain de l’Ukraine», soulignant que ce comportement rendait «impossible» une «relation normale» entre Washington et Moscou. Il s’agit, a-t-elle ajouté, d’«un acte d’arrogance que la communauté internationale doit condamner». La Russie a ainsi annoncé dans la nuit avoir rouvert le détroit à la navigation. Mais elle refuse toujours de restituer à l’Ukraine les trois bateaux en question.

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