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Politique

Tunisie: Regain des tensions dans les régions

Reprise des heurts entre policiers et manifestants à Tebourba.

Par Chokri BEN NESSIR

* Les manifestations dans plusieurs régions après l’immolation par le feu d’un journaliste qui voulait dénoncer par cet acte les conditions de vie difficiles à Kasserine, une région parmi les plus pauvres du pays.

* Cet acte suicidaire, rappelle l’immolation par le feu d’un vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi, excédé par la pauvreté et les humiliations policières, un certain 17 décembre 2010.

*Le ministre de la Défense nationale Abdelkarim Zbidi a affirmé que l’Armée nationale gardera un œil attentif pour préserver la paix et la sécurité de la Tunisie et fera face à toutes les menaces intérieures et extérieures. 

Des heurts ont éclaté entre la police et des manifestants rassemblés lundi 24 décembre à Kasserine, dans le centre-ouest de la Tunisie, après l’immolation par le feu d’un journaliste qui voulait dénoncer par cet acte les conditions de vie difficiles dans cette région, parmi les plus pauvres du pays.

Le caméraman, âgé de 32 ans et divorcé, travaillait dans une chaîne de télévision privée. Selon des témoins sur place, le caméraman Abderazzek Rezki s’est donné la mort par le feu pour des raisons liées à ses conditions familiales et sociales.

Dans une vidéo, que le journaliste avait posté avant de mettre fin à ses jours, il motive son acte et y affirme affirmant vouloir protester contre le chômage et la dégradation de la situation économique dans la région de Kasserine.  « Pour les fils de Kasserine qui n’ont pas de moyens de subsistance, aujourd’hui, je vais commencer une révolution, je vais m’immoler par le feu », a déclaré le défunt.

Réplique d’une immolation

Cet acte suicidaire, rappelle l’immolation par le feu d’un vendeur ambulant, Mohamed Bouazizi, excédé par la pauvreté et les humiliations policières, un certain 17 décembre 2010, et  les manifestations s’étaient ensuite propagées à travers tout le pays, et ont conduit au renversement du régime de Zine El Abidine Ben Ali en janvier 2011, suivis de ce qu’on appelle « le Printemps arabe ».

Mais malgré les progrès de la transition démocratique depuis et un récent retour de la croissance économique après des années de stagnation, les autorités tunisiennes peinent toujours à répondre aux aspirations sociales des Tunisiens. En effet, inflation et chômage alimentent toujours les troubles sociaux dans le pays. D’ailleurs, des émeutes avaient éclaté en janvier dernier dans de nombreuses villes du pays.

 

Le caméraman Abderazzek Rezki s’est donné la mort par le feu pour des raisons liées à ses conditions familiales et sociales.

Une ville symbole

Kasserine est l’une des premières villes où avaient éclaté fin 2010 des manifestations sociales au cours desquelles la police avait tué des manifestants, demeure depuis, une région défavorisée où le chômage atteint des proportions très élevées.

Le quartier populaire Ennour de Kasserine a connu, après l’immolation par le feu du journaliste, une certaine tension. Un grand nombre de jeunes se sont rassemblés au centre du quartier, brulant des pneus, avant d’être dispersés par les forces de sécurité, rapporte la correspondante de l’agence TAP dans la région.
D’autres manifestants ont détruit les cameras de surveillance installées par le ministère de l’intérieur dans ce quartier.
Le porte-parole du ministère de l’intérieur Sofiène Zaag a démenti, mardi, toute information sur l’arrestation d’un suspect lié à l’incident de la mort d’Abderrazek Zorgui.

Des protestations nocturnes

Dans le même sillage, des protestations nocturnes menées par des groupes de jeunes, pour la plupart des adolescents, ont éclaté mardi en début de soirée à l’entrée ouest de Tebourba et de Jebeniana (Gouvernprta de Sfax). Les jeunes ont incendié des pneus dans cet axe routier principal menant à la localité de Chouigui causant ainsi une interruption de la circulation au milieu d’un important dispositif sécuritaire pour protéger les établissements publics et les locaux commerciaux dont les propriétaires ont vite fait de les cadenasser et de rentrer chez eux plus tôt qu’à l’accoutumé.
Les manifestants ont pris également pour cible le train à coup de pierres, détruisant ses vitres ainsi que les barrières du passage à niveau à proximité des quartiers Annasim (Argoub), provoquant un état de panique parmi les passagers, indique-t-on de même source. Les agents de sécurité de Tebourba tentent de raisonner les jeunes manifestants et de négocier avec eux.
Les habitants n’ont pas caché leur appréhension que les heurts dégénèrent et portent atteinte à leurs biens, un scénario qui rappelle les incidents ayant émaillé la ville de Tebourba à la même époque de l’année dernière.
Enquête

Une enquête a été ouverte pour déterminer les circonstances et causes du décès du cameraman Abderrazek Zorgui, a indiqué, mardi, le porte parole du tribunal de première instance à Kasserine Achref Yousfi.

Une personne a été placée en garde à vue dans l’enquête apprend la Majalla auprès du porte parole du tribunal Achref Youssefi.
« Les recherches se poursuivent pour faire la lumière sur toutes les circonstances de l’immolation par le feu et pour prendre les mesures légales nécessaires à l’encontre de toutes les personnes impliquées dans l’affaire », s’est contenté d’indiquer Achref Youssefi.
Le porte-parole officiel du tribunal de première instance de Kasserine a déclaré auparavant que les recherches préliminaires menées par l’équipe de police judiciaire dans la région « ont montré qu’il existait des présomptions de meurtre dans la mort du cameraman ».

L’Armée nationale gardera un œil vigilant

Pour sa part, le ministre de la Défense nationale Abdelkarim Zbidi a affirmé que l’Armée nationale gardera un œil attentif pour préserver la paix et la sécurité de la Tunisie et fera face à toutes les menaces intérieures et extérieures.
Présidant mardi la clôture de la conférence annuelle des Armées à Tunis (mess des officiers au Belvédère à Tunis), le ministre a insisté sur la nécessité de redoubler de vigilance, en particulier sur les frontières ouest en raison de son massif forestier sur les hauteurs et ses pistes difficiles d’accès qui constituent des lieux de retranchement, de déplacement et de communication entre terroristes.
Abdelkarim Zbidi a affirmé la contribution de l’Armée nationale depuis huit ans à assurer les différentes étapes de la transition démocratique et à maintenir l’ordre public, en étroite collaboration avec les forces de la sécurité intérieure. Il a mis en avant les efforts consentis par les deux institutions militaire et sécuritaire en matière de lutte contre le terrorisme, le crime organisé et la migration irrégulière.

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